La question de la renégociation des conventions minières est au coeur du débat politique et économique sur les nouvelles ressources que sont le gaz et le pétrole. À ce moment crucial pour le pays, il importe de revenir sur la chronologie de ce dossier aussi brûlant que stratégique. En effet, depuis février 2026, plusieurs événements se sont enchaînés qui méritent d'être rappelés.
Le point de départ : une étude, puis un audit chiffré
En février 2026 donc, le Sénégal lance une étude stratégique sur ses minéraux critiques. Celle-ci est réalisée avec Publiez Ce Que Vous Payez et par l'African Climate Foundation qui a cartographié le potentiel géologique du pays. Dans la foulée, le 12 mars 2026, le Premier ministre d'alors, Ousmane Sonko, tient un point de presse à la Primature pour livrer les premiers résultats concrets du comité de relecture mis en place dès juillet 2024.
Le tournant du 12 mars : des chiffres et une première décision actée
Ce point de presse constitue, à ce jour, l'étape la plus substantielle du dossier. Il en est ressorti plusieurs points :
- Le préjudice subi par l'État dans sa convention avec les Industries Chimiques du Sénégal (ICS) est chiffré à 1 075,9 milliards FCFA — non-paiement de taxes et redevances, déclarations de production erronées, sous-évaluation délibérée de la participation de l'État. Ce chiffre a été confirmé indépendamment par l'Inspection générale d'État. Sonko annonce dans la foulée le non-renouvellement des trois concessions ICS, avec notification formelle de la créance et mesures conservatoires bloquant les distributions de dividendes.
- Sur le gaz de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), le gouvernement engage des discussions pour réorienter une partie de l'approvisionnement vers le marché local, un gain projeté à 900-940 milliards FCFA sur 2026-2040 et 1 090 milliards de gains fiscaux.
- Sur le bloc gazier Yakar-Teranga, l'État évoque une marge de manœuvre liée à des engagements contractuels non respectés par le partenaire, et annonce pouvoir reprendre le bloc “sans avoir à débourser un seul franc”.
- Dans le numérique, les redevances dues par les opérateurs passent de 15 % à 30 %.
Sur la base de ces constats, Ousmane Sonko, alors Premier ministre, formule à cette occasion le nouveau principe directeur de la politique minière et pétrolière sénégalaise : le Sénégal ne va plus signer de concessions à 25 ans sans clause de révision.
Au 8 septembre, jouer de la Déclaration de Politique générale, où en est-on ?
- Le dossier est porté par le nouveau Premier ministre :
Ousmane Sonko occupe désormais la présidence de l'Assemblée nationale et Al Aminou Lô, désormais à la Primature, prononce le 8 septembre le Discours de politique générale devant le Parlement. Cela a constitué sa première prise de parole sur ce dossier. Ce qu’il faut noter, c’est qu’il reprend la ligne hérité de son prédécesseur actant ainsi qu’une trentaine de conventions minières soient en cours de renégociation et précisant que l'État, “bien armé”. se dit prêt à assumer d'éventuels contentieux.
- Trois zones d'ombre subsistent :
- D’abord, la liste des trente conventions concernées n'a toujours pas été rendue publique, ni le calendrier de leur traitement ;
- Ensuite, le sort réel des ICS reste ambigu. En effet, malgré l'annonce de non-renouvellement, l'entreprise semble poursuivre ses opérations, sans que les conditions de cette poursuite soient précisées.
- Enfin, le secteur minier proprement dit (hors ICS) n'a pour l'instant produit aucun résultat chiffré comparable à ceux obtenus sur le gaz. En effet, les grands opérateurs aurifères et de sables minéralisés (Eramet/GCO, Endeavour Mining, Fortuna Mining, Managem) ne sont, à ce jour, cités dans aucune annonce de renégociation nommément aboutie.
Quid de la situation sur le plan juridique aujourd'hui ?
À ce niveau, un point technique mérite d'être noté pour la suite du dossier. Les contrats extractifs sénégalais comportent généralement des clauses de stabilisation qui figent le cadre juridique applicable pour toute la durée du contrat. C’est le cas du code pétrolier de 2019 qui encadre explicitement ce mécanisme en son article 72. C'est précisément ce type de clause qui, en Guinée, a nourri les procédures d'arbitrage type Axis Minerals.
Le Sénégal négocie donc sous une contrainte juridique connue et documentée, ce qui explique la prudence de langage systématiquement affichée par les deux Premiers ministres successifs. Ceux-ci n’ont ainsi jamais parlé de rupture unilatérale annoncée, mais ont utilisé des mots comme “relecture” et “discussion”.
En résumé, la volonté politique est confirmée. Elle est même réaffirmée après le changement de gouvernement sans rupture de ligne. Mieux, elle est déjà concrétisée sur au moins deux dossiers, ceux des ICS et de GTA. Par contre, sur le volet strictement minier hors phosphates, on est à un stade d'annonce plus que de résultat chiffré et public. (Eco-TransContinentsAfrica)
