Dans le sillon du premier Sommet Afrique-Corée, tenu les 4 et 5 juin 2024, une cinquantaine de ministres africains des affaires étrangères se sont retrouvés à Séoul pour examiner l'évolution de la coopération économique, commerciale, scientifique et technologique entre le continent africain et la Corée du Sud mais aussi les mécanismes et programmes nécessaires à la poursuite de leur mise en œuvre.
Pourquoi la Corée est intéressante pour l’Afrique
La relation avec la Corée est importante car ce pays peut être une vraie source d’inspiration pour les pays africains. Il faut en effet rappeler qu’en 1960, le PIB par habitant coréen était inférieur à celui du Ghana.
Aujourd'hui, la Corée est la 13e économie mondiale, exportatrice de semi-conducteurs, d'automobiles, de K-pop et de séries télévisées et présente sur la scène cinématographique avec des réalisateurs de talent internationalement reconnus. La preuve : le jury du 79e Festival de cinéma de Cannes a été présidé par le Coréen Park Chan-wook.
Sa transformation opérée en 60 ans repose sur des éléments que l’Afrique a déjà identifiés comme nécessaires à maîtriser : politique industrielle bien conçue, investissement massif dans l'éducation, technologie comme levier de montée en gamme, enfin État stratège.

Qu’en est-il des apports du premier Sommet ?
Lors du premier Sommet, la République de Corée avait promis 14 milliards de dollars de financement à l'exportation pour soutenir les entreprises coréennes qui investissent en Afrique, tout en augmentant son aide publique au développement à 10 milliards de dollars d'ici 2030.
La BAD avait signé deux accords lors du premier sommet : un protocole d'accord avec la Korea Trade Insurance Corporation (K-SURE) et une lettre d'intention avec la Korea Overseas Infrastructure and Urban Development Corporation (KIND). Parallèlement, la Corée du Sud et les pays africains avaient annoncé des discussions visant à améliorer la coopération dans le domaine des minéraux.
Ce que les uns attendent des autres
Dans le contexte troublé actuel, il n’a pas échappé aux grandes entreprises coréennes que sont Samsung, SK Hynix, LG, Hyundai, Kia, etc que l'Afrique était une source importante de nickel, de cobalt, de graphite et de lithium indispensables aux semi-conducteurs, batteries et véhicules électriques coréens.
Pour cette année, de manière plus spécifique, les attentes africaines tournent autour d’apports en matière d’industrialisation et de transfert de technologie.
Ainsi, le ministre des Affaires étrangères tunisien a plaidé dans ce sens entendant saisir le réalignement en cours des chaînes d'approvisionnement mondiales pour se positionner comme un tremplin stratégique en direction de l'Afrique, de l'Europe et du Moyen-Orient. Idem de l’Algérie qui n’était pas présente au sommet franco-africain de Nairobi baptisé Africa Forward a marqué de sa présence à travers son ministre d'État Ahmed Attaf.
La question du modèle de coopération
Si l’Afrique intéresse pour ses minéraux, la concurrence y est rude ausi convient-il de trouver une orbite originale de coopération pour se positionner avantageusement sur un continent plus exigeant dans la place qu’il doit occuper dans les chaînes de valeur mondiales. Le modèle d’engagement est donc important.
Si la Chine finance des mines et des infrastructures en acceptant les gouvernements en place sans condition, la Corée, elle, arrive avec un modèle de partenariat industriel qui permet de construire des chaînes de valeur, de former des ingénieurs, de transférer des technologies et pas seulement d’extraire des matières premières. Même s’il est plus lent à se déployer et plus exigeant autant pour la Corée que pour l’Afrique, il porte en lui des éléments pouvant potentiellement accompagner l’Afrique dans la transformation structurelle qu’elle souhaite désormais.
De quoi être bien positionnée comme un partenaire à même d’incarner une relation sans dépendance, sans aide, sans extraction que le président kenyan William Ruto a appelée de ses vœux à Nairobi. (Eco-TransContinentsAfrica)
