Campons le décor ! Le tourisme mondial a bouclé en 2025 une année record : 1,52 milliard de touristes internationaux, soit 60 millions de plus qu'en 2024, pour des recettes dépassant 1 900 milliards de dollars. Dans ce paysage, l'Europe reste hégémonique, avec près de 793 millions de visiteurs et plus de la moitié des parts de marché mondiales.
L'Afrique, elle, occupe une place modeste en volume mais affiche la dynamique la plus vive de toutes les régions du monde. Le continent a accueilli 81 millions de visiteurs internationaux en 2025, soit une progression de 8 %, portée notamment par l'Afrique du Nord (+11 à +14 %) et des destinations comme le Maroc, l'Égypte ou l'Afrique du Sud. Sa part dans le tourisme mondial demeure toutefois marginale : à peine 5 %, contre 54 % pour l'Europe et 17 % pour l'Asie, selon les données de l'Organisation mondiale du tourisme.
C'est ce paradoxe, autour d’un continent qui croît plus vite que tous les autres, mais part de si loin qu'il pèse encore si peu, qui donne tout leur relief aux enjeux que l'IFTM Top Resa a mis en évidence cette année pour les destinations africaines.
Sortir de la dépendance à un seul marché
Le premier enjeu est celui de la diversification. Le Maroc, malgré une trajectoire solide de 6 % de croissance des arrivées et 16 % des recettes touristiques au premier semestre 2026, reste largement porté par ses marchés européens traditionnels.

La Côte d'Ivoire, de son côté, mise ouvertement sur la France comme premier marché émetteur hors du continent africain, tout en cherchant à consolider ses flux intra-africains. Pour l'un comme pour l'autre, la question posée est la même : comment élargir la base de visiteurs sans devenir vulnérable au moindre ralentissement économique européen ?
Affronter une concurrence mondiale élargie
Longtemps, la destination africaine a d'abord rivalisé avec elle-même. Ainsi du Maroc face à la Tunisie, du Sénégal face à la Gambie par exemple. Ce n'est plus le cas.
À Paris, le directeur général de l'ONMT a partagé la tribune avec des responsables de Tahiti et d'AlUla, la destination saoudienne développée avec l'appui de l'ancien ministre français Jean-Yves Le Drian. Le message est clair : les pays du Golfe et les destinations du Pacifique investissent désormais massivement dans des modèles de développement touristique que l'Afrique doit désormais regarder comme des concurrents directs, et non plus comme des curiosités lointaines.
Financer l'ambition sans s'endetter
L'annonce ivoirienne de plus de 1,5 milliard d'euros d'investissements pour moderniser l'offre touristique illustre un enjeu commun à tout le continent : celui du financement.
Entre partenariats publics-privés, financements bilatéraux et appels à l'investissement direct étranger, chaque pays africain présent au Top Resa cherche sa propre formule pour transformer des ambitions chiffrées en infrastructures réellement livrées. La Côte d’Ivoire doit relever le défi des cinq millions de visiteurs d'ici 2030 et le Maroc doit relever le challenge de la diversification territoriale.
Une visibilité encore à deux vitesses
Le thème retenu cette année par les organisateurs, “La valeur du voyage, révélons ensemble ce qui crée de l'impact”, interroge directement la capacité de chaque destination à démontrer un impact mesurable, économique, social, environnemental.
Or, la zone Afrique du salon, qui régulièrement rassemble entre quarante et une centaine d'exposants institutionnels, connaît une visibilité très inégale. En effet, quand le Maroc inaugure un pavillon de 424 m² avec conseiller royal et ambassadrice, d'autres délégations peinent à communiquer clairement leurs objectifs. Ce déséquilibre de moyens de communication pèse directement sur la capacité de chaque pays à convertir sa présence en contrats concrets pour ses professionnels.
Quid du tourisme durable ?
Enfin, le tourisme durable et inclusif s'est imposé comme fil conducteur des échanges officiels, du panel “Panorama International 2026” aux tables rondes consacrées à l'efficacité énergétique dans l'hôtellerie. Pour des pays africains où le secteur touristique reste un puissant vecteur d'emplois ruraux, la difficulté consiste à concilier cette exigence de durabilité, portée par les marchés émetteurs occidentaux, avec l'urgence d'un développement rapide de l'offre.
C'est peut-être là, plus que dans la taille des pavillons, que se jouera la crédibilité future du tourisme africain sur la scène parisienne — et, au-delà, sur la scène mondiale. (Eco-TransContinentsAfrica)
