Le Baromètre Cian révèle quatre Afriques, quatre trajectoires et une même attractivité

ANALYSE. Croissance soutenue au Nord, élan contrarié à l’Ouest, turbulences au Centre, chocs climatiques au Sud : c’est une Afrique plurielle qui se dessine en cette année 2026, toujours rentable et convoitée de toutes parts.

Le Baromètre Cian révèle quatre Afriques, quatre trajectoires et une même attractivité

Parler de “l’Afrique” au singulier n’a jamais eu beaucoup de sens pour qui y investit. Le baromètre 2026 du Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian) en apporte une nouvelle démonstration, chiffres à l’appui.

Menée auprès des dirigeants de filiales d’entreprises internationales, l’enquête repose sur 682 réponses venues de 40 pays. Elle découpe le continent en quatre grandes zones économiques : l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale, et un vaste ensemble réunissant l’Afrique australe, l’Afrique de l’Est et l’océan Indien.

Pour ce qui est du décor d’ensemble, il est connu. En 2025, le continent a progressé d’environ 4 %, contre près de 3 % pour l’économie mondiale selon le FMI. Cela dit, derrière cette moyenne, les écarts entre les zones sont saisissants.

L’Afrique du Nord, une locomotive retrouvée

L’Afrique du Nord affiche la meilleure orientation du continent. 65 % des dirigeants y constatent une progression de leur activité, notamment au Maroc, en Mauritanie et en Tunisie.

L’Égypte, deuxième économie d’Afrique, a nettement rebondi, à 4,3 % de croissance contre 2,4 % un an plus tôt. Le Maroc a continué sur sa lancée, à 4,4 %. L’Algérie s’est légèrement tassée, à 3,4 %, et la Tunisie s’est redressée à 2,5 %.

La performance la plus spectaculaire est celle de la Libye : 15,6 %, une croissance portée par la remise en service de champs pétroliers longtemps paralysés par l’insécurité.

Parallèlement à ces performances, la désinflation se confirme. En Égypte, la hausse des prix est retombée à 12,2 %, contre près de 40 % au plus fort de la crise de 2022-2023. Au Maroc, elle devait se limiter à 1,8 %.

Avec une note moyenne de 3,0 sur 5, la zone obtient aussi le meilleur climat des affaires. Le Maroc prend la tête du classement continental, à 3,9.

L’Afrique de l’Ouest, un dynamisme sous tension

Si l’Afrique du Nord est bien orientée, l’Uemoa reste la région la plus dynamique du continent. Le Bénin (environ 7 %), le Niger (6,6 %), la Côte d’Ivoire (6,4 %) et le Sénégal (6 %) figurent parmi les champions de la croissance. Pour ce qui est de ses fondamentaux monétaires, ils sont plutôt impressionnants : l’inflation est attendue à 0,2 % en 2025, les réserves de change ont presque doublé en un an, à 33 milliards de dollars en octobre 2025, soit six mois d’importations.

Si ces chiffres résonnent, sur le terrain, le tableau est plus nuancé. Le Nigeria et la Guinée, portée par le démarrage du gisement de fer de Simandou, affichent un fort dynamisme. Le Ghana, le Bénin et la Côte d’Ivoire marquent un certain ralentissement après une année 2024 très soutenue.

Dans cet environnement, le pays de la Teranga fait figure d’exception. 56 % des dirigeants y déclarent une baisse de leur chiffre d’affaires dans un contexte où la révélation d’une dette publique réelle de 132 % du PIB, dont 16 points de dette cachée, a conduit à suspendre ou reporter de nombreux projets publics.

Cela a conduit Fitch Ratings à considérer que cette situation représentait même un risque pour les réserves de change de l’Union. Là-dessus, le contexte politique n’aide pas du tout avec un coup d’État en Guinée-Bissau, une tentative avortée au Bénin, un blocus de carburant imposé au Mali par les djihadistes du JNIM, autant d’événements qui nourrissent une certaine inquiétude.

L’Afrique centrale, l’épreuve des réserves

Cette inquiétude est en tout cas réelle pour l’Afrique centrale qui reste la zone la plus difficile. Au Tchad, au Gabon ou au Congo-Brazzaville, moins d’un quart des entreprises interrogées déclarent une croissance de leur activité.

Sa note moyenne de climat des affaires plafonne à 1,9 sur 5. La Centrafrique (1,4), le Tchad (1,5) et la RDC (2,0) ferment la marche.

Au second semestre 2025, la Cemac a perdu environ 1 300 milliards de francs CFA de réserves. Une vraie hémorragie ! Ainsi, réunis à Brazzaville le 22 janvier, ses chefs d’État ont exigé le rapatriement à la BEAC des fonds de réhabilitation des sites extractifs, lesquels sont évalués à près de 6 000 milliards de FCFA.

Malgré cela, la zone réserve pourtant des surprises. Plus de 70 % des entreprises se déclarent rentables en RDC, et plus de 60 % en Angola.

L’Afrique de l’Est et australe oscille entre accélération et chocs climatiques

Le quatrième ensemble, l’Est et le Sud, est le plus contrasté du continent. Sa note de climat des affaires, 2,9 sur 5, le place juste derrière l’Afrique du Nord.

À l’Est, l’Éthiopie et le Rwanda étaient à même de dépasser 7 % de croissance en 2025 comme en 2026. La Tanzanie et le Kenya comptent parmi les économies les plus dynamiques, et l’Ouganda bondit de 2,6 à 3,3 au classement du climat des affaires.

Au Sud, c’est le climat qui dicte sa loi. Après la sécheresse liée à El Niño, les inondations de La Niña ont frappé le Mozambique et l’Afrique du Sud. Selon la SADC, ces catastrophes coûtent désormais plus de 10 milliards de dollars par an à la région.

Quant à l’Afrique du Sud, qui pèse 60 % du PIB régional, elle n’a crû que de 1,4 %. Hors RDC et Tanzanie, la croissance de la SADC plafonne autour de 1,8 %. Au Lesotho et en Eswatini, dont les budgets dépendent à 40 % des transferts de l’union douanière, ceux-ci ont chuté de près de 20 %.

Une même attractivité pour toutes les zones

On constate ainsi qu’il y a bien quatre trajectoires pour les quatre Afriques du Baromètre Cian. Cela dit, une constante persiste : les entreprises internationales continuent de gagner de l’argent en Afrique.

En 2025, 48 % des sociétés interrogées ont dégagé des bénéfices et 32 % ont atteint l’équilibre. Au total, 81 % ne sont pas déficitaires. Et 57 % des dirigeants anticipent une hausse de leur chiffre d’affaires en 2026.

Pour ce qui est des intentions d’investissement, elles traversent toutes les zones. L’Ouganda, la Guinée, le Maroc et Maurice arrivent en tête. Le Kenya, le Bénin et l’Égypte suivent, avec plus de la moitié des entreprises prêtes à investir.

Surprise du classement, le Burkina Faso. le pays des hommes intègres figure également parmi les pays qui attirent les investissements. Les entreprises présentes de longue date semblent avoir trouvé leurs repères dans le nouveau contexte politique.

Une précision mérite d’être mise en avant. Cette attractivité ne profite pas qu’aux Européens. Les échanges sino-africains sont passés d’environ 10 milliards de dollars en 2000 à 348 milliards en 2025. Les pays du Golfe ont cumulé près de 100 milliards de dollars d’Investissements directs étrangers (IDE) entre 2012 et 2022. La Turquie, l’Italie et le Maroc avancent leurs pions.

Face à cette concurrence, le président du Cian, Étienne Giros, plaide pour une stratégie européenne qui “joue résolument la carte des entreprises” et fait des investisseurs européens des partenaires de co-développement.

L’actualité de l’Afrique : une mosaïque en recomposition

On voit à travers cette description qu’il y a une pluralité de situations et de réalités à prendre en compte. C’est à la fois la force et la fragilité du continent. Elle permet aux investisseurs de compenser un recul ici par une percée là-bas. Cette pluralité rappelle aussi que l’Afrique pèse encore peu dans ses échanges entre ses diverses entités : le commerce intra-africain ne représente en effet que 16 % du total. Entre une Afrique du Nord arrimée à l’Europe, une Afrique de l’Ouest aux fondamentaux monétaires solides, une Afrique centrale fragilisée et une Afrique de l’Est qui s’impose comme nouveau pôle de croissance, la question n’est plus de savoir si l’Afrique attire. Elle est de savoir si ces quatre Afriques sauront, demain, n’en former qu’une. Une question pertinente au moment où l’horizon veut s’écrire avec une zone de libre échange économique, la Zlecaf. (Eco-TransContinentsAfrica) 

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