“Les institutions africaines de financement du commerce ont été résilientes”

CONSTAT. C’est la conclusion à laquelle a abouti la Banque africaine de développement à propos de la période post-Covid aujourd’hui marqué par des incertitudes économiques et géopolitiques.

“Les institutions africaines de financement du commerce ont été résilientes”

Rendu public en marge des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) à Brazzaville, le rapport 2025 analyse l’évolution du financement du commerce sur le continent sur la période 2020-2024. Il met en évidence les transformations structurelles du secteur bancaire africain ainsi que les efforts déployés pour soutenir les flux commerciaux dans un environnement contraint.

Selon la Banque africaine de développement, les institutions de financement du développement (IFD) ont facilité en moyenne 32 milliards de dollars de financement du commerce par an entre 2020 et 2024, soit environ 3 % du commerce total de marchandises en Afrique. Créé en 2013, le programme de financement du commerce de la Banque africaine de développement a lancé sa première enquête en 2014 et a depuis publié plusieurs rapports, dont des études spécifiques consacrées au Kenya et à la Tanzanie.

Ce que dit le Rapport dans le détail

Le document indique que le commerce intra-africain a représenté 34 % du commerce total financé par les banques entre 2020 et 2024, soit une hausse de 89 % par rapport à la période 2011-2019, traduisant un renforcement progressif des échanges régionaux.

Le rapport souligne également le rôle déterminant des banques commerciales et des institutions de financement du développement (IFD) dans le maintien des flux commerciaux. Il intègre en outre de nouvelles dimensions d’analyse, notamment la numérisation des services financiers et les enjeux de durabilité environnementale, tout en évaluant pour la première fois la contribution des IFD au financement du commerce en Afrique.

Les commentaires d’accompagnement

Lors de la présentation, Anthony Simpasa, directeur du département de la politique macroéconomique, des prévisions et de la recherche du Groupe de la Banque africaine de développement, a indiqué que la demande non satisfaite en financement du commerce avait diminué de près de 10 % entre 2019 et 2024, grâce aux interventions combinées des banques multilatérales de développement, des gouvernements et des partenaires internationaux.

Il a toutefois averti que les tensions géopolitiques et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales pourraient remettre en cause ces avancées.

"La résurgence des tensions et la baisse de l’appétit pour le risque des correspondants bancaires pourraient annuler les progrès réalisés”, a-t-il prévenu cité par APAnews, estimant que le déficit de financement du commerce pourrait atteindre entre 86,6 et 102,6 milliards de dollars d’ici à 2027 dans un scénario défavorable.

Le difficile contexte financier à gérer

Le rapport précise qu’en 2024, le déficit de financement du commerce en Afrique était estimé entre 74 et 92 milliards de dollars, soit 5,4 % de la valeur totale des échanges de marchandises du continent. Il ajoute que les banques commerciales n’ont couvert en moyenne que 23 % du commerce africain sur la période étudiée, contre 40 % entre 2011 et 2019.

La pénurie de devises étrangères apparaît comme un frein majeur, 36 % des banques interrogées la citant comme principal obstacle au financement du commerce, contre 18 % sur la période 2015-2019. Par ailleurs, l’adoption des outils numériques demeure limitée, avec seulement 28 % des banques déclarant y recourir.

Les analyses en marge de la présentation du rapport

Le lancement du rapport a réuni à Brazzaville des responsables politiques, des acteurs du secteur privé, des institutions financières et des experts du commerce international venus de tout le continent.

Lors d’une table ronde organisée en marge de la présentation, plusieurs intervenants ont partagé leurs analyses. Admassu Tadesse, président du Trade and Development Bank Group, a mis en avant le potentiel des innovations telles que la numérisation et les mécanismes de garantie pour élargir l’accès au financement, appelant à des initiatives systémiques comme la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD).

De son côté, Didier Acouetey, conseiller principal pour le secteur privé du président de la Banque africaine de développement, a estimé que la NAFAD constitue un cadre structurant permettant de réduire durablement le déficit de financement du commerce, notamment en faveur des PME africaines.

Francisca Tatchouop Belobe, commissaire à la Commission de l’Union africaine, a insisté sur la nécessité de combler le « missing middle », soulignant que les PME restent insuffisamment financées malgré leur rôle clé dans l’économie.

Enfin, Mehdi Tanani, directeur régional de Proparco en Afrique centrale, a plaidé pour la construction d’un écosystème de financement plus résilient, plus numérique et plus durable, plutôt que pour une accumulation de contraintes supplémentaires. (Eco-TransContinentsAfrica)

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