Notation financière : avec l'AfCRA, l'Afrique entend reprendre la main

TOURNANT. Lancée à Port-Louis, l'Agence africaine de notation de crédit entend compléter le regard des grandes agences internationales et peser sur le coût du financement du continent. Sa crédibilité sera son premier capital.

Notation financière : avec l'AfCRA, l'Afrique entend reprendre la main

L'attente a été longue mais c'est désormais chose faite. Mercredi, à Port-Louis, l'Union africaine (UA) a officiellement lancé l'Agence africaine de notation de crédit (AfCRA). Projet approuvé dès 2018 et longtemps resté dans les cartons, il prend enfin corps à Maurice.

Présent à la cérémonie, le président de la Commission de l'UA, Mahmoud Ali Youssouf, y a vu une étape importante dans la construction d'une architecture financière africaine plus solide et plus autonome.

Au coeur d'un enjeu loin d’être seulement technique 

Les évaluations du risque souverain conditionnent directement les taux auxquels les États et les entreprises empruntent sur les marchés de capitaux.

Depuis des années, de nombreux responsables africains dénoncent une “prime de risque” jugée excessive, nourrie selon eux par des données lacunaires et une méconnaissance des réalités locales. En 2023, le PNUD estimait ainsi que des notations plus fidèles aux fondamentaux pourraient faire économiser jusqu'à 74,5 milliards de dollars au continent.

Que promet l'AfCRA ? Des analyses indépendantes et techniquement rigoureuses, intégrant davantage les données, l'expertise et les réalités économiques africaines dans l'appréciation du risque.

23 pays hors du radar des notations

Le constat dressé par l'UA est éloquent : seuls 32 des 55 pays du continent, du Maghreb à l'Afrique australe, sont aujourd'hui notés par les trois grandes agences internationales. Vingt-trois restent hors de leur champ.

Élargir cette couverture, c'est ouvrir la porte des marchés à davantage d'émetteurs africains, souverains comme privés.

Une agence complémentaire, pas concurrente des autres 

L'AfCRA ne prétend pas se substituer à S&P, Moody's ou Fitch. Elle se veut une lecture complémentaire, centrée sur l'Afrique, sans vocation à délivrer des notes de complaisance.

Bien évidemment, sa crédibilité va reposer sur son indépendance, sa transparence, son professionnalisme et le respect des normes internationales. Faute de quoi, les investisseurs ne la suivront pas.

Mahmoud Ali Youssouf a d'ailleurs rappelé les États à leurs propres responsabilités : il faudra de la rigueur macroéconomique, de la discipline budgétaire, de la transparence et rendre leur dette soutenable. Car s’il y a une chose à savoir, c’est qu’une note ne se décrète pas, elle se mérite.

Maurice, un rôle de trait d'union

Comment le processus s’est-il construit ? Gouvernance, cadre institutionnel et méthodologie ont été élaborés sous l'égide du Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP).

Le choix de Port-Louis comme siège tient à la place financière mauricienne, à son cadre réglementaire et à ses connexions avec les marchés africains et internationaux. Pour couvrir l'ensemble du continent, des antennes régionales sont ainsi envisagées. 

Un élément de la bataille de souveraineté

Pour le président de la Commission, l'Afrique doit devenir un acteur majeur dans la définition du nouvel ordre économique et financier mondial.

Le lancement de l'AfCRA s'inscrit en effet dans un mouvement plus large. La réforme de l'architecture financière internationale, portée par l'Afrique au sein du G20, mais aussi les tensions récurrentes entre institutions africaines et agences de notation, ont remis la question au cœur du débat. Reste désormais à l'agence de transformer une ambition politique en signal reconnu par les marchés. C'est à cette aune que se jugera son succès. (Eco-TransContinentsAfrica)

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