L’industrie du thé du Kenya est à un tournant majeur. Pour cause, le pays veut désormais se positionner autrement sur le marché mondial en misant dans la production du thé haut de gamme. Cette volonté a pris corps mi-juillet 2026 avec la remise, par le gouvernement kenyan, d’une usine de transformation aux producteurs de thé de Kangaita, dans le comté de Kirinyaga.
Selon l’Agence kenyane de presse, il s’agit d’une usine restée inactive depuis 2019 en raison d'un différend de propriété. Depuis, elle a été réhabilitée grâce à 360 millions de shillings avec l’appui de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA).
Ce qu’est l’usine de production du thé vert Sencha
L’usine réhabilitée va produire une spécialité de thé qu’est le Sencha, du thé vert de qualité supérieure, style japonais. Elle est présentée comme la seule usine en Afrique à produire du véritable thé vert Sencha japonais. Cela devrait permettre au Kenya de tirer parti des marchés mondiaux haut de gamme du thé de spécialité un domaine où les prix sont susceptibles d’atteindre jusqu'à 10 dollars US le kilogramme.
Avec cette usine, le Kenya nourrit l’ambition de faire de Kangaita un centre d'excellence continental dans la fabrication de thés de spécialité, alors que la production artisanale du thé reste encore dominante. En effet, 60 % du thé kenyan est jusque-là produit par de petits exploitants.
Se positionner sur les marchés mondiaux haut de gamme
Encouragé par la promesse du Japon de soutenir la formation technique pour une meilleure maîtrise de la production de thé Sencha par les experts locaux, le gouvernement kenyan y voit d’énormes opportunités à saisir : création d’emplois pour les jeunes ; stimulation des revenus des agriculteurs grâce à la valorisation des produits et à l'accès à des marchés d'exportation à forte valeur ajoutée ; accroissement des recettes d’exportation ; etc.
Pour y arriver, le gouvernement kenyan fait le pari d’une promotion intensifiée de la marque du thé kenyan et de ses indications géographiques.
L’objectif est de garantir que le thé en provenance de ce pays soit reconnu et commercialisé dans le monde entier sous l'appellation “Thé du Kenya”.
A côté de cette mesure, les autorités kenyanes se disent engagées à autonomiser les producteurs, les cultivateurs et les transformateurs de la filière.
Pour le ministre kenyan de l’Agriculture, le projet de Kangaita représente “l'avenir de l'industrie du thé au Kenya”, grâce au transfert de technologie, à une transformation de qualité supérieure et à des revenus plus élevés pour les agriculteurs.
Renforcer le Kenya comme producteur et exportateur
L’autre réalité est que ce projet devrait conforter le Kenya dans la place qu’il occupe parmi les plus grands producteurs de thé en Afrique et dans le monde. En effet, ce que le Kenya recherche, c’est se positionner comme le leader du marché continental du thé, devant l’Ouganda, le Malawi, la Tanzanie, le Rwanda, le Zimbabwe et le Burundi.
Où en est le Kenya ? En 2024, le Kenya a produit environ 594 000 tonnes de thé manufacturé, selon le Tea Board of Kenya, organisme public officiel qui régule et supervise le secteur du thé au Kenya. Entre 2020 à 2024, la production nationale de thé cumulée a été estimée à 2,4 millions de tonnes, soit plus de 65% de la production africaine.
Avec cette performance, le Kenya consolide également son rang au niveau mondial. Avec ses près de 600 000 tonnes produites en 2024, le pays occupe en effet le rang de 3ᵉ producteur mondial de thé, juste derrière la Chine et l’Inde qui ont respectivement affiché une production de 3,7 millions et 1,3 million de tonnes la même année, selon l'International tea committee (ITC). Le Kenya détient ainsi 8,5 % de la production mondiale de thé qui était de 7,1 millions de tonnes en 2024. Un écart important par rapport aux parts de la Chine et l’Inde qui étaient respectivement de 53 et de 22% de la production mondiale en 2024.
Le Kenya, champion dans l’exportation mais des recettes relativement peu élevées
En revanche, le pays des safaris domine plus largement le marché mondial en termes d’exportation. Selon la FAO, le thé représente 19 % du total des exportations de marchandises du Kenya. Et d’après l'ITC, le Kenya a exporté 625 558 tonnes de thé en 2024, bien plus que la Chine (374 118 tonnes) et Sri Lanka (243 168 tonnes), ses principaux challengers en la matière. Le volume d’exportation plus élevé que le total de la production en 2024 s’expliquerait par le fait d’importants volumes de stocks invendus reportés de 2023.
Plusieurs pays de différents continents forment le top des destinations du thé kenyan. Il s’agit, entre autres, du Pakistan, première destination avec environ 200 000 tonnes importées, de l’Egypte, du Royaume-Uni, des Emirats-Arabes-Unis, de la Russie, de l’Inde et de l’Arabie-Saoudite.
En valeur, le Kenya a généré 1,4 milliard de dollars de recettes en 2024, un montant proche de celui du Sri Lanka et légèrement inférieur à celui de la Chine (1,41 milliard de dollars). La différence de valeur malgré une production plus volumineuse pour le Kenya s’explique par le prix moyen de la tonne.
Pour la même période, le thé du Kenya se négociait à seulement 2 252 dollars la tonne, contre 3794 dollars pour le thé chinois et 5793 dollars pour le thé sri-lankais, indique l’Agence Ecofin. Cette différence de prix elle-même signifie une faible transformation du thé kenyan exporté. Ainsi, selon certaines estimations, environ 99 % des exportations kenyanes de thé se font sans conditionnement ni marque. C’est justement là où les autorités kenyanes entendent saisir le taureau par les cornes.
L’usine de transformation de Kangaita constitue donc un nouveau départ pour le Kenya, une opportunité de capter toute la valeur que le secteur du thé mérite de lui apporter. (EcoTranscontinentsAfrica)
