Maroc : les législatives face à la facture du chômage, de l'inflation et du pouvoir d'achat

ANALYSE. Ce 23 septembre, les programmes des partis sont attendus au tournant sur le terrain social alors que la croissance est de 4,9 %, le chômage à 12,8 % et l’inflation cumulée depuis 2021 de 17 %.

Maroc : les législatives face à la facture du chômage, de l'inflation et du pouvoir d'achat

Après le pouvoir, l'argent. Le 23 septembre 2026, les Marocains ne trancheront pas seulement une question de légitimité politique : ils jugeront aussi un bilan économique et social dont les chiffres, contrairement à 2021, sont désormais connus et vérifiables. Le pays aborde ce scrutin avec une croissance de 4,9 % en 2025, un chômage à 12,8 % à l'échelle nationale — mais proche de 36 % chez les jeunes diplômés et une inflation cumulée qui dépasse 17 % depuis 2021. C'est sur ce socle que se joue, cette fois, la crédibilité des partis.

Le chômage, juge de paix de la campagne

Le Rassemblement national des indépendants (RNI) avait promis, en 2021, de ramener le taux de chômage sous la barre des 9 %. Le résultat est resté loin du compte : le taux national est passé de 11,8 % en 2022 à 12,8 % aujourd'hui. Le parti d'Aziz Akhannouch reprend pourtant, à Marrakech, le même objectif pour 2030, assorti cette fois d'une enveloppe de 15 milliards de dirhams sur la période 2026-2031 et d'un objectif d'investissement global de 33 % du PIB. La ventilation sectorielle est précise : 300 000 emplois visés dans l'industrie, 240 000 dans le numérique, 150 000 dans l'agriculture, 100 000 dans le tourisme.

Le procédé pose une question que les électeurs formulent désormais spontanément : que reste-t-il d'une promesse déjà tenue en échec cinq ans plus tôt ? La différence, en 2026, c'est que le Mondial 2030 et ses grands chantiers d'infrastructure offrent au RNI un horizon de mobilisation supplémentaire mais aussi un nouvel argument à ses adversaires, qui l'accusent de faire reposer sa politique de l'emploi sur un événement plutôt que sur une stratégie structurelle.

Le pouvoir d'achat, colonne vertébrale de tous les programmes

Aucune formation ne peut aujourd'hui se dispenser d'un chapitre sur le pouvoir d'achat. Le PAM a bâti l'essentiel de son programme autour de “boucliers” sociaux adaptés à chaque catégorie de la population, pour un coût global annoncé à 350 milliards de dirhams sur le quinquennat. Son financement reposerait sur une croissance inclusive espérée à 5 % en moyenne, sur le recouvrement de 300 milliards de dirhams d'impôts impayés, et sur une contribution de 40 milliards attendue des régions — un montage ambitieux, dont la robustesse budgétaire reste à démontrer devant les électeurs.

L'Istiqlal, de son côté, décline ses engagements en 99 mesures concrètes, quand le RNI défend son bilan en misant sur la consolidation plutôt que sur la rupture. Le paradoxe relevé par plusieurs observateurs de la campagne est saisissant : plus les partis cherchent à se démarquer les uns des autres, plus leurs priorités, savoir le pouvoir d'achat, l’emploi des jeunes, la protection sociale, le stress hydrique,  convergent. Le débat, en réalité, ne porte plus sur les intentions, mais sur les méthodes et sur les moyens.

La santé et l'éducation, dossiers imposés par la rue

Le budget 2026 alloue 13 milliards d'euros aux secteurs de la santé et de l'éducation, une hausse directement liée à la pression exercée par le mouvement GenZ 212 depuis l'automne 2025, né après le décès de plusieurs femmes enceintes à l'hôpital public d'Agadir. Cette séquence a changé la nature du débat électoral : les partis ne peuvent plus se contenter de promesses générales sur les services publics, ils doivent répondre à un cahier de revendications précis, popularisé par une génération qui n'attend rien des structures partisanes traditionnelles.

Le risque, pour les formations en lice, est de traiter ces urgences comme un chapitre de campagne parmi d'autres, alors qu'elles sont devenues, pour une partie de l'opinion, la condition même de la confiance retrouvée envers les institutions élues. 

In fine, le scrutin marocain ne se limite pas à désigner une majorité parlementaire : il teste la capacité d'un modèle de croissance à se traduire, enfin, en dignité sociale concrète. (Eco-TransContinentsqAfrica)

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