Noix de cajou ivoirienne : du verger à l’usine, la course à la valeur ajoutée

CHALLENGE. Premier producteur mondial de noix brutes, la Côte d'Ivoire relance la réhabilitation de ses vergers. En ligne de mire : des rendements plus élevés, une qualité accrue et une transformation locale enfin majoritaire d'ici 2030.

Noix de cajou ivoirienne : du verger à l’usine, la course à la valeur ajoutée

Plus de 2,5 millions d'hectares d'anacardiers. Environ 1,5 million de tonnes de noix récoltées chaque année. Sur le papier, la Côte d'Ivoire n'a plus rien à prouver dans le cajou.

Sur le terrain, l'équation est moins flatteuse. Le rendement moyen plafonne autour de 600 kg à l'hectare. Un niveau que l'interprofession juge insuffisant pour un pays qui ambitionne de faire de l'anacarde un moteur durable de croissance.

Réhabiliter les vergers vieillissants

Le 18 juillet 2026, à Yamoussoukro, l'Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) de la filière anacarde a lancé une campagne de réhabilitation des vergers. Elle est couplée à la formation pratique de jeunes relais à la détection et à la lutte contre les maladies et les insectes ravageurs.

"L'un des principaux défis de la filière est d'améliorer la productivité et la qualité de la production", a souligné le président de l'OIA, Soro Bêh, cité par l'Agence ivoirienne de presse.

Les chiffres disent l'ampleur de la tâche. Une phase pilote menée en 2025 a permis de restaurer 963 hectares. Le programme 2026 en prévoit 3 000. L'objectif affiché est de dépasser, à terme, 50 000 hectares réhabilités par an, tout en formant chaque année un millier de jeunes appelés à intervenir auprès des producteurs.

Le chantier n'est pas nouveau. Entre 2019 et 2022, quelque 53 000 hectares avaient déjà été réhabilités dans le cadre de programmes antérieurs. Mais le parc reste vieillissant, souvent trop dense, et vulnérable aux attaques parasitaires.

Une production qui a plus que doublé en dix ans

Selon le Conseil du coton, de l'anacarde et du karité (CCAK), organe de régulation de la filière, la production commercialisée a atteint le record historique de 1 549 221 tonnes en 2025. La progression n'a pas été linéaire : environ 1,03 million de tonnes en 2022, 1,22 million en 2023, puis un net repli à 944 677 tonnes en 2024. En 2016, le pays plafonnait encore autour de 650 000 tonnes.

Premier producteur mondial de noix brutes, devant l'Inde, le Vietnam et le Cambodge, la Côte d'Ivoire pèse, selon les estimations, entre un quart et 40 % de l'offre mondiale. Elle domine aussi, sans surprise, l'espace ouest-africain. Dans son sillage, les dix autres membres du Conseil international consultatif du cajou : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Nigeria, Sénégal et Togo.

Le prix, levier sensible

Cette montée en puissance doit beaucoup à la politique de prix. En 2025, le prix plancher bord champ avait été porté à 425 FCFA le kilo, contre 275 FCFA un an plus tôt. Un signal fort pour les quelque 420 000 producteurs. Pour la campagne 2026, le gouvernement l'a ramené à 400 FCFA, sur fond de marchés internationaux moins porteurs. Un arbitrage délicat, qui a suscité le mécontentement d'une partie des producteurs.

L'enjeu financier est considérable : les recettes d'exportation de la filière sont estimées à plus de 1 000 milliards de FCFA (environ 1,8 milliard de dollars) en 2025.

La qualité, passeport pour les marchés

Lutter contre les maladies et les ravageurs, c'est aussi améliorer la qualité des noix. Or, sur ce marché très concurrentiel, les normes font la loi.

La norme CEE-ONU DDP-17 sert de référence de fait au commerce international des amandes. S'y ajoutent la norme ISO 6477:1998, la norme régionale de la CEDEAO, qui harmonise les spécifications des noix brutes entre pays producteurs, et la norme ivoirienne PNI 4595, qui encadre l'évaluation de la qualité : taux d'humidité, grainage, taux de défauts.

La transformation, chantier décisif

Reste le défi majeur : la transformation. Premier exportateur mondial de noix brutes, avec plus de 860 000 tonnes expédiées en 2025, principalement vers le Vietnam et l'Inde, la Côte d'Ivoire continue de céder une large part de la valeur ajoutée.

La dynamique, pourtant, s'est inversée. En 2011, à peine 2 % de la récolte était transformée sur place. En 2025, les usiniers nationaux ont reçu 659 579 tonnes, contre 344 026 tonnes en 2024. Soit près du double en un an, et environ 42 % de la production.

Le pays compte désormais une trentaine d'unités de transformation, majoritairement contrôlées par des capitaux nationaux. Il s'est hissé au rang de troisième transformateur mondial et de deuxième exportateur d'amandes, derrière le Vietnam. Ces exportations sont passées de 8 197 tonnes en 2016 à 107 196 tonnes en 2025.

L'objectif officiel est de franchir la barre des 50 % de transformation locale, et d'atteindre un million de tonnes transformées d'ici à 2030.

Le pari d'un second "miracle" agricole

Le Vietnam, doté de la plus grande capacité industrielle de décorticage au monde, et l'Inde, berceau historique de la transformation semi-industrielle depuis les années 1920, restent les maîtres de l'aval. Mais leur dépendance aux noix ouest-africaines rebat les cartes.

Au-delà du cajou, c'est un modèle qui se joue. Après des décennies d'exportation de cacao brut, Abidjan tente de démontrer qu'un pays africain peut à la fois dominer la production d'une matière première et capter sa valeur ajoutée. Si le pari réussit, il pourrait inspirer bien des filières du continent, du karité au coton, du Sahel au golfe de Guinée. (Eco-TransContinentsAfrica)

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