Maroc : faire plus de social sans creuser le déficit, l’équation d’El Mansouri

DÉFI. Croissance à 5 %, déficit à 3 %, eau dessalée, PME, jeunesse : devant le Parlement, la cheffe du gouvernement a fixé le cap 2026-2031. Un défi reste à relever : maintenir les grands équilibres sans décevoir les attentes des populations.

Maroc : faire plus de social sans creuser le déficit, l’équation d’El Mansouri

Devant les deux Chambres du Parlement réunies à Rabat, Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme cheffe du gouvernement du Maroc, a présenté son programme pour la législature 2026-2031. Issue des législatives du 23 septembre, sa coalition PAM-Istiqlal-USFP-PPS compte 207 députés sur 395. L’investiture exige 198 voix.

Un cadre macroéconomique serré mais à maintenir

Le cap présenté ce lundi 19 octobre tient en quatre chiffres : 5 % de croissance moyenne entre 2027 et 2031, une inflation autour de 2 %, un déficit plafonné à 3 % du PIB, une dette ramenée à environ 62 % du PIB en 2031.

Leviers annoncés : élargissement de l’assiette fiscale, efficacité de la dépense, contribution accrue des entreprises publiques. Et le secteur privé devra porter au moins un tiers de l’investissement national. Dans plusieurs secteurs, la souveraineté devra s’affirmer. 

La souveraineté comme fil rouge

L’eau d’abord : 1,8 milliard de mètres cubes dessalés en 2031, contre une capacité de 179 millions en 2023. Un volume multiplié par dix.

L’énergie ensuite : plus de 52 % de renouvelables dans le mix dès 2030, hydrogène vert, infrastructures gazières. 

L’alimentation enfin : la part des semences nationales doit passer de 20 % à 50 %, les stocks céréaliers seront révisés, le cheptel reconstitué.

S’y ajoutent une base industrielle de défense, une flotte marchande nationale et les corridors portés par les initiatives royales africaines et atlantiques.

Rente et commande publique : savoir donner pour recevoir

Lutte contre les monopoles et les ententes avec le Conseil de la concurrence, criminalisation de l’enrichissement illicite : le ton est offensif. Les titulaires de marchés publics devront consacrer 30 % de leur valeur aux PME marocaines. 60 000 entreprises seront accompagnées.

L’élan de l’État social maintenu

L’aide directe aux ménages doublera, de 500 à 1 000 dirhams par mois. La pension minimale sera portée à 3 000 dirhams. Les régions recevront au moins 12 milliards de dirhams par an dès 2027.

L’urgence absolue reste la jeunesse. Le chômage des 15-24 ans atteint 29,2 %. Quelque 2,9 millions de 15-29 ans sont hors emploi, études ou formation. Dès 2027, 100 000 jeunes seront formés chaque année, 100 000 autres accéderont à une première expérience, jusqu’à 200 000 apprentis seront accueillis.

Trois défis majeurs à relever

Le financement d’abord. Doubler les aides, relever les pensions, investir massivement dans l’eau, le tout sous un plafond de déficit de 3 % : l’équation se jouera dès la loi de finances 2027.

La croissance ensuite. Avec une hypothèse de 4,1 % en 2027, la moyenne visée suppose environ 5,2 % par an jusqu’en 2031. Un rythme jamais tenu durablement depuis plus d’une décennie, dans une économie encore suspendue à la pluie.

La conversion enfin. Le dessalement exige une énergie dont la source n’est pas précisée. Les flux de formation ne sont pas des emplois. Et l’éviction de la ministre Madiha Khayr, deux jours après sa nomination, rappelle que l’exigence éthique sera scrutée.

Le contexte n’aide pas : tensions au Moyen-Orient pesant sur l’énergie, turbulences en France, premier partenaire européen. L’opposition, RNI et PJD en tête, réserve son jugement.

L’enjeu dépasse le Royaume. Du Maghreb au golfe de Guinée, nombre d’États africains vivent le même paradoxe : une croissance réelle, des chantiers visibles, une jeunesse qui n’en perçoit pas les dividendes. En promettant de passer de la logique des moyens à celle des résultats, Rabat engage un pari observé bien au-delà de ses frontières. Verdict en 2031, au lendemain de la Coupe du monde. (Eco-TransContinentsAfrica)

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