Droits de douane : la partition de la Chine en contrepied de celle des Etats-Unis

CHANGEMENT. En supprimant les droits de douane pour 53 pays africains, l’Empire du Milieu s’inscrit dans une nouvelle démarche commerciale à portée autant géopolitique que géoéconomique.

Droits de douane : la partition de la Chine en contrepied de celle des Etats-Unis

C’est parti ! Pour renforcer ses relations économiques avec le continent, la Chine a choisi de supprimer les droits de douanes sur les importations. A partir de ce début de mois de mai,  , qui devrait entrer en la quasi-totalité des États africains ayant des relations diplomatiques avec Pékin vont bénéficier de cette mesure.L’Érythrée et l’Eswatini ne sont pas concernés par cette mesure, en raison de leurs relations diplomatiques particulières avec Taïwan.

Cette mesure intervient à un moment où les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique restent largement déséquilibrés, avec des exportations chinoises dominant les flux. Pékin présente cette décision comme une initiative de soutien au développement économique africain et de promotion d’un commerce plus équilibré. 

Le cadre de la mesure

Cette annonce s’inscrit dans le cadre du renforcement continu des liens entre la Chine et l’Afrique, notamment à travers les forums de coopération sino-africaine. L’objectif affiché est de bien sûr de faciliter l’accès des produits africains au marché chinois mais aussi de stimuler les exportations du continent dans une logique de politique douanière préférentielle. Ainsi du 1er mai 2026 au 30 avril 2028, la Chine appliquera un taux zéro à 20 pays africains ayant établi des relations diplomatiques avec elle, mais qui ne sont pas classés parmi les pays les moins avancés (PMA). Pour les 33 PMA africains entretenant des relations diplomatiques avec la Chine, l'exonération totale sur 100% des lignes tarifaires est en vigueur depuis le 1er décembre 2024. De quoi enthousiasmer autant les entreprises chinoises que les producteurs africains.

Une mesure appréciée

Selon Tang Zhiyuan, responsable de l'Ecole professionnelle de commerce international du Hunan, cette initiative ne se limite pas à une simple baisse des barrières tarifaires. Elle constitue une montée en gamme globale couvrant la circulation des marchandises, la coopération industrielle et le rapprochement entre les peuples. En réduisant les coûts, en fluidifiant les chaînes logistiques et en stabilisant les attentes, elle transforme la coopértion sino-africaine de simples rapports commerciaux en une communauté d'intérêts et de développement.

Li Huanguo, président de la société Jingzhou Guoling Technology, située dans la province chinoise du Hunan (centre), peaufine ses plans pour importer en grandes quantités du pachyme (un champignon médicinal) en provenance de la République du Congo. Dans le département congolais de la Bouenza, des agriculteurs préparent avec soin leurs plantations, dans l'espoir de voir leurs produits emprunter la “voie express” de l'exonération douanière vers les foyers chinois.

Ce qui se passe sur le terrain

Les effets concrets se font déjà ressentir. Du 1er décembre 2024 au 31 mars 2026, les douanes de Changsha, capitale du Hunan, ont enregistré près de 27 millions de yuans d'exonérations douanières pour les importations en provenance des 33 PMA africains. Cette mesure a stimulé les importations originaires d'Afrique, avec une croissance de 27,2% en 2025 et de 21,9% au premier trimestre 2026.

Yang Yi, responsable d'un hall d'exposition permanent dédié au commerce sino-africain à Changsha et directrice générale d'une société d'investissement industriel, constate que les produits alimentaires et agricoles africains deviennent plus accessibles et abordables. Beurre de karité, rooibos, café éthiopien, noix et produits artisanaux africains rencontrent un succès croissant auprès des consommateurs chinois. Dès le 1er mai, de nombreuses entreprises, dont la sienne, prévoient d'élargir leurs gammes de produits africains.

La politique de droits de douane nuls agit à la fois comme levier de consommation et accélérateur de modernisation industrielle. Fin février 2026, une rencontre économique et commerciale Chine-République du Congo à Brazzaville a permis à une dizaine d'entreprises des deux pays de signer des accords d'exportation vers la Chine à droits nuls, portant notamment sur le pachyme, les arachides et les sels de potassium. Li Huanguo fait partie des signataires, son entreprise prévoyant d'importer 3.000 tonnes de pachymes en provenance de la République du Congo dans les trois prochaines années, tout en développant des bases de plantation et des normes locales, avec l'ambition de créer une marque de santé rayonnant sur toute l'Afrique.

Comment cela se traduit dans le Hunan

Le Hunan s'appuie sur deux plateformes majeures, à savoir l'Exposition économique et commerciale Chine-Afrique et la zone pionnière pour une coopération économique et commerciale approfondie entre la Chine et l'Afrique, afin de développer un modèle reproductible. 

En 2025, les importations et exportations du Hunan avec l'Afrique ont atteint 58 milliards de yuans, soit une hausse de 5,8% en base annuelle, se classant au premier rang du centre et de l'ouest de la Chine.

Tang Xiaoyang, directeur du département des relations internationales de l'Université Tsinghua, souligne que cet élargissement de la politique de droits de douane nuls à 53 pays africains, dont 20 Etats disposant de bases industrielles et manufacturières solides, permettra de lever des goulets d'étranglement non tarifaires (production, logistique, quarantaine). 

Les produits agricoles transformés africains pourront ainsi entrer plus facilement sur le marché chinois, favorisant l'industrialisation de l'Afrique et augmentant les revenus des agriculteurs, tout en diversifiant l'offre en Chine. A plus long terme, cette dynamique encouragera les complémentarités industrielles et la relocalisation progressive de certaines industries légères, pour un bénéfice mutuel.

Selon les données publiées par l'Administration générale des douanes de la Chine, les échanges sino-africains ont atteint 348 milliards de dollars en 2025, en hausse de 17,7% par rapport à l'année précédente, établissant un nouveau record historique. La Chine demeure ainsi, pour la 17e année consécutive, le premier partenaire commercial de l'Afrique. (Eco-TransContinentsAfrica)

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