Avec seulement près 3 % des 1.740 milliards de dollars d’investissements consacrés aux énergies renouvelables dans le monde en 2022, la portion de l’Afrique est plus que congrue. Comparativement aux autres régions, la croissance n’est pas dans le bon rythme au regard des besoins énergétiques du Continent.
Un gap besoins/investissements conséquent
Avant les 34 milliards de dollars engagés entre 2020 et 2025, comme l’indique l’African Energy Chamber, les investissements annuels moyens dans les énergies renouvelables en Afrique étaient à un niveau plutôt bas. Entre 2000-2009, ils représentaient moins de 0,5 milliard de dollars avant de passer à 5 milliards de dollars durant la période entre 2010 et 2020.
C’est peu de dire que ce niveau d’investissements est faible comparativement aux autres régions. A titre d’exemple, l’Inde a accueilli plus de plus de 42 milliards de dollars d’investissements dans les énergies renouvelables sur les 10 dernières années. Et les pays industrialisés ont glané en 2024 plus de 80% du total des investissements réalisés dans les énergies renouvelables. En 2022, un pays comme la Chine a investi à elle seule 270 milliards de dollars dans les énergies propres.
Selon le cabinet BloombergNEF, l’Afrique abrite seulement 1,3 % des capacités solaires mondiales. De quoi considérer qu’il existe un gap colossal puisqu’en moyenne, les besoins d’investissements annuels entre 2024 et 2030 se chiffrent à au moins 100 milliards de dollars, selon l’institut Climate Analytics.
La question de savoir pourquoi la situation est telle qu’on la décrit se justifie. Dans un article publié en juin 2024, l’Agence Ecofin propose quelques pistes de réponses.
Les énergies renouvelables pas prioritaires
L’un des principaux obstacles à l’attractivité du Continent quant aux investissements dans les énergies renouvelables est que celles-ci sont reléguées au second plan dans les débats pour l’accès à l’énergie.
A ce propos, l’Initiative Climate Promise du Programme des Nations unies pour le développement souligne que l’attention est plus portée sur les produits pétroliers ou le gaz naturel pour la fourniture d’électricité. La conséquence en est simple : les politiques nationales consacrées aux énergies renouvelables sont inefficaces.
En Afrique de l’Ouest, la politique régionale sur les énergies renouvelables de la Cédéao, matérialisée par les Plans d’action nationaux pour les énergies renouvelables (PANER), en est une belle illustration. Parmi les points noirs, il y a un manque de suivi à l’origine du retard considérable dans la promotion même de l’énergie solaire.
Un environnement avec beaucoup de faiblesses
Aux carences logistiques dans la mise en oeuvre des politiques énergétiques s’ajoute le manque de capacités techniques et financières des entreprises publiques du secteur de l’énergie en Afrique.
Selon Olivier de Souza, spécialiste du secteur africain des énergies et auteur de l’article de l’Agence Ecofin que nous avons cité, ce manque de capacités peut être comparé aux barrières commerciales et aux. taxes. Il conduit très souvent les entreprises à se concentrer davantage sur les sources d’énergies conventionnelles.
À cela, il faut ajouter l’absence de mesures incitatives fortes de la part des États pour encourager le passage à de nouvelles sources d’énergie. La preuve : les technologies liées aux énergies renouvelables dans plusieurs pays de la sous-région ne bénéficient pas d’exonérations douanières ou fiscales, de quoi maintenir à un niveau élevé les coûts de l’investissement initial.
Le piège de la fraude à l’énergie
Un autre obstacle non moins important demeure la fraude dans le secteur des énergies. Selon les experts, ce fléau fait subir d’importantes pertes commerciales aux entreprises publiques d’énergie. En jeu : les connexions illégales au réseau électrique et les factures impayées des consommateurs.
Un pays comme le Gabon, par exemple, perd entre 30 et 50 milliards de FCFA par an à cause des fraudes sur les réseaux électriques. La conséquence est que les entreprises publiques sont limitées dans leur capacité à investir et à développer leur réseau de manière à pouvoir être connectées avec les producteurs indépendants d’électricité.
La carence de main d’oeuvre compétente
Par ailleurs, alors que l’Afrique compte seulement 2% des emplois mondiaux dans les énergies, l’insuffisance de main d’œuvre qualifiée pour assurer l’installation et la maintenance des infrastructures, par exemple dans le solaire, est aussi considérée comme un obstacle aux investissements. En plus, cette pénurie de main d’œuvre est susceptible d’affecter la confiance des consommateurs ainsi dissuadés d’adopter les technologies liées aux énergies propres.
L’insuffisance de données plombe la visibilité
A côté de cet obstacle, il y a aussi celui lié à la faible disponibilité de données sur le marché des énergies renouvelables en Afrique. Un point d’autant plus important qu’il peut décourager à la fois le secteur privé mais aussi les banques et autres organismes financiers ainsi poussés à reconsidérer leur implication dans les investissements liés à l’énergie solaire. La preuve : les taux d’intérêts pour de tels investissements vont ainsi de 15 à 20 %. Un niveau dissuasif.
Les intérêts d’emprunts souverains trop élevés
Ce qui se passe pour le secteur privé est valable pour le public. Ainsi, les intérêts d’emprunts souverains sont-ils exorbitants pour les pays de la région dont les niveaux d’endettement sont déjà élevés.
C’est ainsi que l’OCDE note que les taux pratiqués en Afrique du Sud, au Kenya, au Ghana et au Nigeria se situent entre 7,75 % et 29,5 %, pendant que le taux d’intérêt moyen des emprunts dans la zone OCDE est passé de 1% en 2021 à 4% en 2023.
Cela rend le coût du capital pour les projets d’énergie propre à grande échelle sur le continent au moins deux à trois fois plus élevé que dans les économies plus avancées, comme le souligne l’Agence internationale de l’énergie, dans son rapport de 2023 sur le financement de l’énergie propre en Afrique. De quoi justifier un problème d’accessibilité aux énergies propres pour les consommateurs africains. Une situation paradoxale au regard du fort potentiel de l’Afrique en matière d’énergie renouvelable.
Un immense potentiel non exploité par l’Afrique
En effet, l’Afrique possède les niveaux d’ensoleillement les plus élevés, notamment dans des pays comme la Namibie, l’Égypte, le Botswana, le Maroc, le Soudan et le Niger. Ceux-ci comptent parmi les pays où les taux d’irradiation solaire sont les plus élevés au monde.
Pour ne considérer que l’exemple de l’énergie éolienne, le Conseil mondial en charge de ce type d’énergie évaluait, en 2021, le potentiel africain à 59 000 GW, soit environ 90 fois la capacité mondiale actuelle. De quoi suffire à combler 250 fois le besoin énergétique du continent, si toutefois ce potentiel était exploité. Sauf que seulement 0,01 % de cette force est développée à l’échelle du continent.
Comment limiter l’impact négatif sur les économies
Le faible niveau d’investissement agit incontestablement sur les économies du continent. On s’en rend compte en scrutant les économies réalisées à travers le monde dans le secteur de l’électricité en 2022. Ainsi, des 521 milliards de dollars d’économies enregistrés au niveau mondial, la part de l’Afrique n’est que de 19 milliards de dollars.
Par ailleurs, en adoptant les énergies propres, le continent pourrait espérer gagner la bataille contre le réchauffement climatique qui lui cause beaucoup de dommages.
Tout n’est pourtant pas perdu
Cette situation pour préoccupante qu’elle est n’est pas désespérée car des initiatives et des solutions ont été tentées ces dernières années. Tout d’abord, grâce à l’optimisation des technologies, des coûts de production et l’augmentation des capacités installées en Afrique, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique du continent africain devrait passer de 25 % en 2023 à 47 % en 2030 avant de bondir à 62 % en 2040 et 75 % en 2050.
À cela s’ajoute une volonté politique clairement affichée par certains pays. Ainsi du Maroc qui, dès 2009, s’était fixé comme objectif d’atteindre en 2020 un taux de 42 % d’énergies propres dans le mix énergétique national. Résultat : le royaume tire du solaire et de l’éolien jusqu’à 2/5 de ses capacités électriques. Il se positionne ainsi comme l’un des leaders du continent en matière d’énergies propres.
Pour l’Agence internationale de l’énergie, cette volonté politique sera déterminante pour assurer un meilleur avenir pour les énergies renouvelables en Afrique. (Eco-TransContinentsAfrica)
