Pourquoi l’Afrique a beaucoup à craindre de la fermeture du détroit d’Ormuz

ANALYSE. Déjà confrontée à des conflits et à des crises liées aux conséquences du changement climatique et à la pression de son endettement, l’Afrique verrait ses vulnérabilités amplifiées par un tel scénario.

Pourquoi l’Afrique a beaucoup à craindre de la fermeture du détroit d’Ormuz

S’il y a un continent qui observe avec appréhension l’éventualité de la fermeture du détroit d’Ormuz, c’est bien l’Afrique. Le choc, principalement énergétique, qu’elle pourrait provoquer aurait des conséquences importantes sur la stabilité économique et sociale du fait de ce qui constitue, entre autres, son talon d’Achille à savoir la diversification limitée de ses sources et ses faiblesses en matière de stocks stratégiques.

Aujourd’hui, si une telle fermeture s’avérait, soit dit en passant elle est déjà partielle avec une chute de 70-75 % du trafic de pétroliers, elle  entraînerait une flambée des prix du pétrole potentiellement au-delà de 100 dollars le baril amplifiant les pressions économiques, sociales et sécuritaires sur l'Afrique. 

De manière plus précise, voilà pourquoi l’Afrique a beaucoup à craindre cette fermeture. 

Une inflation généralisée du fait de la hausse des prix de l'énergie

Il faut savoir que de nombreux pays africains sont des importateurs nets de pétrole faisant du carburant une part importante des dépenses publiques et privées. Une fermeture prolongée pouvant faire grimper les prix du brut de 14-20 % initialement avec des effets en cascade sur l'inflation, jusqu'à +5-10 points dans les pays vulnérables, on mesure combien le sujet est explosif. 

Cela augmenterait en effet les coûts de transport, d'électricité et de production industrielle, freinant la croissance économique de 3,8 % par exemple prévue pour l'Afrique subsaharienne en 2026. On pourrait penser que les exportateurs comme le Nigeria ou l'Angola s’en sortiraient mais il n’en est rien. Malgré des revenus accrus, leurs économies internes marquée par des capacités de raffinage limitées obéreraient leurs bénéfices. Le cas du Nigeria est là pour en attester qui, bien  que producteur de 1,3-1,5 million de barils/jour ,peine à alimenter ses générateurs locaux.

Une sécurité alimentaire menacée

Après les conséquences sur l’énergie, la fermeture du détroit d'Ormuz impacterait l’alimentaire en Afrique. Vital pour les exportations d'engrais azotés du Qatar et d'autres États du Golfe qui représentent une part significative des importations africaines, il aurait un effet bloquant pour l'agriculture. En effet, une perturbation prolongée pourrait réduire les approvisionnements en engrais, augmentant leurs prix de 20-50 % et menaçant les récoltes de maïs et de riz autant en Afrique de l'Ouest qu’en Afrique de l'Est.. 

De quoi exacerber la vulnérabilité alimentaire du continent, déjà touchée par les conflits (Sahel, Soudan) et par le climat à travers la hausse des prix alimentaires de 10-20 %, aggravant potentiellement la menace sur l'alimentation pour 250 millions de personnes sous-alimentées en Afrique. Certes les solutions alternatives existent qui peuvent permettre de desservir l’Afrique en prenant une route doublant le Cap de Bonne-Espérance mais on voit bien que cette solution allongerait les délais et augmenterait les coûts logistiques, ce qui renchérirait les importations de céréales et d’autres produits dont le continent a besoin. 

Des chaînes d'approvisionnement sous pression

Même si l'Afrique ne représente que quelque 3 % du commerce mondial, il n’en reste pas moins qu’elle est intégrée aux marchés mondiaux. L’implication est qu’elle subirait inévitablement des effets indirects de cette fermeture. 

Elle ne pourrait pas éviter de subir les conséquences de la hausse des frais d'assurance et de fret pour les navires dont les exportations africaines de minerais, de cacao, de café et d’autres ont besoin. 

Des pays comme l'Inde ou la Thaïlande, cherchant des alternatives pétrolières en Afrique, pourraient augmenter leur demande en direction des producteurs africains que sont le Nigeria et l’Angola mais cela ne peut manquer de créer une certaine volatilité et des pressions sur les réserves de devises. 

Globalement, une croissance mondiale ralentie, de l’ordre de 0,5 à 1 point comme l’estime l’OCDE en cas de choc, réduirait les investissements étrangers, toucherait beaucoup les remises liées aux migrations, notamment pour ll'Égypte et le Nigeria, et également le tourisme.

Des risques géopolitiques et sociaux en augmentation

Déjà confrontée à plusieurs situations de conflits, l’Afrique serait menacée par une accentuation des tensions internes alimentées par la hausse des coûts énergétiques comme en 2022 au Sénégal ou au Kenya, et celle des migrations forcées dues à l'insécurité alimentaire. 

De quoi comprendre que l’Union africaine ainsi que nombre de pays africains appellent à la désescalade. Il faut dire que la crainte d’un choc énergétique du type de celui  qu’on a connu dans les années 1970 est encore présent dans les esprits alors que l’Afrique doit diminuer son endettement et réduire les inégalités entre ses populations. Pour les exportateurs africains, si des prix élevés peuvent offrir un répit budgétaire, sans réformes profondes de leurs économies ils n’auront que des gains limités qui ne feront pas le poids face à l'instabilité globale entraînée par les réactions en cascade des conséquences de dette fermeture. (Eco-TransContinentsAfrica)

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