Le palmier dattier n'est pas une culture nouvelle en Afrique. Mais il change d'échelle. Selon le cabinet Fortune Business Insights, le marché mondial de la datte, évalué à 32,7 milliards de dollars en 2025, devrait atteindre 34,5 milliards en 2026, puis 55,58 milliards en 2034. Soit une croissance annuelle moyenne de 6,14 %.
Le Moyen-Orient et l'Afrique concentraient déjà 85,28 % de ce marché en 2025. C'est dans cet espace, largement dominé par les pays du Maghreb et le monde arabe, que l'Éthiopie ambitionne désormais de se faire une place. Pour ce faire, elle compte s’appuyer sur un plan décennal ambitieux.
Un continent déjà bien pourvu
L'Afrique n'a pas attendu Addis-Abeba pour peser sur la filière. L'Égypte est classée premier producteur mondial de dattes, avec près de 1,9 million de tonnes par an, un rang qu'elle doit à son climat et à l'expansion de la culture dans les terres désertiques. Elle devance l'Arabie saoudite, dont la production avoisine 1,6 million de tonnes.
L'Algérie n'est pas en reste. Sa production atteint 1,3 million de tonnes, avec la Deglet Nour classée parmi les meilleures variétés au monde par le guide TasteAtlas. Alger se positionne comme le 7ᵉ exportateur mondial en volume, derrière l'Arabie saoudite, l'Iran, l'Irak, les Émirats arabes unis, la Tunisie et le Pakistan, et prépare désormais une offensive commerciale pour mieux valoriser sa production à l'étranger.
La Tunisie, plus modeste en volume, s'est imposée comme référence en valeur. Sa production est passée d'environ 240 000 tonnes en 2015/2016 à près de 350 000 tonnes en 2023/2024, portée par la notoriété internationale de la Deglet Nour. Quatrième producteur africain derrière l'Égypte, l'Algérie et le Soudan, le pays reste néanmoins le premier exportateur du continent.
Le Maroc, lui, accélère. La campagne 2025-2026 devrait livrer une production record de plus de 160 000 tonnes, en hausse de 55 % sur un an, portée notamment par la région de Drâa-Tafilalet. Rabat vise désormais 300 000 tonnes à l'horizon 2030.
La volonté affirmée de l’Éthiopie de combler son retard
Face à ce paysage déjà structuré, l'Éthiopie part de loin. Le pays ne compte aujourd'hui que 6 000 hectares consacrés au palmier dattier, et reste un importateur net de ce fruit.
C'est ce retard qu'Addis-Abeba veut combler. Le ministère de l'Agriculture prépare un plan décennal, présenté à l'occasion du deuxième Festival international du palmier dattier, tenu du 20 au 22 septembre à Semera, dans la région Afar. L'objectif : porter les superficies cultivées à 25 000 hectares, tout en visant des excédents exportables vers les marchés régionaux et internationaux.
La feuille de route mise sur le renforcement des capacités institutionnelles, la cartographie foncière, l'organisation des producteurs en coopératives, ainsi que la multiplication de plants issus de laboratoires de culture tissulaire. L'irrigation goutte à goutte, économe en eau, doit accompagner cette expansion, avec en aval le développement d'infrastructures de transformation et de commercialisation.
Le potentiel foncier donne la mesure de l'ambition. Le ministère estime entre 500 000 et 700 000 hectares les terres adaptées à la culture du palmier dattier en Éthiopie. Seulement 1,2 % de ce potentiel est aujourd'hui exploité, y compris en tenant compte de l'objectif de 25 000 hectares fixé pour la décennie à venir.
Pour le moment, le café est encore loin devant
Le pari dattier s'inscrit dans une économie d'exportation où l'agriculture pèse lourd. Les produits agricoles représentent environ 70 % des exportations de marchandises éthiopiennes. Sur l'exercice 2025/2026, celles-ci ont généré 4,55 milliards de dollars de recettes en devises, dont 3,1 milliards pour le seul café, qui demeure très largement la première filière d'exportation du pays.
La datte n'a donc pas vocation à détrôner le café à court terme. Mais elle offre à Addis-Abeba un relais de diversification, dans un contexte où la demande mondiale progresse, portée par l'engouement pour les snacks perçus comme sains.
Reste l'essentiel : transformer ce potentiel agronomique en filière commerciale structurée, capable de rivaliser avec des acteurs déjà installés dans le stockage, le conditionnement et l'accès aux marchés internationaux. Sur ce terrain-là, l'Égypte, l'Algérie, la Tunisie et le Maroc ont une décennie d'avance.
L'Éthiopie, elle, entre dans la course avec un potentiel foncier considérable mais un chantier institutionnel entier à bâtir, signe qu'en Afrique, la conquête des marchés agricoles mondiaux se joue désormais autant dans les laboratoires de culture tissulaire et les systèmes d'irrigation que dans les négociations commerciales. (Eco-TransContinentsAfrica)
