JOJ Dakar 2026 : de l'atelier au podium, l'or du baobab habille les vainqueurs

COULISSES. Pour les 153 cérémonies des vainqueurs des JOJ ouverts ce 31 octobre, Dakar 2026 a misé sur un créateur sénégalais. Soie dorée, écorce de baobab, pagne tissé : une tenue pensée pour servir les athlètes.

JOJ Dakar 2026 : de l'atelier au podium, l'or du baobab habille les vainqueurs

Dakar ouvre, ce samedi 31 octobre, les premiers Jeux olympiques de la jeunesse organisés sur le sol africain. Jusqu'au 13 novembre, quelque 2 700 jeunes athlètes venus du monde entier se disputeront les médailles à Dakar, Diamniadio et Saly.

Sur les podiums, un détail ne devra rien au hasard : la tenue des volontaires qui accompagneront les lauréats. 171 d'entre eux officieront lors des 153 cérémonies des vainqueurs programmées pendant la quinzaine.

Derrière ces silhouettes dorées se cache un processus de près de deux ans, parti d'un concours national pour aboutir à un atelier dakarois.

"Woneel sa bopp", un concours pour révéler le savoir-faire local

Tout commence le 17 juillet 2025. Ce jour-là, le Comité d'organisation des JOJ (Cojoj) installe le jury du concours « Woneel sa bopp », que l'on peut rendre du wolof par « montre-toi ». L'objet : créer la tenue officielle des remises de médailles.

Le casting du jury donne le ton. Y siègent notamment Oumou Sy, figure tutélaire de la création sénégalaise, et la styliste Collé Ardo Sow. Deux noms qui, à eux seuls, résument des décennies de mode africaine assumée.

L'appel a mobilisé environ 200 créateurs. Trente-cinq tenues ont été retenues pour l'examen final. Le cahier des charges tenait en une double exigence : traduire le dynamisme de la jeunesse africaine sans trahir les traditions locales.

Pour Ibrahima Wade, coordonnateur général des JOJ, l'enjeu était d'abord symbolique. Pour une première olympique en Afrique, le comité voulait s'appuyer sur l'expertise nationale et obtenir "des tenues majestueuses avec une touche traditionnelle".

L'Agence pour la promotion et le développement de l'artisanat (Apda), dirigée par Sophie Nzinga Sy, a soutenu la démarche. Côté Cojoj, Fanta Diallo, directrice de l'Engagement et de la Mobilisation, a insisté sur deux critères : le choix des tissus et l'originalité des styles « tradi-modernes ».

Abdou Lahad Gueye, la sobriété comme parti pris

Le lauréat est la maison Algueye, du designer sénégalais Abdou Lahad Gueye. Son choix tranche avec la tentation du spectaculaire : une esthétique volontairement sobre.

Le créateur s'en explique simplement. Sur un podium, le héros reste l'athlète. Sa tenue, dit-il, "accompagne ce moment avec élégance sans jamais le dominer".

La palette est dominée par l'or, couleur de la victoire. L'étoffe est une soie dont la texture s'inspire de l'écorce du baobab, arbre sacré et emblème national du Sénégal.

Deux détails signent la pièce. Un col tulipe, qui apporte modernité et caractère tout en préservant la dimension cérémonielle. Et des empiècements de pagne tissé, intégrés avec discrétion, en hommage à un savoir-faire ouest-africain séculaire.

Un dévoilement sous le signe de la nation

Le Cojoj avait initialement annoncé un dévoilement début octobre 2026. Il a finalement été avancé de six mois, et la mise en scène n'a rien d'anodin.

C'est le 4 avril 2026, à Thiès, lors du défilé du 66e anniversaire de l'indépendance, que le public a découvert les tenues. Cette année-là, le défilé avait pour thème les forces de défense et de sécurité, partenaires des JOJ.

Cinquante et un modèles issus des bataillons du Matériel et de l'Intendance des Armées ont porté les créations devant la tribune présidentielle. Une manière d'inscrire les Jeux dans le récit national, entre fête de l'indépendance et vitrine internationale.

Une même philosophie, de la mascotte aux podiums

Le choix d'un créateur local n'est pas isolé. La mascotte Ayo, lionceau dont le nom signifie « joie » en yoruba, a elle aussi été conçue au Sénégal, par de jeunes élèves dont Ndeye Mariama Diop, de l'Inspection d'académie de Saint-Louis.

La logique est cohérente : faire de l'identité visuelle des Jeux un démonstrateur des talents nationaux. Recevoir le monde, oui, mais avec ses propres codes. C'est aussi cela, la Teranga.

La démarche rejoint d'ailleurs une tendance olympique de fond. Pour Milano Cortina 2026, les organisateurs italiens avaient eux aussi préféré un concours entre écoles de mode à la commande passée à un grand nom.

Au-delà du podium, l'économie de la création

Reste la question de l'héritage. En confiant une commande olympique à un atelier sénégalais, Dakar 2026 offre aux industries créatives africaines une visibilité que peu de vitrines peuvent égaler.

Car la mode, sur le continent, de Dakar à Lagos, d'Abidjan à Casablanca, s'affirme de plus en plus comme un secteur économique à part entière, créateur d'emplois et porteur de soft power. Les podiums des JOJ, retransmis bien au-delà de l'Afrique, en seront pendant deux semaines la plus élégante des démonstrations. (Eco-TransContinentsAfrica)

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