Togo : 6,3 % de croissance attendue en 2026 mais…

ANALYSE. Lomé affiche des indicateurs macroéconomiques au vert. Mais la hausse des prix à la pompe du 11 septembre rappelle que la croissance ne se traduit pas mécaniquement en pouvoir d'achat.

Togo : 6,3 % de croissance attendue en 2026 mais…

Deux annonces à une semaine d'écart ont marqué la dernière actualité de l’économie du Togo. Le 10 septembre en fin de journée, un arrêté interministériel a relevé les prix des carburants dès le lendemain : désormais un litre d'essence 20 % plus cher qu'en mai. Le 17, le Conseil national du crédit (CNC) a projeté une croissance de 6,3 % pour 2026.

Un tableau de bord flatteur

Selon le ministre des Finances, Essowè Georges Barcola, la croissance est portée par les transports, le commerce, le port et la Plateforme industrielle d'Adétikopé (PIA).

L'inflation est contenue à 0,5 % à fin juin. Le déficit budgétaire est ramené à 0,8 % du PIB, contre 2,4 % un an plus tôt, et la dette publique à 60,2 % du PIB.

À la pompe, un autre récit

Le super sans plomb passe de 725 à 817 FCFA le litre, soit 12,7 % de hausse. Le mélange deux-temps, cher aux zémidjans, grimpe de 811 à 896 FCFA. Le gasoil, lui, ne prend que 16 FCFA, à 766 FCFA. Le pétrole lampant, encore utilisé pour l'éclairage dans les ménages modestes, passe de 1 040 à 1 056 FCFA.

C'est le deuxième ajustement en un peu plus de trois mois. Le 27 mai, le super était déjà passé de 680 à 725 FCFA. Au total, l'essence a renchéri de 20 % depuis le printemps.

Le gouvernement invoque les cours du brut, repassés au-dessus de 100 dollars le baril, et des marges budgétaires réduites : la subvention aux produits pétroliers inscrite au budget 2026 est tombée à 14,2 milliards FCFA.

L'annonce a provoqué une ruée vers les stations-service de Lomé dès le 10 au soir.

La contagion par les transports

Le carburant irrigue toute l'économie : taxis, motos, transport de marchandises. L'effet dépasse donc les seuls automobilistes.

La hiérarchie des hausses dessine une ligne de partage. Le gasoil, qui fait rouler les camions du corridor, est ménagé. L'essence, qui fait rouler les particuliers et les motos-taxis, encaisse l'essentiel de l'effort.

Dans l'Uemoa, la Bceao observe déjà le phénomène. L'inflation régionale est passée de 0,4 % au deuxième trimestre à 1,7 % en août, sous l'effet des ajustements de prix des carburants dans sept des huit pays de l'Union.

La Banque mondiale est plus prudente que Lomé : 5 % de croissance en 2026 et une inflation à 2,8 %, avec une dette publique projetée à 64,8 % du PIB. Elle souligne surtout une réduction de la pauvreté lente et la nécessité d'élargir les emplois productifs pour une population jeune.

Le paradoxe togolais n'est pas isolé. Dans une Uemoa où la plupart des États ont relevé leurs prix à la pompe, le choc pétrolier met à l'épreuve un modèle de croissance tirée par les infrastructures et la logistique. La feuille de route 2026-2031 sera jugée sur sa capacité à convertir les points de PIB en revenus réels. (Eco-TransContinentsAfrica)

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