C’est un fait important qui montre que les dynamiques autour des chaînes de valeur continentales sont bel et bien à l’oeuvre et illustrent que l’Afrique est à un tournant de son évolution économique. De quoi s’agit-il ? De ce qui ressort du rapport 2025 sur l’Indice d’industrialisation en Afrique.
Présenté en marge des Assemblées annuelles 2026 de la BAD, organisées jusqu’au 29 mai, il montre une recomposition progressive de la hiérarchie industrielle africaine. Le Maroc y apparaît désormais comme le pays le mieux positionné du continent en matière de développement industriel, devant l’Afrique du Sud, longtemps considérée comme la principale base manufacturière africaine.
Un contexte nouveau à prendre en compte
L’institution panafricaine attribue cette progression à une «montée en gamme industrielle soutenue», à la diversification des exportations et à une politique industrielle jugée vigoureuse.
Cette évolution intervient dans un contexte où plusieurs économies africaines cherchent à renforcer leur souveraineté productive alors que les chaînes mondiales de valeur connaissent des recompositions successives depuis la pandémie et les tensions commerciales internationales. La BAD souligne ainsi que 41 des 54 pays évalués entre 2010 et 2024 ont amélioré leur score d’industrialisation, avec une progression moyenne continentale de 6%. Malgré cette dynamique, les écarts restent marqués entre les économies africaines et les grands pôles manufacturiers mondiaux.
Ce qui a fait la différence pour le Maroc
La progression marocaine s’inscrit toutefois dans une dynamique plus large observée en Afrique du Nord, région que les auteurs du rapport présentent comme la plus performante du continent sur plusieurs indicateurs industriels. Le Baromètre de l’investissement industriel en Afrique (AfIIB), présenté parallèlement par WITBA Invest SA et Trendeo, montre que l’Afrique du Nord a capté 56% des investissements industriels cumulés en Afrique entre 2020 et 2025, avec le Maroc et l’Égypte parmi les principaux pôles d’attraction.
Cette concentration des investissements reflète, selon les auteurs, une meilleure capacité à attirer des projets industriels intégrés dans des filières exportatrices à plus forte valeur ajoutée. Le rapport insiste également sur la capacité du Maroc à développer un ancrage productif plus important, notamment grâce à l’intégration locale progressive de certaines activités industrielles.
La situation actuelle industrielle de l’Afrique
Le rapport rappelle en effet que l’Afrique représente encore moins de 2% de la production manufacturière mondiale et seulement 1,4% des exportations manufacturières internationales. La valeur ajoutée manufacturière par habitant demeure également inférieure aux niveaux observés avant 2014, signe que le continent continue de faire face à des fragilités structurelles malgré les avancées enregistrées dans plusieurs pays.
La BAD estime que l’intégration industrielle du continent demeure insuffisante. Le commerce intra-africain ne représente que 14,4% du commerce total africain, illustrant des chaînes de production encore fragmentées et des liens industriels régionaux limités. L’institution appelle ainsi à dépasser la seule logique de réduction tarifaire pour accélérer la mise en place de corridors économiques fonctionnels, d’infrastructures industrielles régionales et de normes harmonisées dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). (Eco-TransContinentsAfrica)
