Un chemin de croix diplomatique et budgétaire de près de trois années vient de connaître un épilogue au moins temporaire car, malgré le soulagement que l’on peut deviner à Dakar, il ne s'agit pas encore d'une signature définitive.
La vérité sur l’accord de ce jour
Ce que les autorités sénégalaises et l'équipe conduite par Mercedes Vera Martin ont conclu à l'issue d'une mission menée à Dakar du 19 août au 1er septembre, c'est un accord technique au niveau des services. Il doit encore franchir deux étapes : l'aval de la direction du FMI, puis celui de son conseil d'administration. Une nuance essentielle, tant le diable, dans ce dossier, s'est toujours logé dans les détails de procédure. Pour mesurer le chemin parcouru, il faut remonter à la source du contentieux.
Le point de départ : une dette cachée qui a tout fait dérailler
Le précédent programme du FMI avec Dakar avait été suspendu après la découverte d'une dette cachée dépassant 9 milliards de dollars, révélée dans le sillage de l'alternance politique de 2024.
Cette communication d'informations erronées aux services du Fonds n'était pas un simple différend technique : elle a ébranlé la confiance entre Dakar et Washington, gelé les décaissements, et projeté le Sénégal dans une zone grise budgétaire dont il peine encore à sortir.
Le ratio d'endettement, aujourd'hui évalué à 132 % du PIB, en est la trace la plus visible.
Trois années de tractations et une note dégradée
Entre la suspension du programme et l'accord de ce mardi, le Sénégal a traversé une séquence rare de tensions avec ses créanciers et ses partenaires.
Les agences de notation, Moody's en tête, ont abaissé la note souveraine du pays à plusieurs reprises, renchérissant le coût de sa dette sur les marchés régionaux et internationaux. Chaque mission du FMI à Dakar, il y en a eu plusieurs depuis 2024, s'est refermée sans conclusion définitive, alimentant l'incertitude des investisseurs et l'attentisme des bailleurs bilatéraux.
Une négociation menée sous double contrainte
Ce qui a rendu l'exercice particulièrement délicat, c'est la double exigence pesant sur les autorités sénégalaises.
D'un côté, obtenir la levée d'une dérogation pour communication d'informations erronées, préalable incontournable à tout nouveau programme.
De l'autre, convaincre le Fonds de la crédibilité d'une trajectoire de réformes budgétaires, dans un contexte social où la marge de manœuvre pour l'austérité reste étroite.
Le ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a présenté ce mardi la feuille de route qui a permis de dénouer ce nœud, articulée autour d'un rétablissement progressif de la viabilité de la dette et d'une hausse ciblée des dépenses sociales.
Ce que l'accord promet et ce qu'il conditionne encore
Le programme annoncé, équivalent à 475 % de la quote-part du Sénégal au FMI, doit accompagner les réformes économiques et financières du pays sur la période 2026-2029.
Mais son entrée en vigueur reste suspendue à la réception d'assurances de financement de la part des partenaires du Sénégal, autre étape que l'histoire récente invite à ne pas tenir pour acquise.
L'économie sénégalaise, portée par la première année pleine de production pétrolière, a affiché une croissance de 6,7 % en 2025, un chiffre à nuancer par une croissance hors hydrocarbures limitée à 2,2 %.
Un défi : reconquérir la confiance des créanciers
Au-delà des chiffres, cet accord illustre une dynamique plus large qui traverse aujourd'hui plusieurs capitales africaines : celle d'États sommés de reconquérir, méthodiquement et parfois douloureusement, la confiance de leurs créanciers après des années de gestion budgétaire contestée. Le Sénégal n'est ni le premier, ni le dernier, à devoir emprunter ce chemin étroit entre discipline financière et paix sociale. (Eco-TransContinentsAfrica)
