Baye Moctar Diop : “La diaspora sénégalaise en France a une carte à jouer”

INTERVIEW. Le Forum PRICE prévu à Paris les 29 et 30 avril est une belle opportunité de promouvoir le Sénégal auprès de sa diaspora et de ses partenaires. Son ambassadeur à Paris le décrypte pour nous.

Baye Moctar Diop : “La diaspora sénégalaise en France a une carte à jouer”

Promouvoir les investissements et la compétitivité économique du Sénégal sera au coeur du Forum PRICE qui arrive à son heure. La preuve en est l’engouement de la diaspora qui a réagi très vite et avec conviction dès l’annonce de la tenue de cette manifestation. Celle-ci ouvre véritablement une nouvelle ère d’information et de communication économique dont une première concrétisation peut se vérifier à travers la publication par l’ambassade d’un magazine intitulé SENFRA. Pour nous plonger dans ce nouveau bain, l’ambassadeur Baye Moctar Diop s’est confié à Eco-TransContinentsAfrica.

Eco-TransContinentsAfrica : Comment est venue l’idée d’organiser un Forum comme PRICE à Paris ?

Excellence Baye Moctar Diop : L’idée est venue d’un constat. Celui d’une diaspora dont le potentiel économique n’est pas assez optimisé. Jusque là, le narratif autour de la contribution de la diaspora se structure en termes de transferts financiers destinés à la consommation courante des ménages et à la réalisation d’infrastructures communautaires.

Cependant, quand on évalue le volume de ces transferts financiers, lequel dépasse celui de l’aide publique au développement, on se rend compte qu’il y a matière à capitaliser davantage sur la diaspora et sur son potentiel en l’orientant vers les secteurs productifs à fort impact économique. 

Tel est l’objectif principal du Forum PRICE qui se veut une contribution aux efforts en cours du gouvernement dans sa politique de valorisation de la diaspora, de son statut et de son rôle dans la mise en œuvre de l’Agenda national de transformation Sénégal Vision 2050.

Les places pour assister au Forum PRICE ont vite été prises d'assaut. La manifestation a affiché complet presque un mois avant sa tenue. 
Les places pour assister au Forum PRICE ont vite été prises d'assaut. La manifestation a affiché complet presque un mois avant sa tenue. 

Avec des effectifs estimés entre 200 et 250 000 individus, un tissu associatif dense aux ramifications insoupçonnées, un double ancrage territorial, en France comme au Sénégal, un patriotisme affirmé, des réseaux bien introduits d’entrepreneurs, de cadres et d’experts reconnus dans leurs domaines de compétences respectifs, nous estimons que la diaspora sénégalaise en France a une carte à jouer.

Quelle place va y être accordée à la diaspora sénégalaise ?

PRICE est une initiative de l’Ambassade du Sénégal mais l’événement est organisé en partenariat avec trois associations bien connues dans le milieu de la diaspora sénégalaise en France.

Il s’agit d’Espace Jappo, du Réseau international des sénégalais cadres et entrepreneurs de l’Extérieur (RISCE) et du Collectif diaspora debout. Les membres de ces trois associations auront l’opportunité, en plus d’exprimer eux-mêmes leurs préoccupations et leurs attentes devant les Autorités et les responsables d’agences gouvernementales, d’exposer leur savoir-faire et leurs réalisations dans le cadre d’un espace d’exposition dédié.

En réalité, le programme de l’événement est conçu de manière à rendre visible les compétences et réalisations des entrepreneurs de la diaspora, à les faire accompagner, le cas échéant, par les programmes publics dédiés, au bénéfice du Sénégal, de son économie, de ses populations.

Comment le Forum entend-t-il répondre à un environnement économique et financier particulièrement contraint pour le Sénégal ?

Dans le contexte économique et financier actuel au Sénégal, PRICE se veut un appel au patriotisme économique, un appel à la contribution de la diaspora dans la construction d’une économie endogène, portée par des pôles territoires viables.

Sachant combien les membres de la diaspora sont attachés au développement de leurs terroirs d’origine au Sénégal, il ne fait aucun doute que cet appel au patriotisme économique sera entendu. Notre optimisme se fonde sur l’engouement manifesté par la diaspora suite à leur souscription aux « diaspora bonds » lancés lors du dernier trimestre 2025, en réponse à l’appel du Premier Ministre le 3 septembre 2025 à Milan en Italie. La réussite du Plan de redressement économique et social (PRES) élaboré pour sortir le Sénégal des difficultés économiques actuelles exige une nouvelle approche des politiques publiques fondée sur la souveraineté, l’inclusion et la mobilisation des ressources domestiques. 

Il est attendu de la diaspora qui représente un vivier de compétences, de savoir-faire et d’initiatives stratégiques, de promouvoir des investissements co-construits avec des partenaires de leurs pays d’accueil.

Comment les acteurs économiques et les institutionnels entendent-ils l’accompagner dans le présent et dans l’avenir ?

Il y a déjà plusieurs programmes structurants en lien avec l’objectif de promotion de l’inclusion de la diaspora dans le tissu économique national, notamment à travers l’investissement productif, la valorisation des compétences et l’entrepreneuriat.

Parmi ces programmes, on peut citer : le FAISE, les plateformes d’investissement de l’APIX, les dispositifs de la DER/FJ, de l’ADPME qui ont tous des cibles diaspora, sans oublier le PAISD qui est un dispositif de la coopération bilatérale avec la France.

Le Forum offrira une visibilité accrue à tous ces dispositifs et favorisera des partenariats d’affaires entre secteurs privés sénégalais et français, appuyés par les mécanismes institutionnels techniques et financiers existants mais souvent peu connus de la diaspora.

En quoi ce Forum va-t-il permettre de prendre date par rapport à la Vision Sénégal 2050 ?

L’Agenda national de transformation Sénégal Vision 2050 et le PRES, parce qu’ils portent l’ambition de bâtir une économie compétitive et endogène, portée par des territoires viables, fait appel d’abord et avant tout, à nos ressources et capacités nationales.

Le Gouvernement a fait le pari de compter sur le financement public, sur le secteur privé national et sur les Partenariats public-privé pour la mise en œuvre de la stratégie pour la période 2025-2029.

La diaspora, vivier de compétences, de talents et de ressources financières, riche de ses réseaux relationnels et d’affaires, a un rôle déterminant à jouer dans le contexte actuel.

En réunissant pour la première fois :

  • Experts et entrepreneurs de la diaspora,
  • Membres du Gouvernement et Administrateurs d’agences gouvernementales chargés de l’exécution des politiques publiques,
  • Entreprises françaises et sénégalaises,
  • Organisations patronales et structures d’encadrement,
  • Etablissements financiers d’accompagnement de l’Entrepreneuriat, tous, mobilisés pour la mise en œuvre de l’Agenda national de transformation Sénégal Vision 2050, Paris prend date.

PRICE restera un moment fort de l’engagement de la diaspora sénégalaise en France pour la construction du Sénégal de 2050.

De l'Agenda 2063 au NEPAD en passant par la Zlecaf, l'Union africaine a mis en branle plusieurs chantiers pour concrétiser l'ambition d'un développement qui permette à l'Afrique de mieux relever les défis économiques, sociaux et politiques que l'évolution de la géopolitique et de la géo-économie lui impose. De ce que vous avez observé pendant les cinq années que vous avez passées comme ambassadeur et représentant permanent du Sénégal auprès de l'Union africaine, quels préalables vous paraissent devoir être levés pour favoriser une convergence significative pour le Continent ?

Le diagnostic de l’état de l’UA révèle que l’organisation souffre de plusieurs pathologies chroniques qui l’empêchent de jouer pleinement le rôle attendu d’elle dont :

  • un système de financement de ses activités non autonome et imprévisible ;
  • Le sentiment que l’organisation est un club de Chefs d’État, sans lien avec les citoyens africains ;
  • Une organisation fragmentée ayant une multitude de domaines d’intervention ;
  • Le manque de précision concernant la répartition des tâches entre la Commission de l’UA, les Communautés économiques régionales (CER), les Mécanismes régionaux (MR) et les États membres ;
  • L’inefficacité des méthodes de travail.

Le traitement de ces pathologies commande l’application d’une batterie de mesures urgentes qui appellent un changement radical dans la gouvernance stratégique et opérationnelle des affaires de l’UA, en concentrant par exemple ses activités autour d’un nombre limité de domaines prioritaires de portée continentale : les affaires politiques, la paix et la sécurité, l’intégration économique et la place de l’Afrique dans le monde. Il est tout aussi important de travailler au renforcement des organes autres que ceux relevant du pouvoir exécutif continental (les organes judiciaires et le parlement panafricain), à la prise en charge des préoccupations de l’écrasante majorité de la population africaine (les jeunes et les femmes) et, enfin, à l’ouverture envers le secteur privé et la société civile. (Eco-TransContinentsAfrica)

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