Le compte à rebours est lancé. À partir du lundi 2 novembre 2026, la Zambie entre dans l’ère de la traçabilité unitaire du médicament.
Le ministre de la Santé, Roma Chilengi, a annoncé la mise en service d’un système national d’authentification et de suivi des produits pharmaceutiques. Il est porté par le ministère et par l’Autorité zambienne de réglementation des médicaments (ZAMRA).
Sa cible prioritaire : le vol et le détournement des médicaments sortis des établissements publics de santé.
Un code, un numéro, une couleur
Chaque boîte portera une étiquette de sécurité dotée d’un code-barres bidimensionnel conforme aux standards internationaux GS1 et d’un numéro de série unique. Ce code est relié au nom du produit, au numéro de lot et à la date de péremption.
Le parcours de chaque unité pourra ainsi être suivi, de l’usine ou du port d’entrée jusqu’au comptoir où elle est délivrée au patient.
La couleur fait le reste. Rouge pour les médicaments de l’État, avec la mention « Propriété du ministère de la Santé, vente interdite ». Bleu pour ceux destinés aux pharmacies privées.
Le message est sans ambiguïté. Toute boîte à étiquette rouge proposée à la vente sera traitée comme un bien volé, et l’enquête reviendra à la Commission de lutte contre la drogue (DEC) et à la police.
Selon la presse zambienne, une application mobile gratuite permettra aussi au public de scanner les boîtes pour en vérifier l’authenticité.
Un calendrier en trois temps
Fabricants, importateurs, distributeurs et détaillants disposent d’un délai de grâce jusqu’au 30 avril 2027 pour étiqueter leurs stocks ou les retirer du circuit.
Le séquencement détaillé par un spécialiste local de la chaîne d’approvisionnement est le suivant : enregistrement des opérateurs dès le 2 novembre 2026, étiquetage obligatoire des nouvelles cargaisons au 1er février 2027, application intégrale au 1er mai 2027.
À cette date, aucun médicament dépourvu d’étiquette de sécurité valide ne pourra plus circuler sur le marché zambien.
L’aboutissement d’un chantier de cinq ans
La réforme ne sort pas de nulle part. Fin 2021, la ZAMRA soumettait à consultation un projet de lignes directrices sur l’identification, l’étiquetage et le partage des données de référence des médicaments.
En mars 2023, l’autorité publiait son guide de mise en œuvre des standards GS1. En parallèle, le ministère construisait une plateforme nationale de données de référence, appelée à centraliser l’information sur tous les produits.
En août 2026, un groupe de travail technique national dressait le bilan d’un déploiement déjà amorcé dans certains établissements, en commençant par les vaccins.
Lusaka avait aussi durci le contrôle à l’entrée. Depuis octobre 2025, chaque cargaison importée doit passer contrôle documentaire, inspection physique et analyse dans un laboratoire agréé par la ZAMRA.
L’urgence est connue. Les médicaments publics retrouvés dans des officines privées et sur les marchés informels font l’objet de signalements récurrents. Fin 2024, une opération conjointe ZAMRA-DEC dans la province du Nord-Ouest avait conduit à vingt interpellations, avec des enquêtes pour remonter la filière de médicaments fournis par l’État.
Un continent à plusieurs vitesses
La Zambie n’avance pas seule. Le Nigeria fait figure de pionnier : les règlements de traçabilité de la NAFDAC, en vigueur depuis 2024, imposent depuis juin 2026 l’enregistrement des événements logistiques et la remontée automatisée des données. La production locale devait s’y conformer en août 2026.
Dans le Machrek, l’Égypte a franchi le pas par le décret 475 de 2025. Les médicaments importés sont concernés depuis février 2026, la production locale depuis août. Le système, inspiré du modèle turc, a démarré en février 2026 à la société publique de distribution et dans trente pharmacies publiques.
Au Maghreb, l’Algérie a arrêté une stratégie nationale de sérialisation alignée sur les orientations de l’OMS. Le code Data Matrix y est exigé à l’importation pour les médicaments remboursables et ceux soumis à prescription. Au Maroc, ce sont d’abord des industriels exportateurs vers l’Europe qui ont sérialisé leurs lignes, dans un circuit de distribution réputé verrouillé.
En Afrique australe et de l’Est, l’Afrique du Sud déroule une feuille de route qui court jusqu’en 2031. Le Kenya met en œuvre un plan en trois phases, et l’Éthiopie, première en Afrique subsaharienne à s’être dotée d’un cadre fondé sur les standards GS1, a fixé son échéance à 2026.
La couleur, une trouvaille pragmatique
La singularité zambienne tient à ce double étage. La sérialisation, invisible à l’œil nu, sert l’autorité de régulation. La couleur, lisible par tous, sert le patient, le pharmacien et le policier, y compris là où aucun lecteur n’est disponible.
Le dispositif devra pourtant franchir les obstacles classiques : équipement en scanners de chaque point de la chaîne, connectivité dans les districts ruraux, coût de mise en conformité pour les petites officines. Et les marchés informels resteront, par nature, hors des radars numériques.
Vers une interopérabilité régionale
Frontalière de huit pays, la Zambie sait que ses médicaments publics ne s’arrêtent pas à ses frontières : l’agence publique d’approvisionnement a elle-même alerté sur des détournements vers les États voisins.
C’est tout l’enjeu de la prochaine étape. Une traçabilité nationale ne vaut que si elle dialogue avec celle des voisins. En adoptant les standards GS1 comme le Nigeria, l’Égypte ou l’Afrique du Sud, Lusaka parie sur une interopérabilité que l’Agence africaine du médicament (AMA) pourrait demain transformer en architecture continentale. De la sérialisation de la boîte à la souveraineté pharmaceutique, le chemin est encore long, mais il est désormais balisé. (Eco-TransContinentsAfrica)
