Plus de dix-sept pays africains seront représentés dans cette Caravane avec une plateforme de matchmaking déjà riche de 95 entreprises africaines inscrites, et un objectif assumé : dépasser le simple échange de cartes de visite pour ancrer un corridor commercial durable entre le Québec, le Canada et le continent.
Une caravane de contrats, pas une mission de courtoisie
C’est en partenariat avec l'Université Laval et sa Chaire de recherche en gestion des affaires internationales que la Chambre de commerce Québec-Afrique (CCQA) a initié cette Caravane.
“Notre objectif, c'est de servir d'interface entre le Québec et l'Afrique dans le domaine de l'agriculture et des hautes technologies qui appuient le développement de l'agriculture”, résume Sègbédji Parfait Aïhounhin, directeur général de la CCQA. C'est autour de ce noyau que la caravane a été bâtie, avant de s'étendre à l'eau, aux énergies renouvelables et aux infrastructures. Il s’agit-là de quatre secteurs à forte valeur ajoutée que le Canada maîtrise et que l'Afrique réclame pour répondre à ses besoins fondamentaux : se nourrir, se vêtir, s'instruire, se soigner, se loger.
Un marché sous-exploité des deux côtés à doper
Que constate-t-on sur le terrain ? Le continent africain compte aujourd'hui près d'un milliard et demi d'habitants, et concentre, selon les chiffres avancés par les organisateurs, environ 60 % des terres arables mondiales encore disponibles. Pour rappel, seuls 5 % d’entre elles sont exploités.
À l'inverse, les données croisées de la douane canadienne et du ministère québécois de l'Agriculture, consultées par la CCQA dans l'élaboration de son plan stratégique, montrent que les fruits et légumes biologiques africains sont depuis une vingtaine d'années plus compétitifs que leurs équivalents américains ou latino-américains, malgré des droits de douane élevés.
“Il ne faut pas oublier qu'en Afrique, il y a un milliard et demi d'habitants. Il y a 60 % des terres cultivables mondiales qui sont en Afrique, et seulement 5 % sont exploitées”, rappelle Patrice Nadeau, du groupe financier Serval dans un entretien accordé à Papa Moussa Camara pour CJSR TV Pontneuf, une télévision communautaire, .
Le problème n'est donc pas la demande. C'est l'absence d'un corridor commercial reconnu entre le Canada, le Québec et les pays africains , un chantier inscrit à l'axe 4 du plan stratégique de la Chambre.
Pour assurer les rencontres, le pari du matchmaking numérique
Comment faire pour que les entreprises se rencontrent ?
En fait, la caravane s'appuie sur une plateforme de mise en relation mise en place par l’entreprise Orixul. Celle-ci est dotée d'un outil de matchmaking. Concrètement, chaque entreprise inscrite y renseigne ses besoins, consulte une base de données d'homologues africains ou québécois, sollicite des rendez-vous et négocie, y compris à distance grâce à des présentations en trois dimensions.
Plus de 95 entreprises africaines y sont déjà enregistrées, et une trentaine d'entreprises manufacturières, concessionnaires et équipementiers québécois se disent prêts à recevoir la délégation avec les membres de la Caravane.
“C'est un outil qui permet, dès que vous vous inscrivez sur la plateforme, d'avoir directement accès à la base de données de toutes les entreprises inscrites”, explique M. Aïhounhin à Eco-TransContinentsAfrica.
Pour le moment, trois intentions d'achat concrètes en sont déjà sorties : une commande de bateaux de 300 à 400 places, une structure congolaise intéressée par le leasing d'équipements agricoles et lourds, et une coopérative guinéenne en quête de matériel pour l'étuvage du riz.
Des demandes de formation complètent le tableau, un volet que les organisateurs présentent comme central, tant la demande de savoir-faire technique reste forte du côté africain.
Le Groupe Serval pour assurer le financement, nerf de la guerre
Le souci majeur vient le plus souvent du financement.
L’explication est que les institutions financières canadiennes ne financent pas, en règle générale, du matériel destiné à quitter le pays.
Pour contourner cet obstacle, le groupe financier Serval, partenaire de la caravane, mobilise des subventions à l'exportation destinées aux entreprises manufacturières canadiennes, des subventions activées uniquement lorsqu'un contrat ferme est signé.
Le foncier pour enclencher un mécanisme de garantie
Côté africain, le mécanisme envisagé passe par les titres fonciers, que les banques commerciales acceptent comme garantie dans plusieurs pays.
Des négociations sont par ailleurs en cours avec Québec International, agence de développement économique œuvrant dans la région métropolitaine de Québec, pour faire entrer le Fonds africain de garantie comme nouvel acteur du dispositif, afin de sécuriser les transactions dans les deux sens.
“La première chose que je conseille à une entreprise québécoise qui envisage sa première transaction avec un partenaire africain, c'est de prendre l'accompagnement. Cela lui évitera bien des casse-tête”, insiste Patrice Nadeau.
Du modus operandi pour faire partie de la caravane
L'accès à la caravane a été pensé comme un forfait modulable.
Les frais d'inscription sont fixés à 500 dollars canadiens pour toute entreprise, quel que soit son pays d'origine. S'y ajoutent, pour les participants non-résidents, des frais d'accompagnement au visa de 1 250 dollars, gérés par des consultants accrédités en immigration.
Trois formules de participation complètent le dispositif : le forfait Argent à 3 800 dollars (hors hébergement et billet d'avion), le forfait Or à 5 900 dollars (hébergement, transport et restauration inclus) et le forfait Platine à 10 700 dollars, qui couvre l'intégralité du séjour soit le coût du vol aller-retour, l’hébergement, la restauration, l’immersion en entreprise et croisière sur le fleuve Saint-Laurent le 12 novembre.
Les entreprises déjà établies au Canada peuvent, elles, composer une formule à la carte, de l'accompagnement personnalisé au forfait immersion de deux jours et demi.
Une porte ouverte au-delà de la Francophonie
Si la CCQA concentre son action sur l'Afrique francophone, elle revendique une ouverture aux entreprises anglophones, le Ghana, le Nigeria et le Rwanda ayant déjà pris part à ses conférences passées avec la Chaire Stephen-Jarislowsky.
Quant aux pays où les entreprises québécoises investissent le plus sur le continent, ce sont ceux qui ont fait l'effort d'assainir leur climat des affaires. Ainsi le Bénin, la Côte d'Ivoire, le Rwanda et le Cameroun reviennent souvent dans les choix de celles-ci.
À propos de la Chaire Stephen-A.-Jarislowsky en gestion des affaires internationales, rattachée à l’Université Laval, a pour mission de promouvoir et de soutenir la recherche, la formation et le transfert des connaissances vers les organisations dans le domaine de la gestion internationale. Son rôle est de contribuer à la performance des organisations en développant des connaissances en gestion internationale, en organisant des formations pour les dirigeantes et dirigeants actuels et futurs et en offrant de l’assistance professionnelle et de la consultation.

Elle a été créée en juin 2000 grâce au soutien financier de Jarislowsky Fraser Limitée, du ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations du Québec, du ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec, du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement du Canada et du Fonds de diversification de l’économie de la Capitale-Nationale.
S'inscrire dans une stratégie fédérale
Dans quel environnement s’inscrit la caravane ?
Celle-ci ne se présente pas comme une initiative isolée. Ses organisateurs la revendiquent comme une mise en œuvre concrète de la Stratégie canadienne pour l'Afrique et adoptée par Ottawa pour diversifier les débouchés de ses entreprises et accompagner l'internationalisation des entreprises africaines. Mieux, leur ambition va au-delà d’un seul rendez-vous en novembre. En effet, il est dans l’idée de progressivement mettre en place un cadre légal inspiré de l'AGOA américain.
La Caravane : un moment mais aussi une plateforme accessible toute l’année
La conférence d'ouverture se tiendra le 9 novembre à l'Université Laval, et la caravane elle-même n'est présentée que comme le point de départ visible d'une plateforme appelée à fonctionner toute l'année.
L'argument avancé par ses promoteurs est saisonnier autant qu'économique : l'hiver ralentit l'agriculture et la construction au Québec, alors que le soleil africain, lui, ne connaît pas de trêve.
“En Afrique, le soleil est là 365 jours sur 365, il n'y a pas de neige pour les embêter. Et chaque problème, sur le continent, est une opportunité de création de valeur ajoutée”, conclut M. Aïhounhin.
Reste à savoir si cette complémentarité de calendrier suffira à transformer un rendez-vous annuel en corridor commercial durable. C’est en tout cas le pari que prennent, ensemble, la Chambre de commerce Québec-Afrique et ses partenaires financiers et universitaires. (Eco-TransContinentsAfrica)
