Jeux vidéo en ligne : l'Algérie protège ses enfants sans fermer le marché

MUR. En rouvrant Roblox sous conditions, Alger troque un blocage contre des garanties de sécurité et un programme de formation. Un pari qui révèle la tension entre protection de l'enfance et économie du jeu vidéo en ligne.

Jeux vidéo en ligne : l'Algérie protège ses enfants sans fermer le marché

Treize mois. C'est la durée du blocage de Roblox en Algérie. La décision avait été prise en septembre 2025. Un peu plus d'un an après, le 13 octobre 2026, le ministère de la Poste et des Télécommunications a annoncé le retour de la plateforme, sous conditions.

Contrôle parental renforcé, meilleure estimation de l'âge, place accrue de l'arabe et de la darija, traitement plus efficace des signalements : une panoplie de mesures ont été prises en guise d'accompagnement. Le chat, lui, reste désactivé tant qu'une modération adaptée à l'arabe n'est pas opérationnelle.

Il convient de rappeler ici qu'il n'y a rien de nouveau dans cette démarche. En effet, en novembre 2025 déjà, l'éditeur de PUBG Mobile s'était engagé auprès du ministre Sid Ali Zerrouki sur la sécurité des joueurs et l'adaptation des contenus.

Un marché qui pèse et don il faut tenir compte

Derrière la protection de l'enfance se joue une partie économique. Avec près de 350 millions de joueurs, l'Afrique a généré 1,8 milliard de dollars de revenus dans le jeu vidéo en 2024. En 2025, on a atteint plus de 2,2 milliards en 2025. Et le mobile en capte près de 90 %.

Fermer la porte a un coût car le blocage n'a pas éteint la demande. Il l'a juste déplacée vers les VPN dont certains fournisseurs ont vu leurs inscriptions algériennes exploser dans les jours suivants. 

Au-delà de l'enjeu économique, la question des jeux vidéos en ligne présente un réel risque social. 
Au-delà de l'enjeu économique, la question des jeux vidéos en ligne présente un réel risque social. 

Dans l'intérêt bien compris de chacune des parties, Roblox s'est engagé à former de jeunes développeurs algériens. Ceux-ci sont appelés à terme à publier sur la plateforme. Aussi l'éditeur de PUBG a-t-il évoqué des serveurs locaux et un paiement en dinars par cartes prépayées. Autant de leviers pour retenir une part de la valeur sur place.

Le risque social au cœur du débat

Cela dit, au-delà de l'économique, les alertes n'arrêtent pas de s'accumuler. Selon l'Ofcom britannique, 55 % des enfants qui jouent en ligne échangent au moins parfois avec des inconnus. En 2025, le cabinet Revealing Reality a montré qu'un compte adulte pouvait contacter sur Roblox des comptes d'enfants de 5 ans.

L'UNICEF, de son côté, a documenté l'usage des chats et communautés de jeu par des groupes armés et des réseaux criminels. leur objectif :  approcher, voire recruter, de jeunes utilisateurs.

Si ces données ne mesurent pas la situation algérienne, elles peuvent en éclairer la logique. Celle-ci est de faire des plateformes des partenaires comptables de leurs usages, et non de simples fournisseurs.

Une mesure qui s'inscrit dans une recomposition régionale

Dans la sphère des jeux vidéos en ligne, l'Algérie n'est pas isolée. Le Qatar et le Koweït ont eux aussi bloqué Roblox en 2025 alors que l'Arabie saoudite accueille son siège régional pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Entre interdiction des jeux et mesures pour attirer des investissements, les États du Maghreb et du Machrek cherchent leur point d'équilibre. Le cas algérien, lui, dessine une voie médiane : conditionner l'accès au marché à des garanties de sécurité et à un transfert de compétences. Une forme de souveraineté numérique négociée. Cela dit, son succès dépendra du respect effectif des engagements pris. (Eco-TransContinentsAfrica)

PUBLICITÉ
Espace Publicitaire
336×280