C’est un signal positif mais pas encore une victoire. En effet, les chiffres du ministère des Finances mozambicain, relayés par l'Agence d'information du Mozambique (AIM) indiquent que sur les 109,8 milliards de meticais (MT) de dépenses de personnel prévues, 107,2 milliards de MT, soit environ 1,6 milliard de dollars, ont été versés en salaires et rémunérations diverses à plus de 350 000 agents publics.
Ce montant représente 51,2 % de l'enveloppe annuelle budgétée, fixée à 205,5 milliards de MT. La baisse de 3,9 %, sous la pression du FMI, tranche avec la tendance des deux exercices précédents. En 2025, la masse salariale avait atteint 209,068 milliards de MT, contre 202,858 milliards en 2024, soit une hausse de 6,2 milliards de MT en un an.
L'alerte sonnée par le FMI
Cette progression avait suscité l'inquiétude du Fonds monétaire international. En février dernier, l'institution de Bretton Woods avertissait que les dépenses excessives de personnel et le service croissant de la dette absorbaient des ressources qui auraient dû revenir au développement et à la protection sociale.
Le constat n'est pas anodin. En effet, sur le budget révisé de 2024 (567,8 milliards de MT), 39,1 % étaient consacrés au développement du capital humain et à la justice sociale considérée comme première priorité nationale, et 34,6 % à la croissance économique, la productivité et l'emploi.
La Banque mondiale alignée sur le diagnostic
Qu’en dit la Banque mondiale ? Elle partage tout à fait ce diagnostic. Selon elle, la masse salariale du secteur public mozambicain est passée de moins de 5 % du PIB en 2000 à environ 15 % en 2023, devenant l'une des principales sources de pression sur les finances publiques du pays. L'institution précise que cette envolée tient davantage à une revalorisation des rémunérations qu'à un gonflement des effectifs.
Le gouvernement a son explication...
Les autorités mozambicaines avancent, elles, une explication technique : deux effets mécaniques et rétroactifs liés à la révision du système de carrières de la fonction publique à la mi-2025 — l'avancement automatique dans les grilles indiciaires et le traitement de dossiers administratifs en attente depuis plusieurs années.
Cela dit, Maputo veut rassurer qu’il a pris la mesure du problème. Le Gouvernement s'est fixé une trajectoire pluriannuelle : ramener la masse salariale de 12 % du PIB en 2027 à 11,5 % en 2028, puis à 10,7 % en 2029.
...et sa stratégie
Plusieurs leviers doivent y concourir, selon l'Agence nationale de presse : limitation des recrutements, renforcement des audits et des vérifications de vie des salariés, accélération des départs à la retraite, révision des indemnités, et réduction de moitié du taux applicable aux augmentations d'ancienneté civiles et spéciales.
Au passage, il y a lieu de retenir que cette orientation correspond très largement à la recommandation du FMI, lequel plaide pour une stratégie de consolidation budgétaire combinant maîtrise de la masse salariale et élargissement de l'assiette fiscale.
Point de vigilance supplémentaire : la croissance reste fragile
L'effort budgétaire intervenant dans un contexte économique peu porteur, le Gouvernement table sur une croissance de 1,6 % en 2026, un chiffre en retrait par rapport à celui annoncé par le président Daniel Chapo en décembre dernier. Pour rappel, il avait alors évoqué 2,8 %, un chiffre porté par les services, l'agriculture, les investissements énergétiques et les exportations de gaz naturel liquéfié d'Inhambane et de Cabo Delgado.
Le FMI, en juin, a revu ces perspectives nettement à la baisse : 0,5 % seulement pour 2026, près de six fois moins que la projection gouvernementale. La croissance réelle de 2025 a elle aussi été rabotée, de -0,5 % à 0,2 %, traduisant un ralentissement plus marqué qu'anticipé et la faible contribution des secteurs non extractifs.
Une reprise, oui, mais faible
Selon le Fonds, le rebond attendu en 2026 reposera sur la reprise du secteur extractif, une consommation privée soutenue par la hausse des revenus, et la relance de l'investissement.
Les premiers indicateurs de l'Institut national de la statistique confirment ce scénario prudent. Au premier trimestre 2026, l'économie mozambicaine n'a progressé que de 0,1 %, un deuxième trimestre consécutif de croissance, certes, mais modeste, après une année de contraction. Les services, en hausse de 3,5 % portés par l'hôtellerie-restauration et le commerce, en progression de 4,5 %, ont tiré cette timide reprise.
Le Mozambique sur une ligne de crête
Reste que la discipline salariale ne suffira pas, à elle seule, à sortir le Mozambique de sa fragilité structurelle. Entre pression de la dette, dépendance aux industries extractives et attentes sociales d'une fonction publique de plus de 350 000 agents, Maputo avance sur une ligne de crête où chaque arbitrage budgétaire pèse directement sur la trajectoire de développement du pays. (Eco-TransContinentsAfrica)
