Dans un environnement où la bataille pour les terres rares fait rage, le projet Lofdal Heavy Rare Earths en namibie mérite qu’on s’y arrête.
Développé en coentreprise avec l'Organisation japonaise pour les métaux et la sécurité énergétique (JOGMEC), il contient notamment du dysprosium et du terbium, des éléments clés pour les aimants de véhicules électriques. En janvier 2026, une étude de préfaisabilité indépendante a été déposée, confirmant le potentiel de production durable pour diversifier les chaînes d'approvisionnement hors de Chine.
Point important : le projet Lofdal figure parmi les plus grands gisements de dysprosium et de terbium hors de Chine, ce qui souligne son importance pour la chaîne d'approvisionnement mondiale. Il est par ailleurs entièrement autorisé, avec une licence minière de 25 ans.
Qui est Toyota Tsusho ?
Toyota Tsusho est le bras commercial et industriel mondial du groupe Toyota, l'un des plus grands négociants japonais. Il joue un rôle central dans la sécurisation des matériaux stratégiques pour les secteurs automobile, de la transition énergétique et des technologies avancées. Toyota Tsusho possède une installation de séparation et de raffinage de terres rares en Inde qui fonctionne depuis plus de dix ans.
Quels bénéfices pour le projet Lofdal ?
Dans la dimension stratégique de ce partenariat, il se dégage les points suivants :
- D'abord, la participation conjointe de JOGMEC et Toyota Tsusho renforce l'alignement stratégique de Lofdal avec les besoins à long terme de l'industrie japonaise pour un approvisionnement sécurisé en terres rares lourdes.
- Ensuite, JOGMEC, qui détient 40 % des parts de Lofdal, soutient le projet par d'importants engagements financiers.
- Enfin, l'adossement à Toyota Tsusho ouvre une voie directe vers la commercialisation — ses clients industriels japonais sont précisément les grands consommateurs de dysprosium et de terbium.
Une démarche à inscrire dans la stratégie africaine de Toyota Tsusho
Cette implication de Toyota Tsusho n'est pas un acte isolé car la société japonaise affiche une vision continentale structurée autour du slogan "With Africa for Africa", avec trois priorités : la mobilité, l'énergie et les ressources naturelles.
L'entreprise voit l'Afrique comme "la plus grande frontière du XXIe siècle", avec une population de 1,5 milliard d'habitants appelée à atteindre 2,5 milliards en 2050, et un marché automobile qui devrait croître de 1,6 fois d'ici 2030.
En parallèle de la Namibie, Toyota Tsusho avait signé un protocole d'accord avec Pensana pour l'achat de terres rares issues du projet Longonjo en Angola, prévoyant la livraison d'un volume annuel allant jusqu'à 20 000 tonnes de carbonate mixte de terres rares sur cinq ans.
Le groupe constitue donc progressivement un portefeuille africain de terres rares - Namibie et Angola - comme alternative durable à la dépendance chinoise.
Une démarche pour diminuer la dépendance d’avec la Chine
En effet, la Chine domine le marché mondial des terres rares, contrôlant 60 % de la production et 90 % des capacités de raffinage. Le Japon, qui couvre encore 60 % de sa demande intérieure grâce à l'offre chinoise, veut réduire ce taux à moins de 50 % en s'appuyant sur une politique de diversification vers de nouvelles sources d'approvisionnement africaines.
De fait, l'entrée de Toyota Tsusho à Lofdal illustre parfaitement que l'Afrique est devenue le terrain d'une bataille géopolitique pour les minéraux critiques de la transition énergétique. La Namibie, pays stable et bien classé au Fraser Institute, en est aujourd'hui l'un des théâtres les plus convoités, avec la RDC pour le cobalt et le Zimbabwe pour le lithium. (Eco-TransContinentsAfrica)
