Le 15 septembre 2026, CDG Invest Growth et Mediterrania Capital Partners ont annoncé leur accord pour reprendre conjointement une participation majoritaire dans la Société Nouvelle des Conduites d'Eau (SNCE). Le groupe marocain est spécialisé dans les infrastructures et les équipements hydrauliques. Un métier peu visible, mais devenu stratégique.
Dans l'ombre de l'opération, un conseil commun aux deux acquéreurs : Asafo & Co., cabinet d'avocats d'affaires entièrement dédié au continent.
L'eau, actif de souveraineté
Le choix de la cible ne doit rien au hasard. Au Maroc comme dans une grande partie du Maghreb et du Sahel, le stress hydrique s'est imposé comme une question de sécurité nationale.
Canaliser, transporter, distribuer l'eau relève désormais de la politique publique autant que de l'industrie.
Le montage dit aussi quelque chose de l'époque. D'un côté, CDG Invest Growth, véhicule de capital-développement adossé au groupe public Caisse de Dépôt et de Gestion. De l'autre, un fonds privé spécialiste des entreprises africaines.
Capital public et capital privé avancent ensemble. Encore faut-il quelqu'un pour écrire les règles du jeu entre eux.
Un cabinet né pour l'Afrique
Asafo & Co. a été fondé en 2019 par Pascal Agboyibor. Son nom renvoie aux asafo, compagnies traditionnelles des Fanti, au Ghana. Tout un programme. Le cabinet revendique plus de 150 avocats et juristes répartis dans huit bureaux : Abidjan, Casablanca, Johannesburg, Londres, Mombasa, Nairobi, Paris et Washington.
Son champ d'action couvre les secteurs qui structurent les économies africaines : énergie conventionnelle et renouvelable, infrastructures, mines, pétrole et gaz, télécommunications, banque et finance. Sa clientèle mêle investisseurs privés, banques commerciales et de développement, fonds d'investissement, États et entités publiques.
2026, l'année du changement d'échelle
Le dossier SNCE s'inscrit dans une séquence de consolidation menée à un rythme soutenu.
En février, le cabinet intègre à Paris l'équipe de Stork Avocats. Son fondateur, Nicolas Jean, rejoint la gouvernance mondiale. Objectif affiché : peser davantage sur les grands projets, notamment en Afrique francophone. Le même mois, à Abidjan, Benoit Diouf est coopté associé. Ancien de la Banque africaine de développement, il est spécialiste des marchés de capitaux et de la titrisation dans l'espace UEMOA.
En juin, rapprochement avec Castletown Law, équipe d'énergie et d'infrastructures basée à Londres et Édimbourg, rebaptisée Asafo & Co. CTL.
En juillet, le cabinet figure pour la cinquième année consécutive en tête du 100 Legal Powerlist, classement des avocats d'affaires les plus actifs d'Afrique francophone, publié par Africa Business+ avec Jeune Afrique.
Du béton aux algorithmes
L'activité récente montre un spectre large. Quelques jours avant SNCE, le 8 septembre, Asafo & Co. accompagnait AfricInvest dans la prise de participation minoritaire de son fonds Small Cap dans Spoon Consulting. Basée à Maurice, cette société de conseil se présente comme "AI-first" et accompagne la transformation numérique des entreprises.
Des conduites d'eau à l'intelligence artificielle : le même cabinet, les mêmes logiques de capital-investissement, deux Afriques qui se rejoignent.
Le droit, infrastructure invisible
On parle volontiers de routes, de ports et de câbles sous-marins. Plus rarement de contrats, de garanties et de pactes d'actionnaires. Ce sont pourtant eux qui transforment une intention d'investir en opération bouclée, sécurisent les investisseurs et rendent les risques-pays lisibles.
La trajectoire d'Asafo & Co. introduit une question plus large. Paris reste une place forte du droit des affaires africain au moment même où la relation politique franco-africaine se recompose. Mais Casablanca, Abidjan, Nairobi ou Johannesburg montent en puissance. Le centre de gravité de l'ingénierie juridique de l'investissement africain pourrait, à terme, se déplacer vers le continent lui-même. C'est peut-être là le véritable baromètre de son émancipation économique. (Eco-TransContinentsAfrica)
