Côte d’Ivoire : une note globale qui monte mais…

TRAJECTOIRE. Le seul bémol à la note de 6,6 sur 10 avec une perspective stable à court et long terme, ce sont les grands écarts observés dans certains paramètres, selon l’agence de notation africaine Bloomfield Intelligence.

Côte d’Ivoire : une note globale qui monte mais…

Alors que la question du risque Afrique est sujette à d’importants débats du fait de l’impact de l’appréciation des grandes agences de notation américaines que sont Moody’s, S&P et Fitch, l’intérêt pour une note délivrée par Bloomfield Intelligence, agence africaine pionnière de notation dûment agréée ne peut être que renforcé. En effet, l'agence créée il y a 18 ans par Stanilas Zezé-Bayard (photo) consolide sa signature analytique avec une méthodologie calibrée pour saisir les spécificités des économies africaines. Ainsi de la stabilité institutionnelle, de la soutenabilité de la dette, de la profondeur des marchés financiers et de la résilience du tissu productif. Pour 2026, la note globale qu'elle a décernée à la Côte d’ivoire est de 6,6 sur 10, contre 6,3 en 2025, avec une perspective stable à court et long terme.

Le contexte macroéconomique de la Côte d’Ivoire

De par cette note, on voit que la Côte d'Ivoire a confirmé sa position de locomotive économique de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le pays projette une croissance de 6,7% en 2026, laquelle est soutenue par une inflation contenue à 1,5% et une pression fiscale attendue à 15,7% du PIB.

En 2025, la Côte d'Ivoire a levé 3 582,7 milliards de FCFA sur le marché financier régional, ce qui lui a permis de dépasser de 14% son objectif initial. Elle a innové avec un eurobond libellé en FCFA et un Samouraï bond, un instrument rare qui témoigne d'une sophistication financière croissante. Pour ce qui est de l'apurement de la dette fournisseurs, il a porté sur 1 556,8 milliards de FCFA à fin 2025 au bénéfice de plus de 6 700 prestataires. 

Tirant les conséquences de ce tableau plutôt encourageant, Fitch Ratings a relevé la note souveraine ivoirienne. Bloomfield Intelligence a fait de même mais en utilisant des outils et critères endogènes qui renforcent la crédibilité de l'évaluation.

Les notes de Bloomberg réparties par pilier 

Dans une approche pilier par pilier, les notes de la situation de la Côte d’Ivoire se décomposent comme suit :

- les performances macroéconomiques ont montré du mieux avec une note de 8,2 contre 8,1 l'année précédente. L’explication : la Côte d'Ivoire a maintenu depuis 2012 une moyenne de croissance de 6% par an. Cette croissance a été portée par le tertiaire (46% du PIB), le secondaire (24%) et un primaire en recul (15%), une répartition qui est le signe d'une économie qui se diversifie progressivement ;

- la gestion des finances publiques, elle, a progressé de 6,0 à 6,5. L’explication : une bonne discipline budgétaire du gouvernement Ouattara avec une réduction du déficit de 5,2% à 4% du PIB en 2024, un programme FMI respecté et une bonne mobilisation des recettes fiscales ;

- le secteur financier, lui, a affiché une solidité en hausse de 6,2 à 6,4, ce qui reflète la consolidation du système bancaire ivoirien dans un contexte de digitalisation financière accélérée ;

- le climat des affaires : il s'est stabilisé à 6,6 ;

- le risque sociopolitique a progresse de 4,5 à 5,0 même s’il demeure un point de vigilance central ; 

Pour ce qui est de la projection à long terme,  Bloomfield Intelligence a estimé une trajectoire positive avec une note globale prévisionnelle de 6,6 et une consolidation des acquis macroéconomiques à 8,3 et budgétaires à 7,0. 

Les faiblesses détectées par Bloomfield

L’agence de notation basée à Abidjan pointe sans détour le risque sociopolitique qui demeure le talon d'Achille du pays. En effet, bien que la note sociopolitique a progressé de 4,5 à 5,0, elle demeure l'un des points de vigilance centraux du rapport délivré par Bloomfield sur la Côte d'Ivoire.  Le pays est en effet sorti en 2025 d'élections présidentielles marquées par l'exclusion de figures majeures de l'opposition et par une faible mobilisation électorale. La question de la succession d'Alassane Ouattara, dont le mandat court jusqu'en 2030, reste un facteur d'incertitude systémique pour les investisseurs à horizon cinq ans. 

La dépendance aux capitaux étrangers aussi est bien mise en exergue avec un diagnostic structurel très sévère qui transparaît dans cette formule de Stanislas Zézé, PDG de Bloomfield Intelligence selon laquelle  “la croissance ne peut pas être inclusive si 80% de la richesse est produite par des multinationales étrangères”. 

Illustration de cette rupture entre les réalités du pays : le haut niveau des 8,2/10 pour la macroéconomie et le bas niveau des 5,0/10 quant au risque sociopolitique. Cet écart entre ces deux notes montre que l’économie ivoirienne tourne bien mais la société ne bénéficie pas équitablement de cette performance.

Autre indicateur significatif : la corruption qui est estimée portée sur 1 400 milliards FCFA par an. Ce chiffre qui représente quatre fois le budget de la Centrafrique par exemple  donne une idée des montants d'argent qui s'évaporent chaque année. Martelé par Stanislas Zézé depuis 2025, ce chiffre met en exergue un phénomène qui constitue un frein structurel à la compétitivité et à l'inclusion. Donc à un développement harmonieux. (Eco-TransContinentsAfrica)

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