Dettes : à Bangkok, le G24 dénonce le prix exorbitant que paie toute l'Afrique

ANALYSE. Réuni en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, le G-24 alerte sur une dette devenue bien trop chère pour les pays du Sud. Du Maghreb à l'Afrique australe, le continent tout entier en paie le prix fort.

Dettes : à Bangkok, le G24 dénonce le prix exorbitant que paie toute l'Afrique

Le chiffre sonne comme un réquisitoire. Les pays en développement débourseraient environ 500 milliards de dollars de plus que les économies avancées pour honorer leur dette.

Il a été avancé le 13 octobre à Bangkok par Taiwo Oyedele, président du G24 et ministre nigérian des Finances, en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, réunies du 12 au 18 octobre dans la capitale thaïlandaise.

Fondé à vingt-quatre membres, le groupe en compte aujourd'hui environ vingt-huit, issus d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et des Caraïbes, tout en conservant son nom historique.

Pour l'argentier du Nigeria, le problème ne tient plus seulement au volume de la dette. Ce qui pèse désormais, c'est son coût. Et l'Afrique figure au premier rang des régions concernées.

La dette, un fardeau qui étouffe la croissance

Iyabo Masha, directrice du secrétariat du G24, partage le diagnostic. Quand l'essentiel des ressources part dans les remboursements, il ne reste plus grand-chose pour financer le développement.

Les données du FMI vont dans le même sens. Un gouvernement type d'Afrique subsaharienne consacre aujourd'hui près d'un septième de ses recettes aux seuls intérêts. Hausse des taux effectifs et recul de l'aide publique au développement ont alourdi la charge.

Pour l'ensemble des pays en développement, la facture due aux créanciers extérieurs avoisine 400 milliards de dollars cette année. Les intérêts absorbent en moyenne plus de 10 % des recettes publiques.

Le choc venu du Moyen-Orient a un impact fort

Et la conjoncture complique l'équation. La guerre au Moyen-Orient a fait flamber les prix du carburant et des engrais. Le FMI a ramené sa prévision de croissance pour l'Afrique subsaharienne à 4,3 % en 2026, après 4,5 % l'an dernier, son meilleur score depuis une décennie.

Au nord du continent, du Maroc à l'Égypte, les économies importatrices d'énergie subissent la même pression sur leurs budgets et leurs comptes extérieurs.

Faute de financements extérieurs abordables, nombre de capitales se tournent vers leurs marchés intérieurs. La parade a ses limites : en 2024, le pays médian d'Afrique subsaharienne empruntait localement à 8,8 % en moyenne, parfois plus cher que sur les euro-obligations.

Le Sénégal, le pays qu'on regarde 

Voilà qui explique la demande pressante du G24. En quoi consiste-t-elle ? Que le FMI et la Banque mondiale élargissent, à court terme, l'accès à des financements concessionnels moins coûteux pour les pays vulnérables. En contrepartie, ceux-ci s'emploieraient à mobiliser des capitaux privés et à contenir leurs dépenses.

Iyabo Masha veut croire que les récents progrès de l'architecture de la dette souveraine accéléreront le règlement des crises. Elle cite le Sénégal, jugé “assez proche” d'une issue avec ses créanciers.

Pour rappel, le 1er septembre, Dakar et les services du FMI ont conclu un accord technique sur un programme de 36 mois d'environ 2,2 milliards de dollars au titre de la facilité élargie de crédit, encore soumis au conseil d'administration. Les autorités visent un accord de principe avec prêteurs officiels et détenteurs d'obligations d'ici décembre.

L'IA, la fracture qui vient

Une autre inquiétude a affleuré à Bangkok : l'intelligence artificielle. Celle-ci risque de creuser la fracture numérique. Des États qui engloutissent leurs recettes dans le service de la dette peineront à financer les infrastructures et les compétences qu'exige cette révolution.

Cinquante-cinq ans après sa création, en 1971, le G24 renoue ainsi avec sa vocation de porte-voix du Sud au sein des institutions de Bretton Woods. Mais le terrain a changé. Hier, il fallait alléger des dettes bilatérales. Aujourd'hui, il faut composer avec une constellation de créanciers privés, chinois et domestiques. Pour l'Afrique, l'enjeu dépasse la comptabilité : financer son avenir plutôt que rembourser son passé. (Eco-TransContinentsAfrica)

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