La contrebande d’or a coûté 11 milliards de dollars au Ghana

DOMMAGES. Selon l’organisation à but non lucratif Swissaid, toute une filière a été mise en place en direction des Emirats arabes unis.

La contrebande d’or a coûté 11 milliards de dollars au Ghana

Au-delà de son coût humain du fait des accidents, l’extraction artisanale de l’or en a un qui est financier et extrêmement élevé si l’on en croit un rapport de l’organisation à but non lucratif Swissaid. L’explication réside dans une hémorragie de revenus causée par un système de contrebande mis en place autour et dont une grande partie est acheminée vers les Émirats arabes unis. 

Un gros déficit commercial constaté

Le rapport a révélé un déficit commercial stupéfiant de 229 tonnes métriques, équivalent à 11,4 milliards de dollars, entre les exportations d’or du Ghana et les importations sur une seule période de cinq ans, la majeure partie de l’or de contrebande se retrouvant à Dubaï.

“Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg”, a déclaré Ulf Laessing, responsable du programme Sahel à la Fondation allemande Konrad Adenauer qui analyse les opérations d'extraction et d’exploitation minière artisanale dans la région. 

”L’or transporté à la main n’a pas à être déclaré à Dubaï”, a-t-il précisé indiquant que “l’or informel est principalement apporté sur les vols” sans compter d’autres moyens opaques par lesquels l’or africain est introduit clandestinement dans les Émirats arabes unis.

Une filière d’évasion à travers l'Afrique

Le rapport de Swissaid indique que l’or du Ghana est en grande partie introduit clandestinement au Togo avant de se retrouver à Dubaï tandis que certains lingots transitent par le Burkina Faso vers le Mali, en utilisant des frontières poreuses.

Un haut responsable de la Commission de réglementation des minéraux du Ghana a décrit les conclusions de Swissaid comme “un fait notoire”.

Le ministère des Finances du Ghana n’a pas répondu à une demande de commentaire à ce propos.

Une mesure fiscale contre-productive

Le rapport a noté comment une retenue à la source de 3 % sur les exportations d’or artisanal imposée par le premier producteur d’or d’Afrique en 2019 s’est retournée contre lui de manière spectaculaire. En effet, les exportations déclarées se sont effondrées tandis que la contrebande a augmenté.

La réduction de la taxe à 1,5 % par le gouvernement en 2022 a partiellement inversé la tendance et les exportations formelles ont  rebondi.

En mars, le ministre des Finances du Ghana a supprimé la taxe, faisant ensuite l’éloge des réformes politiques pour une augmentation des exportations artisanales cette année.

Selon le rapport de Swissaid publié le 11 juin, environ 34 tonnes de la production d’or du pays en 2023 n’ont pas été déclarées, soit environ la même quantité que la production artisanale totale du pays pour cette année-là.

Le gouvernement sur le front  des réformes

Le Ghana a généré 11,6 milliards de dollars de revenus grâce aux exportations d’or l’année dernière et a intensifié les réformes visant à centraliser et à assainir le commerce.

Son expérience reflète une tendance à l’échelle du continent où les pays producteurs d’or d’Afrique déclarent systématiquement des exportations inférieures à ce que les pays importateurs, en particulier les Émirats arabes unis, déclarent comme recettes. Il faut dire que les réformes pour freiner la contrebande d’or ont donné des résultats limités.

Quelques éléments d’explication des évasions frauduleuses

L’exploitation minière informelle fournit des moyens de subsistance à plus de 10 millions de personnes en Afrique subsaharienne, selon un rapport de l’ONU de mai, mais elle sert de plus en plus de canal de financement pour le crime organisé et les conflits armés.

“Le nouveau gouvernement a montré de la bonne volonté pour résoudre les problèmes de gouvernance qui ont tourmenté le secteur de l’or pendant des années. Il faut dire que ceux-ci avaient été assez  largement ignorés par l’administration précédente qui adoptaient des mesures à un rythme plutôt lent”, a expliqué Bright Simons du groupe de réflexion basé à Accra, Imani Center for Policy and Education. (Eco-TransContinentsAfrica)

PUBLICITÉ
Espace Publicitaire
336×280