Le rapport 2026 sur l’état du secteur des paiements mobiles le démontre à souhait. Selon ce document du Global system for mobile (GSMA), référence incontournable du secteur, l’Afrique s’est illustrée de belle manière en 2025. Les tendances mondiales observées au cours de cette année illustrent une véritable percée africaine.
Comptes enregistrés, comptes actifs, transactions financières : l'Afrique a la part du lion
En effet, alors que le nombre de comptes de mobile money enregistrés dans le monde a connu une augmentation sans précédent (+13%) atteignant 2,3 milliards, soit 268 millions de plus qu’en 2024, et que les comptes actifs sur 30 jours (593 millions) ont connu une progression de 15%, l’Afrique aura été le continent à enregistrer, d'un côté, le plus de comptes, de l'autre, le plus de comptes actifs en un mois.
Avec 1,2 milliard de comptes, l'Afrique a progressé de 18%. Parallèlement, 347 millions de comptes actifs ont été dénombrés sur une période de 30 jours marquant ainsi une hausse de 19%.
Au cours de la même période, 92 milliards de transactions ont été opérées pour un montant total de 1,4 milliard de dollars, en progression de 27% par rapport à 2024.
Ainsi, quasiment à tous niveaux, l’Afrique détient la grosse part mondiale des services de mobile money.
Sur 347 services en activité dans le monde, les 187 ont été répertoriés sur le continent, soit 54% de part mondiale.
Les comptes enregistrés et ceux actifs sur 30 jours ont été respectivement de 52 et de 59% du total dans le monde.
Quant au nombre de transactions et leur montant total, l’Afrique s’est attribuée les parts mondiales respectives de 74 et 66%.
Paiement mobile : l'Afrique subsaharienne en pole position
Selon les données par région, l’Afrique subsaharienne est la championne mondiale du paiement mobile. En effet, avec 174 services en activité, cette partie du continent possédait presque la totalité (1,2 milliard) des comptes enregistrés en 2025.
Par ailleurs, elle a enregistré à elle seule 341 millions de comptes actifs sur 30 jours (en hausse de 19%) pour 92 milliards de transactions (en progression de 16%) et un montant total de 1400 milliards de dollars (en hausse de 26%), soit plus de la moitié des 2,1 milliards de dollars ayant transité sur des comptes dans le monde.
Vient après l’Asie du sud, avec 473 millions de comptes enregistrés (en hausse de seulement 8%), 110 millions de comptes actifs sur 30 jours, 17 milliards de transactions pour un montant total de 304 milliards de dollars.
Le Maghreb dans la même dynamique que le continent dans sa globalité
L’Afrique du Nord, elle, a totalisé 30 millions de compte enregistrés (en hausse de 17%), 6 millions de comptes actifs sur 30 jours et 491 millions de transactions, pour un montant total de 15 milliards de dollars.
Le plus remarquable pour le Maghreb a été la forte croissance affichée aussi bien pour les nouveaux comptes enregistrés (+17%) que pour les comptes actifs sur 30 jours (+29%). Il en est de même du nombre de transactions avec une hausse de 60%, et le montant total des transactions qui ont augmenté de 41%.
Le fort impact du cadre politique et de l'innovation réglementaire
"Dans plusieurs pays dits à revenus faibles ou intermédiaires, l’innovation réglementaire a contribué au succès des réseaux d’agents du mobile money. Un large consensus s’est dégagé depuis une dizaine d’années sur les règles fondamentales nécessaires à un écosystème d’agents prospère. Parmi les facteurs clés figurent la reconnaissance juridique des émetteurs de monnaie électronique (EME)", indique le GSMA, citant en exemple le Nigeria. Dans ce pays devenu la première économie du continent, les réformes réglementaires ont assoupli les conditions d’autorisation des agents et favorisé l’arrivée d’acteurs non bancaires sur le marché.
Le secteur mobile, une source de financement de nombreux budgets africains
Conscients de l’essor des paiements mobiles sur le continent et de la niche que le secteur représente, la plupart des Etats ne manquent pas d’initiatives pour non seulement encadrer le secteur mais aussi pour en faire un contributeur aux économies nationales.
En témoigne l’introduction de nouvelles taxes liées au mobile money par plusieurs pays au cours des dernières années. C’est le cas du Cameroun qui a introduit une taxe de 0,2% sur le montant des opérations, du Mali qui a taxé de 1% tous les retraits de mobile money, du Sénégal qui a décidé du prélèvement de 0,5% sur les transferts, d’une taxe de 1,5% sur les paiements marchands et d’une taxe de 2% sur les commerçants, pour ne citer que ceux-là. Le Ghana, de son côté, est des rares pays à avoir plutôt supprimé une taxe (de 1%) qui avait été introduite en mai 2022.
Un souci : la taxation des transactions menace l’inclusion financière
Concernant cette taxation des transactions, le rapport alerte sur le risque d’exclusion supplémentaire des populations peu ou pas bancarisés. Explication : dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires, le mobile money est devenu un pilier important de l’activité économique. "Plusieurs mesures fiscales récentes ont ainsi accru le coût des opérations pour les utilisateurs finaux de différents marchés, entraînant un recul de l’inclusion financière et de la dématérialisation des espèces, voire des changements de politique, révèle le rapport.
La fraude, un défi majeur pour le secteur des paiements mobiles
Certes, les paiements mobiles connaissent un essor sur le continent, mais un défi majeur reste à relever : celui de la fraude.
Le rapport du GSMA souligne en effet que le secteur est confronté à un large éventail d’activités frauduleuses avec des pertes estimées à 500 milliards de dollars à l’échelle mondiale.
Pour le seul cas de l’Afrique subsaharienne, plus de 30% des adultes auraient reçu des messages frauduleux ou des tentatives d’extorsion de fonds en ligne. Par ailleurs, le coût de la cybercriminalité a été estimé à 10 500 milliards de dollars en 2025.
Outre le défi lié à la fraude, l’absence de cadres réglementaires harmonisés, la diversité des critères d’agrément et la fragmentation des infrastructures de paiement représentent également des obstacles au développement du paiement mobile.
La faille du manque de convergence réglementaire et de la fragmentation infrastructurelle
Le rapport mentionne que plusieurs initiatives régionales s’efforcent de répondre à ces difficultés.
En première ligne, il y a la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) qui promeut des systèmes de paiement interopérables pour faciliter les échanges commerciaux. Il y a également le développement en cours de plateformes de règlement transfrontalières par les communautés économiques régionales, telles que l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) et la Communauté de l'Afrique de l'Est. Sans oublier le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) lancé par Afreximbank, un modèle en cours de développement qui promet de rendre possible des transactions en temps réel entre les monnaies africaines sans recourir à des mécanismes de compensation offshore.
Le Paiement mobile et les femmes : la menace de la marginalisation
Le rapport du GSMA s’intéresse à un autre aspect non moins important : les disparités liées au genre.
Le document révèle enneffet que malgré le nombre de comptes de mobile money en forte augmentation en Afrique comme dans le monde, les écarts entre hommes et femmes sont en train de se creuser. L’analyse des données Global Findex par la GSMA montre que les habitantes des Pays à revenus faibles ou intermédiaires, dont une bonne partie de l’Afrique, étaient 36 % moins susceptibles que les hommes de détenir un compte en 2024, contre 30 % en 2021.
"Cette augmentation de l’écart lié au genre résulte du fait que, depuis quelques années, les hommes ont ouvert des comptes de mobile money en plus grand nombre que les femmes", indique le rapport qui avance des explications.
"Plusieurs obstacles interdépendants, qui touchent de manière disproportionnée les femmes, contribuent à cette situation : manque de sensibilisation aux services de mobile money ; utilité perçue limitée et méconnaissance des avantages des services au quotidien ; lacunes dans les connaissances et les compétences numériques ; normes sociales restrictives ; taux de possession d’un téléphone portable encore limité sur certains marchés", note le rapport.
Pour le GSMA, cette situation représente une "opportunité manquée" pour les femmes comme pour les prestataires de services de mobile money et ce d’autant plus que l’inclusion financière des femmes génère des "avantages considérables au niveau individuel, familial et sociétal".
Autre enjeu majeur : renforcer la culture financière numérique
Cela dit, si le développement futur de l’Afrique ne dépendait que des paiements mobiles et de l’inclusion financière, on pourrait dire que le continent a sa voie tout tracée. Le rapport du GSMA montre ainsi que l’impact du mobile money dépasse largement le cadre des services financiers. Explication : il joue un rôle essentiel dans la promotion de l’innovation au service du bien commun.
"Lorsque la réglementation le permet, le mobile money facilite la réalisation de versements rapides dans le contexte des crises humanitaires en direction notamment des régions isolées", précise le rapport. Et d'ajouter : "Pour que les différents cas d’usage puissent se concrétiser et produire des résultats durables, le mobile money doit être accompagné d’initiatives visant à renforcer la culture financière numérique". Autrement dit, pour tirer son épingle du jeu et se maintenir sur une bonne orbite à la fois dans le potentiel et les gains du secteur du paiement mobile, l'Afrique devra adopter la démarche la plus inclusive possible. Un vaste chantier qui n'est pas prêt d'être terminé. (Eco-TransContinentsAfrica)
