Safaricom : le Kenya acte la plus grande privatisation de son histoire économique

HISTORIQUE. L’Etat a cédé 15 % de Safaricom à Vodacom pour 1,8 milliard de dollars à la suite de l’adoption par l’Assemblée nationale du rapport des commissions parlementaires conjointes sur les finances et la dette publique.

Safaricom : le Kenya acte la plus grande privatisation de son histoire économique

Sous réserve des approbations réglementaires nécessaires, la  transaction par laquelle 15 % des participations de l’Etat dans Safaricom vont désormais être la propriété de Vodacom a pris effet ce 1er avril 2026 via la plateforme Block Trade de la Bourse de Nairobi. Il s’agit de la plus grande privatisation que le Kenya n’ait jamais connu. 

Ce qui est contenu dans la transaction 

L'opération porte en réalité sur 20 % du capital de Safaricom : Vodacom acquiert 15 % auprès du gouvernement kényan pour 1,36 milliard d'euros, et 5 % supplémentaires auprès de Vodafone pour 450 millions d'euros. Le gouvernement va percevoir 40,2 milliards de Shilling kenyan sous forme de paiement anticipé de dividendes sur sa participation résiduelle de 20 %, portant le total du produit à 244,5 milliards de Shilling kenyan.

Après la transaction, la répartition du capital sera la suivante : Vodacom 55 %, le gouvernement kényan 20 %, les investisseurs publics 25 %. La conséquence est que Vodacom passe de co-actionnaire à actionnaire majoritaire.

Le gouvernement a posé des conditions

C’est pour protéger l'identité locale de Safaricom que le gouvernement a posé des conditions fermes : le président du conseil d'administration et le directeur général de Safaricom devront toujours être des citoyens kényans. Par ailleurs, le gouvernement assure qu'il n'y aura aucune suppression d'emplois, et que le réseau de distribution et le modèle d'affaires existants seront préservés pendant au moins une décennie.

Cette exigence tient à l’histoire même de Safaricom qui est bien plus qu'un opérateur télécom

En effet, Safaricom est la plus grande entreprise kényane, cotée au Nairobi Securities Exchange avec une capitalisation boursière de 7,7 milliards d'euros. Elle possède des actifs d'infrastructures étendus tels que des tours et un spectre radio mais surtout elle est la maison-mère de M-Pesa, la plateforme de mobile money la plus célèbre d'Afrique. Celle-ci traite aujourd'hui plus de 100 millions de transactions par jour et sert 38 millions d'utilisateurs au Kenya. Autant dire que M-Pesa est littéralement l'économie kényane ce que les artères et les veines sont pour le corps humain. Mieux, il est un pilier essentiel de l'inclusion financière en Afrique de l'Est, ce qui a des implications socio-économiques et même politiques de grande importance.

La question de souveraineté posée sur un actif si stratégique

Une telle opération est d’une grande sensibilité car on peut s’interroger sur qui contrôle vraiment l'infrastructure de données et de paiement la plus stratégique du pays. En effet, M-Pesa n'est pas seulement un outil de paiement, c'est une infrastructure d'État de fait, utilisée par les services gouvernementaux, les transferts sociaux, les remises de la diaspora. De fait, voir Vodacom, filiale sud-africaine de Vodafone, groupe britannique, en prendre le contrôle majoritaire soulève des questions sur la  souveraineté numérique et la gouvernance des données.

Quelle logique pour le gouvernement Ruto ? 

Il faut bien observer le contexte économique, financier, politique et social du kenya à l’heure actuelle. La décision s'inscrit dans une stratégie assumée de lever des capitaux sans augmenter la dette publique alors que de fortes pressions s’exercent sur le budget. 

Ceci explique que les produits de la cession seront canalisés vers le Fonds national d'infrastructure. Cette démarche est cohérente avec la politique du président Willam Ruto de monétiser les actifs de l'État pour financer les infrastructures. 

Un scénario à portée continentale

Pour le secteur numérique africain, cette transaction autour de Safaricom entre le gouvernement kenyan et Vodacom envoie un signal double. D'un côté, elle confirme que les actifs télécoms africains, avec M-Pesa en tête, ont une valeur mondiale reconnue et convoitée. De l'autre, elle illustre le dilemme de financement auquel font face des États africains sous pression budgétaire : quand la notation est dégradée et que les marges budgétaires se réduisent, la tentation de monétiser les joyaux de la couronne devient irrésistible et ce même au prix de la souveraineté sur les infrastructures critiques de demain. (Eco-TransContinentsAfrica)

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