Quelque chose de très important a frémi autour du sport au sommet Africa Forward de Nairobi. La preuve en est la constellation inédite qui a accompagné le panel de haut niveau consacré au sport et au développement. Aux côtés de William Ruto, Emmanuel Macron et du président botswanais Duma Boko, il y a eu le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye. Et tout ceci s’est déroulé en présence du président de la Confédération Africaine de Football, Patrice Motsepe, ainsi que de plusieurs figures du sport mondial.
L’importance politique du sport validée
Avec quatre chefs d'État dans un panel Sport proposé dans le cadre du Forum des Affaires qui a précédé la Rencontre des Chefs d’Etat, le Sommet Africa Forward a posé un acte diplomatique de premier plan qui a été bien mis à profit.
Président du premier pays africain à être hôte des Jeux olympiques de la Jeunesse qui se dérouleront à Dakar du 31 octobre au 13 novembre 2026, Bassirou Diomaye Faye a rappelé la dynamique sportive du Sénégal qui a été saluée par une ovation de l'assistance. Inscrivant le sport comme levier stratégique de transformation économique et sociale, il a souligné les retombées déjà visibles des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026.
Les travaux liés à l'événement ont déjà mobilisé plus de 132 000 emplois, tandis que des terrains multifonctionnels sont déployés à travers le pays afin de renforcer l'inclusion sociale et l'accès des jeunes à la pratique sportive. De quoi faire des JOJ, pas seulement un événement sportif mais un programme d'emploi massif.
Au-delà, il a bien utilisé le statut de premier pays africain organisateur des JOJ du Sénégal pour le positionner sur la scène internationale, attirer des investisseurs, et renforcer sa marque-pays.
Des chiffres qui valident le fort potentiel d’impact du sport
"Le sport contribue directement à améliorer la santé, l'éducation, l'égalité de genre et la cohésion sociale”, a souligné Laureline Triby, responsable de la division Lien social à l'Agence Française de Développement (AFD). Et pour bien comprendre combien le sport est parti pour être un véritable moteur pour le développement socio-économique, il faut intégrer la donnée selon laquelle un jeune sur trois sera africain en 2050. “C'est pourquoi le Groupe inscrit pleinement le sport au service du développement dans son action", a-t-elle poursuivi précisant que depuis 2018, l'AFD a investi 492 millions d'euros dans le sport et le développement.
De quoi donner une valeur particulière à ce chiffre structurant qui montre qu’en la matière l’Afrique a encore de la marge. En effet, si le sport représente plus de 2% du PIB mondial, mais seulement 0,5% en Afrique. Avec l’atout de la jeunesse qui est l’une des particularités du continent, le potentiel à transformer est là et bien là.
Le sport, une portée économique et même géopolitique
Pour Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football (CAF), il s’est agi là d’une belle occasion pour faire le point avec les plus hautes autorités du Kenya, de la Tanzanie et de l'Ouganda sur l’état d'avancement des préparatifs de la Coupe d'Afrique des Nations TotalEnergies 2027. Un fait qui fait de Nairobi à la fois le théâtre de la tenue du Sommet Africa Forward et en même temps celui des préparatifs de la CAN 2027 en Afrique de l'Est. Pour le Kenya qui se veut un hub régional, c’est une aubaine économique, diplomatique, sportive bien sûr et même géopolitique. Pour la sous-région est-africaine, c’est aussi le signe qu’elle est en train de devenir une puissance sportive continentale. Après avoir été longtemps sportivement dominée par le Maghreb et l'Afrique de l'Ouest, elle peut maintenant se prévaloir d’un basculement géographique du sport africain coïncidant avec le choix de Nairobi pour Africa Forward. Au-delà, de nombreux faits illustrent combien l’impact économique et social du sport est fort.
Une forte dimension d’inclusion des femmes et des filles
Ainsi, entre 2021 et 2024, une trentaine d'installations sportives ont été réhabilitées au Rwanda, offrant à 600 élèves dont 44% de filles des conditions favorables pour la pratique sportive.
En RDC, il y a eu le projet "Pour Elles : sport et culture", financé par l'AFD et mis en œuvre par Expertise France; Il a permis de construire ou réhabiliter des infrastructures et former les encadrants, sensibiliser aux violences et adapter les équipements aux besoins spécifiques des femmes et des filles. De quoi révéler l’importance du lien entre le sport et l’émancipation féminine.
Les éléments à penser pour compléter le dispositif
Le sujet essentiel actuellement pour l’Afrique étant celui de la création de valeur, la question de l'industrie sportive africaine est posée. Quid des équipementiers africains à faire exister, des droits télévisuels à retenir localement, des agents sportifs africains, des académies capables de former des joueurs et des athlètes à garder dans un écosystème africain plutôt que de les exporter immédiatement vers l'Europe ou d’autres destinations. Autant dire que si le Sommet Africa Forward veut inscrire l’Afrique sur une trajectoire de souveraineté économique, il y a encore beaucoup à faire sur le chantier de la souveraineté sportive. (Eco-TransContinentsAfrica)
