Organisé sous le haut patronage du Président de la République par l'ambassade du Sénégal en France, le Forum PRICE est prévu les 29 et 30 avril 2026 à l'Hôtel de Ville du 15e arrondissement de Paris. PRICE, c’est pour Promotion des investissements et de la compétitivité économique. Ce Forum s’inscrit dans le cadre de l'Agenda National de Transformation décliné autour de la Vision stratégique Sénégal 2050.
Celle-ci se cristallise autour d’une volonté claire s’appuyant sur des points précis : d’abord, bâtir une nation souveraine, une économie compétitive innovante et résolument tournée vers une prospérité partagée, ensuite, développer des territoires viables et durables, enfin, promouvoir l'équité sociale et la bonne gouvernance. La tenue d’une telle manifestation dans la capitale française témoigne d’une prise de conscience et d’un désir fort d’impliquer la diaspora sénégalaise dans l’édification du Sénégal d’aujourd’hui et de demain.
Le rôle central de la diaspora reconnu
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les 200.000 Sénégalais installés en France pourront directement ou par ricochet se familiariser avec à la fois les articulations de cette ambition affichée dans la Vision stratégique Sénégal 2050 mais aussi avec les acteurs principaux en place pour la mettre sur orbite.
De quoi raffermir son rôle de pilier essentiel de l’ambition que porte la Vision à travers son expertise, son engagement et sa capacité d'investissement, lesquels sont à même d’en faire un levier stratégique pour accélérer la transformation structurelle de l'économie sénégalaise.
Last but not the least : le partenariat et l'implication du Réseau International des Sénégalais Cadres et Entrepreneurs de l’Extérieur (RISCE), de l'Espace Jappo et du Collectif Diaspora Debout dans l'organisation de ce Forum illustre combien la diaspora sénégalaise est impatiente d'oeuvrer pour son pays.
Comment le Forum PRICE va-t-il être organisé ?
Forum en présentiel avec retransmission digitale, il comprendra des panels, des expositions, des rencontres B2B et des stands institutionnels.
Bâti autour du thème principal “Construire avec la diaspora le Sénégal de 2050 : souveraineté, innovation et prospérité partagée”, le Forum va se dérouler en déployant des échanges sur quatre thématiques sectorielles :
- La première concerne les priorités de l'Agenda Sénégal 2050 — souveraineté économique et chaînes de valeur locales. Il y sera question d’industrialisation du tissu économique, de modernisation des filières compétitives pour la sécurité alimentaire et des industries extractives qui devront asseoir l’indépendance énergétique et les capacités de transformation locales;
- La deuxième porte sur la diaspora et les investissements stratégiques. C’est l’occasion de parler des modèles hybrides de Partenariat Public-Privé (PPP) inclusifs, de valorisation du capital et de l'expertise de la diaspora dans une logique de facilitation de l’accès aux marchés publics et de mise en réseau.
- La troisième se fait autour de l’innovation, de la digitalisation et de la transformation structurelle pour plus de compétitivité en s’appuyant sur des technologies émergentes et immersives en collaboration avec les universitaires, également sur l’économie numérique avec l'objectif de 15 % de contribution au PIB.
- La quatrième enfin concerne le financement d’une économie souveraine en s’appuyant sur des fonds souverains, des banques de développement et des mécanismes innovants de financement participatif.
Un Forum pour quoi faire ?
Des objectifs opérationnels clairs sont visés et formulés. “Le forum vise à créer un réseau permanent de dialogue et de co-investissement entre le Sénégal et sa diaspora”, explique-t-on dans les documents de l’organisation où on insiste sur l’importance de renforcer la visibilité de la Vision Sénégal 2050 auprès des investisseurs. En un mot comme en cent, “il convient de recueillir des engagements concrets dans des secteurs prioritaires, d’établir des partenariats innovants gagnant-gagnant afin de développer un maximum de pôles de compétitivité éparpillés dans le pays, d’élaborer des stratégies pour améliorer la compétitivité nationale, et enfin mettre en place un cadre de suivi des engagements et des partenariats public-privé”, poursuit-on.

Au regard du fait que la manifestation d’envergure qui l’a précédé, en l'occurrence le Forum Invest in Sénégal, avait généré 23,5 milliards de dollars US en engagements d'investissement en 2025, démontrant une réelle attractivité du pays, la barre est ambitieuse pour PRICE 2026 qui devra compter avec les conséquences des bouleversements géo-économiques actuels mais aussi avec l’assaut de dégradation des notations du Sénégal par les agences américaines que sont S&P, Moody’s et Fitch.
Pour ce faire, le Forum devra garder un équilibre qui lui permette de séduire sur la délicate ligne de crête d’un pays qui porte en bandoulière une croissance de 8 % mais a sur le dos une dette qui dépasse 130 % du PIB, une notation plusieurs fois dégradée et une connexion difficile avec le FMI qui rechigne à reprendre ses financements.
Compter avec un contexte économique paradoxal
Alors que le FMI a documenté une croissance du PIB de 12,1 % au premier trimestre 2025, portée par l'entrée en production du pétrole, sur l'ensemble de 2025, la croissance réelle devrait atteindre environ 7,9 % soit l'une des plus fortes d'Afrique de l'Ouest. En 2024, elle avait déjà été de 6,9 % contre 4,3 % en 2023. Ce sont là des chiffres que peu de pays émergents peuvent afficher.
L’explication réside dans le fait qu’avec les gisements de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyin (GTA), la mécanique d’apport du pétrole et du gaz est entrée en jeu. Depuis l'entrée en production, 58,9 millions de barils ont été produits. Le projet GTA de gaz naturel liquéfié monte progressivement en puissance avec 24 cargaisons de GNL exportées entre février 2025 et février 2026.
A cela, il faut ajouter un potentiel de diversification accrue de la base économique. Le potentiel en agrobusiness, ressources halieutiques, services et numérique est réel et la Vision Sénégal 2050 offre un cadre stratégique documenté. L'ITIE vient d’octroyer au Sénégal un score de 89/100 avec la mention "Très bon", un signal de gouvernance extractive solide.
Bénéficiant d'une stabilité politique et institutionnelle précieuse dans une région sahélienne instable, le Sénégal a un avantage comparatif dont le Forum pourrait se prévaloir auprès des différents partenairesque les investisseurs valorisent de plus en plus.

D’un autre côté, le Forum devra compter avec les contraintes d’une situation financière plus que délicate.
Au-delà de la bombe de la dette cachée qui a fait passer le Sénégal de pays présenté comme un modèle de stabilité macroéconomique à un pays avec un passif d’endettement de 132 % du PIB en 2024 selon des estimations intégrant les chiffres de la dette publique et parapublique, ceux des arriérés et des audits, il y a quatre écueils avec lesquels le Sénégal doit compter :
Le premier, c’est l’impasse avec le FMI avec lequel aucun programme formel n'a été conclu à ce jour après que l’institution de Bretton-Woods a suspendu son programme d'environ 1,8 milliard de dollars et que les négociations continuent de buter sur la question de la restructuration, que le gouvernement de Sonko refuse catégoriquement la qualifiant publiquement "honte" et que l'Assemblée nationale a formellement rejeté par un vote le 26 mars dernier.
Le deuxième, c’est la dégradation des notations dont la dernière, celle du 27 mars de S&P, est un coup rude. Avec des besoins bruts de financement estimés à environ 26 % du PIB en 2026, et en l'absence de progrès tangible vers le renouvellement d'un programme avec le FMI, le Sénégal se trouve pris dans un étau. S&P a abaissé la note en monnaie locale de B- à CCC+, perspective négative. Sur les eurobonds sénégalais, les taux sont passés d'environ 4 % à plus de 12 % en quelques années, ce que la finance internationale qualifie de "dette en détresse".
Le troisième, c’est l’équation budgétaire. Entre 2026 et 2028, le pays devra payer 14 870 milliards de francs CFA au titre du service de la dette totale. Pour faire face, le gouvernement a introduit des taxes nouvelles sur le mobile money, les paiements en espèces, le riz, l’huile, les téléphones, les véhicules, les jeux de hasard. Du fait qu’elles pèsent directement sur le pouvoir d'achat des Sénégalais, il n’y a aucune surprise qu’elles soient contestées. L'objectif de réduire le déficit de 13,4 % du PIB en 2024 à 3 % en 2027 suppose une exécution sans faille dans un environnement mondial dégradé.
Le quatrième se cristallise autour de ce qu’on pourrait appeler le paradoxe pétrolier. Pour comprendre, il faut savoir que Sangomar produit à plein régime et génère 1,9 milliard de dollars de revenus d'exploitation pour Woodside en 2025. Mais les recettes pétrolières attendues pour le budget sénégalais en 2026 ne représentent que 76 milliards de F CFA, soit environ 115 millions de dollars sur un budget de 6 000 milliards. De quoi comprendre la déception des autorités sénégalaises quant aux projections budgétaires issues du pétrole mais surtout quant à la structure des contrats signés sous les précédents régimes et qui limite considérablement la captation de la rente par le pays. Une frustration qu’il conviendra de gérer malgré tout sur tous les terrains où il sera question de promouvoir la destination Sénégal comme espace d’investissement. (Eco-TransContinentsAfrica)
