À l'issue d'une mission dirigée par Mercedes Vera Martin, il a été signé un accord technique pour un dispositif de 36 mois, adossé à la Facilité élargie de crédit. Celui-ci est estimé à 2,2 milliards de dollars, soit environ 1 243 milliards de francs CFA. Autant dire que le séjour à Washington du président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, et sa rencontre avec Kristalina Georgieva, la directrice générale du Fonds monétaire international, ne doit rien au hasard.
Restaurer la soutenabilité d'une dette à 132 % du PIB
Le chiffre du niveau de la dette publique sénégalaise résume à lui seul l'urgence du dossier. Pour rappel, celle-ci est estimée à 132 % du PIB. C'est ce ratio, et les contraintes de liquidité qui en découlent, que le futur programme doit contribuer à corriger sur la période 2026-2029. Dakar cherche en parallèle à renégocier avec ses créanciers pour ramener cette trajectoire vers un niveau soutenable. Il s'agit-là d'un exercice technique qui suppose la confiance des marchés, laquelle dépend directement de l'aval du Conseil d'administration du Fonds.
Ce volet financier s'accompagne d'un plan d'apurement des arriérés dus aux entreprises privées, plan présenté comme un levier de restauration de la trésorerie des opérateurs économiques, de préservation de l'emploi et de relance de l'investissement. Les deux parties ont affiché, à Washington, leur volonté commune de transmettre rapidement le dossier au Conseil, condition préalable à tout décaissement.
Des arbitrages budgétaires qui structurent le programme
Sur le plan des réformes, plusieurs orientations se dégagent des échanges rapportés par la présidence sénégalaise :
- une réforme progressive et mieux ciblée des subventions à l'énergie, plutôt qu'une suppression brutale ;
- le maintien du Programme national de bourses de sécurité familiale et des bourses étudiantes ;
- la poursuite de la consolidation de la Couverture maladie universelle ;
- la priorité donnée aux projets d'investissement jugés stratégiques, dans le respect des contraintes de soutenabilité de la dette.
Cet arbitrage qui consiste à ménager l'ajustement budgétaire sans fragiliser les filets sociaux est précisément le point sur lequel le FMI avait, en mai dernier, pointé un "dilemme" pour le Sénégal, entre fin des subventions et risque social. La formulation retenue à Washington, celle d'un "redressement sans sacrifice des populations", traduit la ligne que le gouvernement entend défendre devant ses partenaires financiers comme devant son opinion publique.
Un cas sénégalais à replacer dans la tension financière du continent
Cela dit, il convient de regarder le dossier sénégalais comme s'inscrivant dans un contexte continental sous pression.
Selon S&P Global Ratings, les États africains notés devront faire face en 2026 à plus de 90 milliards de dollars de remboursements de dette extérieure en devises, un niveau inédit, plus de trois fois supérieur à celui de 2012. Le ratio moyen dette/PIB du continent est passé de 44,4 % en 2015 à 66,7 % en 2024, sous l'effet cumulé de la pandémie, des tensions géopolitiques et du renchérissement de l'accès aux financements internationaux, notamment sur les marchés obligataires privés.
Dans ce paysage, chaque programme FMI conclu par un pays africain devient un signal envoyé aux créanciers du continent tout entier. La Côte d'Ivoire vient d'achever le sien avec un statut de risque de surendettement abaissé et un déblocage de 832,8 millions de dollars ; le Kenya et le Ghana restent en négociation active ; l'Égypte demeure le premier débiteur africain du Fonds avec plus de 6,8 milliards de dollars d'encours. C'est dans cette compétition silencieuse pour la confiance des marchés que se négocie, à Washington, l'avenir budgétaire du Sénégal.
Au final, l'issue de ce dossier se jouera moins dans la salle de réunion du FMI que dans la capacité de Dakar à tenir, dans la durée, l'équation qu'il s'est fixée : rassurer les bailleurs sans rompre le contrat social, un exercice que la plupart des économies africaines sous programme s'efforcent, à des degrés divers, de réussir au même moment. (Eco-TransContinentsAfrica)
