Bénin : les leaders religieux impliqués dans la traque à l’argent sale

STRATÉGIE. Le gouvernement béninois et le Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest ont choisi un terrain inhabituel pour élargir le front de la lutte anti-blanchiment : celui des lieux de culte.

Bénin : les leaders religieux impliqués dans la traque à l’argent sale

Un séminaire national de sensibilisation s'est ouvert ce mardi 15 septembre dans la capitale politique du pays, réunissant imams, pasteurs, prêtres et responsables d'organisations confessionnelles autour d'un même objectif : renforcer leur implication dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT).

Une confiance à construire entre le gouvernement et les autorités religieuses 

Présidant la cérémonie d'ouverture, le ministre délégué chargé de l'Intérieur et de la Sécurité publique, Djibril Mama Cissé, a posé les termes du contrat : un partenariat fondé sur la confiance, le dialogue et le partage d'informations entre l'État et les communautés religieuses.

L'enjeu n'est pas seulement technique. Il s'agit de donner aux responsables religieux les clés pour comprendre les mécanismes du blanchiment et du financement terroriste, mais aussi de les positionner comme des acteurs de prévention à part entière — dans un pays où les autorités disent redouter la percée des discours de radicalisation depuis les foyers d'instabilité du Sahel voisin.

Prendre conscience que l'argent est le nerf de la guerre asymétrique

Le président de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), Abdou Rafiou Bello, a rappelé une évidence trop souvent sous-estimée : les groupes terroristes ont besoin de ressources financières pour recruter, se déplacer et s'équiper. Assécher ces flux, a-t-il souligné, demeure l'un des leviers les plus efficaces contre l'extrémisme violent.

Sur le plan opérationnel, la CENTIF affiche des résultats en hausse : en 2025, la cellule a enregistré une progression des déclarations de soupçon et produit plus de 150 notes de renseignement financier — un indicateur de la montée en puissance du dispositif national de vigilance.

Compléter le sécuritaire par le social

Intervenant au nom du directeur général du GIABA, le représentant résident de la Cédéao au Bénin, Amadou Diongue, a salué l'engagement des autorités béninoises tout en insistant sur un point de méthode : la réponse strictement sécuritaire ne suffit pas. Elle doit être complétée par des actions sociales et préventives, seules à même de préserver la cohésion nationale sur la durée.

C'est précisément l'ambition affichée du séminaire, qui se poursuit jusqu'au 16 septembre : promouvoir le dialogue interreligieux, prévenir les discours de haine, et ancrer la vigilance financière dans le tissu social plutôt que dans le seul appareil d'État.

Au-delà du Bénin, cette initiative illustre une inflexion plus large observée dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest confrontés à la porosité croissante entre criminalité financière et radicalisation violente : celle qui consiste à sortir la lutte anti-blanchiment des seuls cercles bancaires et judiciaires pour l'ancrer dans les corps intermédiaires de la société — chefferies traditionnelles, associations, et désormais autorités religieuses — seuls capables, à l'échelle communautaire, de repérer les signaux faibles que les institutions formelles ne voient pas toujours venir. (Eco-TransContinentsAfrica)

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