Le ton se veut ferme. Le message, rassurant. Lors de son entrevue périodique avec la presse nationale, diffusée le samedi 3 octobre 2026 à la télévision publique, Abdelmadjid Tebboune s'est attaqué à la hausse des prix agricoles qui pèse sur les ménages depuis l'été.
Pour le chef de l'État, la première cause n'est ni la pénurie ni les coûts de production. C'est la cupidité. “J'ai donné des instructions au gouvernement pour lutter contre la spéculation et les prix vont baisser”, a-t-il assuré, promettant des effets dès le lendemain.
Les agriculteurs mis hors de cause
Le président distingue les producteurs des intermédiaires : selon lui, la plupart des agriculteurs ne sont pas responsables du niveau atteint par les prix. Exemple à l'appui : une tomate cédée autour de 20 dinars le kilo à la ferme peut atteindre 140 dinars, voire plus, sur les étals.
Électricité, eau d'irrigation, engrais, semences : l'État subventionne l'essentiel des intrants. Dans sa logique, la flambée ne s'explique donc pas par les charges des agriculteurs. Il concède toutefois l'effet des incendies de l'été, qui ont frappé plusieurs régions et la filière avicole, et refuse de parler de crise “inédite”.
Des étals sous tension
Le plateau de 30 œufs, vendu entre 330 et 350 dinars fin juin, s'affichait entre 650 et 680 dinars fin septembre, selon Maghreb Émergent. Presque un doublement en un trimestre. La pomme de terre et la tomate ont suivi la même pente. Pour les petits revenus, l'addition est lourde : les produits frais forment l'essentiel du panier quotidien. La sortie présidentielle est d'ailleurs sa première réaction publique directe à cette vague de hausses.
Le 1er octobre, une réunion interministérielle a abouti à un accord avec les filières : le kilo de pomme de terre est plafonné entre 60 et 70 dinars à la ferme, entre 80 et 90 dinars au détail, sous contrôle quotidien des services du Commerce.
Le même jour, l'association de consommateurs El Aman a réclamé une enquête nationale sur la formation des prix avant le Ramadan, Elle demande d'examiner les marges à chaque maillon au regard des aides publiques perçues, et de publier les conclusions. Elle pointe aussi des causes que le discours officiel évoque moins : le poids du marché informel, le flou des règles d'importation, la lenteur de la numérisation des circuits.
Salaires en hausse, agriculture à l'agenda
Le 4 octobre, le Conseil des ministres a prolongé la séquence. Le président y a fait inscrire de nouvelles revalorisations salariales dans le projet de loi de finances 2027, sans nouvelle taxe pour les ménages. Elles ne concernent que la fonction publique et le secteur public économique ; les salariés du privé restent tributaires de la négociation avec leur employeur.
Il a aussi chargé le ministre de l'Agriculture, Sid Ali Khaldi, de préparer un Conseil des ministres consacré au secteur. Dès le 20 septembre, il avait exigé un bulletin mensuel de la production céréalière et la numérisation du paiement des récoltes par l'Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC).
Un sujet qui revient à chaque rentrée
À l'automne 2021, Abdelmadjid Tebboune dénonçait déjà les “parasites” du commerce et faisait préparer une loi punissant la spéculation de jusqu'à 30 ans de prison. Quelques semaines plus tard, il autorisait des importations exceptionnelles pour inonder le marché. En février 2022, il gelait les taxes sur plusieurs produits de large consommation. Répression, plafonnement, importations d'urgence, hausse des revenus : la panoplie n'a guère changé depuis.
Chaque épisode a apporté un répit. Aucun n'a réglé le fond : une chaîne de distribution longue, opaque et en partie informelle, que l'État contrôle mal malgré des subventions massives en amont.
Du Maghreb au Machrek jusqu'en Afrique subsaharienne, le prix du pain et des légumes reste l'un des thermomètres politiques les plus sensibles du continent, comme l'ont rappelé les émeutes en Égypte en 1977, au Maroc en 1981 ou en Tunisie en 1984. À Alger, où la redistribution de la rente tient lieu de pacte social, la promesse d'une baisse “dès demain” engage désormais le président. C'est sur les marchés qu'elle sera jugée. (Eco-TransContinentsAfrica)
