Pour un investissement de 11,7 milliards de FCFA dans la Casamance de ses origines, Sadio Mané a décidé de se consacrer à la mangue et surtout de garder le maximum de valeur de la filière mangue sur place. Baptisé SM10, l’outil agro-industriel ainsi créé s'attaque au maillon qui manque à la filière mangue de Casamance : la transformation. Objectif : éviter le gaspillage causé par la situation de mangues pourries sous les arbres faute d’être ramassées et traitées ou par l’exportation brute de celles qui ont pu l’être.

Un chantier de taille, des chiffres impressionnants
La première pierre du complexe agro-industriel a donc été posée ce 19 septembre. Le projet a nécessité environ 20 millions de dollars d’investissement que Sadio Mané dit avoir financé entièrement sur ses fonds propres.
Mais comment le programme est-il monté ? En fait, il est intégré et comporte un centre de traitement pour l'export et trois unités industrielles (pulpe, mangue séchée, beurre de mangue). Il faut y ajouter une plantation de quelque 78 000 arbres pour laquelle une première récolte est prévue dans trois ans, également un centre de formation et un pôle de Recherche et Développement. Pour ce qui concerne la durée des travaux, elle est annoncée pour 18 mois.
Un complexe pour résoudre un problème
Ce qui est frappant ici, c’est que la filière de la mangue produit sans transformer or le Sénégal produit entre 150 000 et 200 000 tonnes de mangues par an. Et la Casamance en assure une part équivalente aux environs de 50 à 55 %.

La dure réalité du secteur, c’est que les exportations de mangues du pays sont effondrées : seulement 434 tonnes en 2022, contre 1 050 en 2020. Point important : la région pèse la moitié du verger sénégalais et ne représente presque rien à l'export.
Résultat : 30 à 40 % des mangues sont perdues dans la région de Sédhiou, faute de stockage et de transformation.
Un dimensionnement permettant un ancrage
La capacité de l'usine est de 8 500 tonnes par an dans les documents de lancement. Sur la base d'une production régionale de l'ordre de 75 000 à 110 000 tonnes, l'unité absorberait une part significative, mais non dominante, de la récolte. Elle peut jouer un rôle d'ancrage sans capter toute la filière.

Rapporté à la capacité, l'investissement atteint environ 1,4 million de FCFA par tonne annuelle. Le ratio est à manier avec prudence : il inclut la plantation, la formation et la R&D, pas seulement l'outil industriel.
Un montage public-privé assumé
Il convient de préciser par ailleurs que le projet n'est pas un pur mécénat. L'Agence de promotion des investissements et des grands travaux (APIX) l'accompagne, avec cinq ans d'exonérations fiscales et douanières sur certains équipements importés. Parallèlement, le Groupe Confluence et le cabinet Oyo participent au déploiement.
Le directeur général de l’APIX, Bakary Séga Bathily, insiste d’ailleurs sur ce fait en indiquant que “ce n'est pas un investissement individuel” et qu’il s’agit bien d’un projet de développement économique territorial.
Cela dit, il convient de comprendre qu’il y a trois points de vigilance à surveiller.
Trois points à surveiller
Le premier est l'approvisionnement. La plantation ne produira qu'à horizon de trois ans : d'ici là, l'usine dépendra des vergers existants, donc de la contractualisation avec les producteurs locaux.
Le deuxième est la saisonnalité. La saison sénégalaise s'étend de mai à octobre, avec une fenêtre d'export concentrée entre juin et septembre. Rentabiliser des unités industrielles sur douze mois suppose de diversifier les lignes, d'où l'intérêt du beurre de mangue.
Le troisième est la répartition de la valeur. Le projet vise plus de 1 000 emplois directs au démarrage, 2 500 à terme. La part qui revient aux producteurs conditionnera son effet réel sur les revenus ruraux.
Pourquoi est-il important de relever ces points ?
Parce qu’il y a eu le précédent de l'anacarde
La Casamance connaît en effet déjà cette configuration avec la noix de cajou. Plus de 90 000 tonnes sont exportées mais moins de 5 % sont transformées localement. Conséquence : le volume est là mais la valeur ajoutée part ailleurs.
Du coup, ce que SM10 Agro tente d'éviter, c’est que la mangue suive la même pente.
Une initiative dont l’impact dépasse Bambali
Il faut dire que l’approche de SM10 Agro dépasse un village, Bambali, et un fruit, la mangue. En effet, tant que l'Afrique exporte des matières premières agricoles brutes, elle finance l'industrie des autres.
Une question se pose : un capitaine d'industrie improvisé, issu du football, peut-il faire école ? La réponse dépendra moins de sa notoriété que de la solidité de la chaîne qu'il construit et de l'appui des politiques publiques. (Eco-TransContinentsAfrica)
