Biogaz : le Togo veut multiplier par trente-cinq son parc de biodigesteurs

BOND. De 140 à 5 000 biodigesteurs d'ici à 2030 : Lomé veut transformer bouse, résidus agricoles et restes de cuisine en gaz de cuisson et en engrais. L'ambition est forte, mais le financement reste encore à trouver.

Biogaz : le Togo veut multiplier par trente-cinq son parc de biodigesteurs

Les déchets de la ferme et de la cuisine pourraient devenir une ressource stratégique. Une délégation de l'Alliance pour le biodigesteur en Afrique de l'Ouest et du Centre (AB-AOC) séjourne cette semaine à Lomé pour accompagner le Togo et examiner son plan stratégique 2026-2030.

Le point de départ est modeste : 140 biodigesteurs, dont plus des deux tiers installés entre 2020 et 2023. Près de la moitié se trouvent dans la région Maritime, un quart dans les Savanes. L'objectif, lui, est ambitieux : 5 000 unités d'ici à 2030, soit trente-cinq fois le parc actuel.

Un maillon d'une stratégie sous-régionale

Créée en 2018 par le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, l'AB-AOC revendique 24 000 biodigesteurs dans ses pays membres. Elle vise 50 000 nouvelles installations d'ici à 2030.

Le Togo en porterait 10 %. Le Burkina Faso, pionnier avec quelque 16 000 unités, montre que la filière peut changer d'échelle. "Le Togo a quand même amorcé le développement de la technologie", souligne Malick Gaye, président du conseil d'administration de l'Alliance.

Énergie et agriculture, un double dividende

Le principe est simple. La fermentation des déchets organiques produit un gaz destiné à la cuisson ou à l'électricité. Le résidu, le digestat, sert d'engrais.

L'enjeu est réel. Le taux d'électrification a atteint 76 % fin 2025, mais les Savanes restaient à 34 % un an plus tôt. Surtout, la cuisson repose encore massivement sur le bois et le charbon de bois. Lomé a lancé en mars 2026 un programme national visant 80 % d'accès à la cuisson propre d'ici à 2030.

Côté champs, le pays veut convertir 10 % de ses terres agricoles au bio à la même échéance. Le digestat y trouve un débouché naturel.

À Kpalimé, le projet EcoFemmes, financé à plus de 52 millions de FCFA par l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), forme depuis mars 130 femmes rurales à l'agriculture biologique et à la fabrication de biodigesteurs et de biofertilisants.

Les conditions du changement d'échelle

Il faudra mobiliser des financements, former des techniciens, organiser la maintenance et lever le frein du coût des équipements pour les ménages.

Au-delà du Togo, la filière esquisse une transition énergétique décentralisée, ancrée dans l'économie rurale, où lutte contre la déforestation, santé des femmes et fertilité des sols se rejoignent. (Eco-TransContinentsAfrica)

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