Déposé le 18 septembre, le projet de Loi de finances rectificative est sous pression. D’ores et déjà, il ramène les recettes de 6 188,8 à 5 848,7 milliards de FCFA, soit 5,5 % de moins. Les recettes fiscales accusent un manque à gagner de 453,3 milliards. Celles attendues des jeux de hasard tombent de 300 à 120 milliards.
Les dépenses montant à 7 583,9 milliards, le déficit atteint 1 735,2 milliards, 7,6 % du PIB contre 5,4 % prévus dans la loi initiale. Les arbitrages sont d’ailleurs révélateurs : les dépenses en capital financées sur ressources internes reculent, tandis que les transferts courants progressent. L'État paie d'abord l'urgence, au détriment de l'avenir.
Les subventions, nœud du conflit entre l’exécutif et le législatif
La loi initiale prévoyait 250 milliards de subventions énergétiques ; le projet de LFR en affiche 790,3. Selon Ousmane Sonko, l'engagement pris auprès du FMI plafonnerait l'effort à 552 milliards, avec un objectif de 1 % du PIB à terme.
Conséquence avancée par Pastef : le litre de gazole passerait de 755 à près de 867 FCFA. Le parti propose de baisser la TVA de 18 % à 15 %, au risque de creuser encore des recettes déjà en recul.
Un mur de financement
Le besoin global de financement s'élève à 6 774,2 milliards de FCFA, dont 4 516,2 milliards d'amortissement de la dette. Le texte intègre aussi 300 milliards d'arriérés intérieurs. Après les audits sur la dette dissimulée, l'endettement public est évalué autour de 130 % du PIB.
D'où le poids du FMI, qui avait suspendu son précédent programme de 1,8 milliard de dollars après la découverte de la dette mal déclarée. L'accord du 1er septembre porte sur une facilité élargie de crédit de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, soit 475 % de la quote-part du Sénégal.
Son approbation par le conseil d'administration exige des mesures correctrices et des assurances de financement. Il doit aussi débloquer les concours de la Banque mondiale et de la BAD.
Un rejet ferait glisser ce calendrier. Sur les eurobonds comme sur le marché régional de l'UMOA, chaque signal d'instabilité renchérit les refinancements.
L'économie réelle en première ligne
Actuellement, la croissance a atteint 6,7 % en 2025, portée par le pétrole, mais à peine 2,2 % hors hydrocarbures, avec une inflation contenue à 1,4 %. L'investissement exécuté a reculé d'environ 35 % entre 2024 et 2025. Un blocage prolongé rimerait avec arriérés, retards de paiement aux PME et chantiers gelés.
Du Ghana à la Zambie, de l'Égypte à la Tunisie, l'Afrique connaît bien ce dilemme entre ajustement et paix sociale. Le Sénégal, nouveau producteur d'hydrocarbures, doit prouver que la rente peut financer la souveraineté plutôt que retarder les réformes. (Eco-TransContinentsAfrica)
