Alors que tous les regards sont tournés vers un Sénégal politiquement, économiquement et financièrement au milieu du gué, la mission que le FMI s’apprête à y effectuer offre une occasion de changer le cours de l’histoire de l’institution de Bretton Woods avec les pays africains. En effet, elle pourrait faire le lit d’un dialogue constructif sur la manière dont les institutions financières mondiales peuvent continuer à s’adapter à un environnement économique de plus en plus complexe et interconnecté.
Laisser infuser la Teranga
Les dirigeants sénégalais devraient accueillir cette mission dans l’esprit de l’hospitalité légendaire du pays, tout en restant concentrés sur leur responsabilité première : promouvoir un développement durable et inclusif au bénéfice de tous les citoyens.
Depuis des décennies, le FMI joue un rôle essentiel dans le soutien à la stabilité macroéconomique et dans l’accompagnement des pays confrontés à des déséquilibres budgétaires, monétaires et extérieurs. Ces fonctions demeurent fondamentales. Toutefois, la nature des vulnérabilités économiques a considérablement évolué.
S’adapter au nouvel environnement
Aujourd’hui, les pressions inflationnistes, les contraintes de balance des paiements, les difficultés liées à la dette souveraine et l’instabilité financière sont souvent influencées non seulement par les politiques nationales, mais également par les perturbations des chaînes de valeur mondiales, les tensions géopolitiques, les chocs climatiques, les transitions technologiques et l’inégalité d’accès aux opportunités économiques.
S’armer d’un esprit constructif
Dans ce contexte, la préservation de la stabilité macroéconomique exige de plus en plus le renforcement des capacités productives, la diversification des économies, la transformation industrielle ainsi que la construction d’infrastructures financières et institutionnelles résilientes capables de mobiliser des investissements de long terme.
À mesure que l’économie mondiale évolue, les institutions financières internationales gagneraient à approfondir leur soutien aux stratégies favorisant une croissance durable, la création d’emplois, la création de valeur ajoutée et le renforcement de la résilience économique. Une telle approche complétera leur mandat traditionnel de stabilisation tout en répondant aux défis du développement du XXIᵉ siècle.
Saisir le partenariat comme une opportunité
Pour le Sénégal, l’engagement avec le FMI devrait ainsi être considéré comme une opportunité de partenariat permettant de concilier une gestion macroéconomique rigoureuse avec une vision de long terme fondée sur la transformation structurelle et la prospérité partagée.
L’objectif n’est ni la dépendance ni la confrontation. Il s’agit plutôt de contribuer à une évolution constructive de la gouvernance financière mondiale afin que les institutions internationales demeurent des partenaires efficaces dans l’accompagnement des aspirations légitimes des nations à un développement inclusif et à une prospérité partagée. (Eco-TransContinentsAfrica)
* Papa Demba Thiam, entrepreneur, économiste international, expert en développement industriel et spécialiste en intégration économique par le développement des chaînes de valeurs régionales et ex-fonctionnaire international de l’OCDE et de la Banque mondiale.
