Pour présider l'Autorité de gestion du corridor routier Abidjan-Lagos, en abrégé ALCoMA pour Abidjan-Lagos Corridor Management Authority, ce projet exceptionnel qui doit relever de nombreux défis pour le bénéfice des 400 millions de personnes représentant 75% de la population de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a donc choisi le représentant du Bénin à son Conseil d'administration, en l’occurrence Wilfrid Lauriano do Rego pour un mandat de deux ans.
Lauriano do Rego, un atout pour la gestion du corridor
Spécialiste des transactions financières comme le suggère son profil d’expert-comptable mais aussi d’ex-président de KPMG France, il sera un atout de taille pour la mobilisation des ressources au profit de l’ALCoMA dont la première réunion de l’instance suprême s'est tenue les 11 et 12 juin derniers à Lagos, la capitale économique du Nigeria. Il y a été posé un jalon décisif dans l’avancée de ce projet routier qui court sur 1.028 km et dont le coût est estimé à 15 milliards de dollars.
L’ALCoMA : la phase de conception
Avant d’aller plus loin, il convient de savoir que le Conseil d’administration de l’ALCoMA est composé de représentants des secteurs public et privé des cinq États du corridor à savoir le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigéria et le Togo. Il compte aussi des représentants de la Commission de la Cédéao et de la Banque africaine de développement (BAD).
Créée en vertu du traité signé par les Chefs d'État des cinq pays du corridor, l’ALCoMA a pour mandat de superviser le développement et la gestion du corridor supranational de développement Abidjan-Lagos.
L’ALCoMA dans la phase d’exécution du corridor
En vérité, le grand tournant a eu lieu en février dernier quand la Cédéao et la BAD ont lancé l'Autorité de gestion du corridor Abidjan-Lagos (ALCoMA), le premier organisme supranational conçu pour construire et exploiter le corridor en tant que système intégré unique.
En avril 2026, la BAD a mené à bien une mission de financement conjointe dans les cinq pays avec la Banque d’Investissement et de développement de la Cédéao (BIDC), la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et des partenaires du secteur privé, dont Ecobank.
À son issue, plus de 200 projets ont été regroupés en 26 pôles d'investissement prioritaires couvrant les transports, la logistique, les Zones économiques spéciales, l'énergie et l'exploitation minière.

Pour sa première réunion en juin 2026, le Conseil d’administration a pris des mesures concrètes concernant le cadre institutionnel nécessaire pour guider la transformation à moyen et à long terme du corridor, également pour fournir une orientation stratégique et soutenir la réalisation des objectifs de haut niveau adoptés par les présidents des cinq pays du corridor.
En quoi consiste vraiment le corridor routier Abidjan-Lagos ?
Une fois qu’il sera matérialisé en une artère de 1.028 kilomètres, ce corridor ne sera rien d’autre que la route la plus importante d'Afrique de l'Ouest. Il va relier la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria, un marché combiné de 400 millions de personnes générant 75 % du PIB de la Cédéao et 75 % du commerce de la région.
Selon l’Africa Supply Chain Insider, le corridor transporte plus de 50 millions de tonnes de marchandises par an, avec une croissance de 8 à 10 % par an. Les retards au passage des frontières sont en moyenne de 24 à 48 heures, et les paiements informels gonflent les coûts de transport de 15 à 20 %.
“Les marchandises expédiées de Lagos à Abidjan peuvent prendre 17 jours et passer par 37 points de contrôle”, ajoute cette structure très au fait des tendances qui façonnent la logistique et les chaînes d'approvisionnement à travers l'Afrique. Résultat : les coûts logistiques représentent 30 à 40 % du prix final des marchandises.

C’est dire qu’il y a un vrai sujet de compétitivité que le corridor entend traiter. Il est d’autant plus crucial que plusieurs défis sont à relever pour, d’abord, améliorer le niveau du commerce intra-africain estimé à 21 % en 2025, contre un niveau historique de 15 à 18 % si l’on en croit l’Afreximbank, bien loin des 60 % de l'Europe ou des 70 % de l'Asie du Sud-Est, et ensuite, s’inscrire favorablement dans l’orbite d’une Zone de libre-échange africaine (Zlecaf) viable et capable de créer et garder un maximum de valeur sur le Continent.
Ce que le corridor Abidjan-Lagos est appelé à changer
Avec la nomination de Wilfrid Lauriano do Rego à la présidence du Conseil d’administration de l'ALCoMA, le corridor se dote d’une gouvernance concrète pour relever plusieurs défis d’importance, de la réduction des délais aux frontières à la décongestion des ports en passant par l’harmonisation de la réglementation et le rééquilibrage entre les investissements physiques et les investissements institutionnels.
Pour ce faire, le projet va d’abord s’appuyer sur les 15,6 milliards de dollars d'intérêt d'investissement obtenus lors du Forum africain de l'investissement. Il devra ensuite faciliter le commerce numérique en s’aidant de l’outil SIGMAT développé par la Cédéao avec le soutien de la GIZ, la coopération allemande, lequel outil relie désormais dix États membres. Résultat : une seule déclaration numérique remplace les épaisses piles de formulaires d’avant. Pour le paiement, il pourra s’appuyer sur le système PAPSS. Ce système de paiement et de règlement panafricain permet en effet d'effectuer des paiements transfrontaliers instantanés dans 19 pays et ce, auprès de plus de 160 banques commerciales et de 15 centres de compensation nationaux.
Au-delà, le projet devra s’appuyer sur des infrastructures logistiques rénovées ou nouvelles dans les différents ports. Il devra aussi réformer les politiques accompagnant les corridors que sont par exemple celui d’Abidjan-Lagos d’une part, et d’Abidjan-Ouagadougou d’autre part, que le Forum régional des entreprises de l'Union européenne tenu à Abidjan en mars 2026 a décidé de financer dans le cadre de sa stratégie Global Gateway. (Eco-TransContinentsAfrica)
