Anti-corruption : Pékin ouvre un nouveau front dans sa relation avec l’Afrique

OFFENSIVE. Au Caire, Pékin forme les agences anticorruption de 22 pays africains. Une offre qui concurrence les dispositifs occidentaux sur un continent où les flux financiers illicites coûtent quelque 88,6 milliards de dollars par an.

Anti-corruption : Pékin ouvre un nouveau front dans sa relation avec l’Afrique

Une semaine durant, au Caire, depuis le 18 octobre, 29 responsables venus de 22 pays africains suivent un programme régional de formation à la lutte anti-corruption. Aux commandes : l’Académie chinoise d’inspection disciplinaire et de supervision (CADIS) et l’Autorité de contrôle administratif égyptienne (ACA).

Le message de Pékin est sans ambiguïté. Pour Cai Zhiqiang, vice-président de la CADIS, la relation sino-africaine est passée de la solidarité des luttes d’indépendance aux infrastructures, puis, désormais, à la coopération anticorruption.

Au programme : stratégies nationales, recouvrement des avoirs, coopération internationale et renforcement des agences. En toile de fond, il y a la doctrine des "trois non" de Xi Jinping : que les fonctionnaires n’osent pas, qu'ils ne puissent pas et qu'ils ne veuillent pas être corrompus.

Pour une telle initiative, le choix du Caire n’est pas anodin. L’Égypte se pose en effet en relais régional, forte de sa propre Académie de lutte contre la corruption.

Une alternative claire aux dispositifs occidentaux

L’offre chinoise arrive sur un terrain longtemps occupé par l’es pays occidentaux. Ainsi du FCPA américain, de l'UK Bribery Act, de la loi Sapin II, de l'initiative StAR de la Banque mondiale et de l’ONUDC : des outils à portée extraterritoriale qui ont souvent été perçus en Afrique comme des leviers de pression. À cet égard, l’actualité fait écho à cette perception. La justice belge enquête actuellement sur des soupçons de blanchiment liés à des revenus miniers congolais. Résultat : Kinshasa a aussitôt gelé les contacts de la présidence avec l’ambassade de Belgique.

Pékin, lui, propose une coopération d’État à État, sans conditionnalité affichée. Son savoir-faire en matière de traque des avoirs, rodé depuis 2015 par l’opération "Skynet" contre les fugitifs, intéresse des agences africaines souvent démunies. Mais la Chine, premier partenaire commercial du continent, reste elle-même critiquée pour l’opacité de certains prêts et contrats. ce qui montre que l'équation est loin d'être simple.

La corruption, un fléau au coût colossal pour l'Afrique

L’enjeu est pourtant considérable. Selon la CNUCED, les flux financiers illicites privent l’Afrique d’environ 88,6 milliards de dollars par an, soit 3,7 % de son PIB. C’est presque autant que l’aide publique au développement et les investissements directs étrangers réunis. Nigeria, Égypte et Afrique du Sud arrivent en tête de ce qu'il faut bien considérer comme une véritable hémorrragie.

Cela dit, les progrès demeurent lents. La Fondation Mo Ibrahim mesure un score anti-corruption continental. Celui-ci est passé de 38,6 à 39,1 points entre 2016 et 2025, le secteur public faisant du surplace. Pour info, son indice complet est attendu le 31 octobre.

Ce qui apparaît là, c'est que la lutte contre la corruption devient un champ de rivalité d’influence, comme pour les infrastructures ou les minerais critiques. Pour les États africains, l’enjeu est important. Il est de tirer parti de cette concurrence des modèles sans en devenir l’objet. Pour ce faire, ils doivent bâtir des institutions indépendantes qui soient capables de suivre l’argent quel que soit son pavillon. (Eco-TransContinentsAfrica)

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