À l'invitation d'Emmanuel Macron et de ses envoyés spéciaux Thomas Pesquet et Hélène Huby, le Grand Palais a accueilli à Paris près de 120 délégations étrangères, des chefs d'État, des industriels, des chercheurs. Un rendez-vous pensé comme la capitale mondiale d'un secteur en pleine recomposition du point de vue de la gouvernance, de la sécurité, de l’économie et de l’exploration. L'Afrique a saisi la dimension stratégique du spatial. Elle s’emploie à se mettre sur une bonne orbite mais les défis à relever sont importants.
L’industrie spatiale africaine progresse mais demeure encore modeste
Un chiffre donne le ton : le continent compte, fin 2025, 68 satellites lancés par 19 États, contre 56 satellites et 17 pays deux ans plus tôt. À titre de comparaison, les seuls États-Unis en ont mis en orbite plus de 2 500 sur la seule année 2023. L'écart reste vertigineux. Mais la trajectoire, elle, est nette : l'Afrique n'est plus seulement consommatrice de données spatiales étrangères, elle commence, pays par pays, à produire les siennes.
L'Égypte et l'Afrique du Sud mènent ce peloton, avec respectivement 15 et 13 satellites. Elles sont suivies du Nigeria, de l'Algérie et du Maroc. Le Sénégal, le Rwanda, Djibouti ou le Zimbabwe ont, ces dernières années, rejoint le club restreint des pays ayant placé leur premier satellite en orbite, souvent via des partenariats, mais avec l'ambition affichée d'internaliser progressivement la conception. Neuf satellites africains ont ainsi été entièrement conçus et assemblés sur le continent.
L’ambition continentale derrière l'Agence spatiale africaine
Longtemps, le spatial africain s'est construit en ordre dispersé avec des initiatives nationales, des coopérations bilatérales, projets régionaux comme la constellation African Resource Management lancée au tournant des années 2000.

L'inauguration, en avril 2025 au Caire, de l'Agence spatiale africaine (AfSA) a changé la donne institutionnelle. Projet phare de l'Agenda 2063 de l'Union africaine, elle a pour mandat d'harmoniser les stratégies nationales, de faciliter les missions conjointes, de mutualiser l'accès aux infrastructures et de peser, en tant que bloc, dans les négociations internationales sur la gouvernance de l'espace.
Son président, l'Ivoirien Tidiane Ouattara, résume l'ambition sans détour : “Structurer un véritable marché spatial africain”, alors que plus de 280 entreprises sont déjà actives sur le continent, concentrées en Égypte, au Kenya, au Nigeria et en Afrique du Sud.
L'AfSA vise plus de 120 satellites lancés d'ici 2030 soit près du double du parc actuel en l'espace de quatre ans.
L’angle mort : l'accès autonome à l'orbite
À ce jour, aucun pays africain ne dispose aujourd'hui d'un lanceur orbital ou d'une base de lancement opérationnelle. L'Afrique construit des satellites, les exploite, en tire des données mais reste, pour l'instant, dépendante de lanceurs étrangers pour les mettre en orbite.
C'est le chaînon manquant de la souveraineté spatiale, celui qui sépare la maîtrise des usages de la maîtrise complète de la chaîne de valeur. Cette dépendance a un coût direct : l'achat d'images satellitaires haute résolution et de bande passante à l'étranger pèse sur les budgets publics, avec des délais et parfois des refus d'accès à des données jugées sensibles.
C'est précisément ce constat, la nécessité de réduire la dépendance technologique envers les puissances occidentales, qui pousse aujourd'hui Dakar, Kigali, Le Caire ou Pretoria à investir dans leurs propres capacités.
Ce que Paris pourrait changer
Le Sommet international sur l'espace n'était pas un rendez-vous africain. Mais il a redessiné, en creux, le paysage dans lequel le continent doit avancer, celui d’une compétition mondiale désormais dominée par des acteurs privés tels que SpaceX et Blue Origin, et une Europe qui cherche, elle aussi, à reprendre pied face à cette concurrence.
Dans ce contexte de recomposition des rapports de force spatiaux, l'Afrique n'a pas vocation à rester spectatrice des arbitrages sur la régulation des orbites basses, la gestion de la congestion satellitaire ou l'accès aux fréquences. Ce sont des décisions qui engageront, directement, ses propres capacités de développement pour les décennies à venir.
Du coup, on peut dire que l'Afrique n'entre pas dans l'ère spatiale par la grande porte des lanceurs et des stations. Elle y entre par l'usage à travers l'agriculture de précision, la gestion de l'eau, la prévision des inondations et des sécheresses, la connectivité des zones enclavées.
C'est un point d'entrée modeste mais c'est aussi celui qui, historiquement, ancre le plus solidement une industrie naissante dans les besoins réels d'un continent. Reste à savoir si cette ambition trouvera, dans les prochaines années, les financements et l'accès autonome à l'orbite qui lui permettront de passer du statut d'utilisatrice à celui de puissance spatiale à part entière. (Eco-TransContinentsAfrica)
