Tanger Med : 11 millions de conteneurs, 13 milliards de dirhams et une ambition continentale

TOP. Chiffre d'affaires en hausse de 16 %, trafic record, nouvelle ligne Misrata–golfe de Guinée : le complexe marocain monétise sa position de hub entre les Afriques, la Méditerranée et les grandes routes du commerce mondial.

Tanger Med : 11 millions de conteneurs, 13 milliards de dirhams et une ambition continentale

Les comptes parlent d'eux-mêmes. Le Groupe Tanger Med a clôturé l'exercice 2025 avec un chiffre d'affaires consolidé brut de 13 milliards de dirhams, en hausse de 16 % sur un an.

La performance dépasse largement les projections officielles. Le rapport sur les établissements et entreprises publics annexé au projet de loi de finances 2025 tablait sur environ 9,8 milliards de dirhams pour l'année.

En consolidant Tanger Med Port Authority (TMPA) et Marsa Maroc, le groupe a manutentionné 209 millions de tonnes de marchandises et 12,42 millions d'EVP (équivalent vingt pieds) en 2025.

Un moteur : le conteneur

Le cœur de la machine reste le trafic conteneurisé. Les quatre terminaux du complexe ont traité 11 106 164 EVP en 2025, soit + 8,4 %.

Selon TMPA, la croissance s'explique notamment par la mise en exploitation de la dernière extension du terminal TC4, opéré par APM Terminals, filiale de Maersk.

La courbe est continue depuis l'entrée en service de Tanger Med 2 en 2019 : 4,8 millions d'EVP cette année-là, 5,77 millions en 2020, 7,6 millions en 2022, 8,61 millions en 2023, plus de 10,2 millions en 2024.

En six ans, le volume a plus que doublé. Dès 2020, Tanger Med avait ravi à Algésiras, son concurrent espagnol, la place de premier port à conteneurs de Méditerranée.

Le transbordement africain, relais de croissance

Le modèle économique repose largement sur le transbordement. Les grands porte-conteneurs déchargent à Tanger Med ; des navires feeders redistribuent ensuite la marchandise vers les ports de la façade atlantique africaine.

Selon sa direction, le port est relié à une quarantaine de ports ouest-africains dans 22 pays. Environ 2,3 millions de conteneurs à destination ou en provenance du continent y transitent, via quelque 120 services réguliers hebdomadaires.

Les armateurs ont structuré leurs réseaux en conséquence. Hapag-Lloyd, qui détient 10 % du terminal TC3 depuis 2020, a fait de Tanger Med dès 2022 le point de jonction de son service West Africa Express entre l'Europe du Nord, Tema et Abidjan.

Nouveau débouché : le 14 septembre 2026, l'Autorité libyenne de développement des exportations a lancé une ligne directe entre la zone franche de Misrata, le Nigeria et le Cameroun, avec Tanger Med comme plateforme centrale de transbordement.

Pour la Libye, l'enjeu est de diversifier ses exportations vers le continent. Pour le hub marocain, c'est un flux supplémentaire qui relie le Maghreb à l'Afrique subsaharienne par la mer.

Exportations : l'automobile et l'agroalimentaire en tête

Tanger Med est aussi l'outil logistique de l'industrie marocaine. Le trafic des camions TIR a atteint 535 203 unités en 2025 (+ 3,6 %), porté par les produits industriels (+ 4,8 %) et agroalimentaires (+ 4,3 %).

Les terminaux à véhicules ont traité 526 862 unités, en repli de 12 %. Parmi elles, 327 569 voitures exportées par Renault (Melloussa et SOMACA) et 126 874 par Stellantis Kénitra.

Le vrac liquide gagne 13 %, à 8,64 millions de tonnes. Le vrac solide recule de 11 %, à 522 493 tonnes, pénalisé par un décalage des importations de céréales.

Le trafic passagers complète le tableau : 3,22 millions de voyageurs et 895 341 voitures en 2025, en hausse respective de 5,7 % et 5 %.

La contrainte de capacité

Le principal risque est connu : la saturation. En 2024, la direction indiquait que chaque terminal fonctionnait légèrement au-dessus de sa capacité théorique. Le TC1 avait traité 2,5 millions d'EVP en 2023, pour une capacité nominale de 1,5 million.

Le plan d'investissement inscrit au rapport budgétaire prévoit 3,08 milliards de dirhams pour 2026, après 2,2 milliards en 2025, avec notamment l'extension du port passagers et l'aménagement des zones industrielles.

Autre facteur à surveiller : la dépendance aux routes maritimes mondiales. La direction relativisait toutefois l'effet mer Rouge en 2024, les conteneurs passant par Suez ne représentant qu'un quart du trafic.

Au-delà du bilan comptable, Tanger Med illustre une bataille économique de fond : celle des hubs qui capteront les flux du commerce intra-africain. Face à Port-Saïd, Lomé, Abidjan ou Algésiras, l'avantage se mesurera en capacité, en connectivité et en coûts de passage. Alors que la ZLECAf peine encore à se traduire en volumes, la plateforme marocaine se positionne pour encaisser la valeur de cette intégration, quand elle viendra. (Eco-TransContinentsAfrica)

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