Vendredi 25 septembre à New York, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies, le président ghanéen John Dramani Mahama s'est entretenu avec David Zapolsky, vice-président senior chargé des affaires mondiales et juridiques d'Amazon. Objet des échanges : le haut débit et les infrastructures numériques. À l'issue de la rencontre, l'émissaire du groupe a salué une rencontre "productive". Même si aucun accord n'a été signé, le signal est clair. Amazon veut sa part du gâteau numérique africain.
L'arme d'Amazon : l'orbite basse
Comment s'y prendre ? Amazon déploie Amazon Leo, sa constellation de satellites en orbite basse. Plusieurs milliers d'engins doivent à terme couvrir les zones où la fibre et les antennes mobiles coûtent trop cher ou arrivent trop tard. Le groupe, concurrent du conglomérat d'Elon Musk sur plusieurs fronts, a déjà posé un premier jalon sur le continent avec Vanu. Objectif : connecter des communautés rurales d'Afrique australe. Sa doctrine : compléter les réseaux terrestres, pas les remplacer.

Il faut dire que pour Amazon, la connectivité n'est pas une fin en soi. Le groupe dispose déjà d'une région cloud AWS au Cap depuis 2020. Relier de nouveaux usagers, c'est aussi élargir la clientèle potentielle de ses services d'hébergement, de commerce et de paiement. Le satellite devient donc la première brique d'un écosystème.
Pourtant, le terrain est déjà occupé. Starlink, la filiale de SpaceX, a ouvert la voie dans de nombreux pays africains. L’Européen Eutelsat OneWeb cible, lui, opérateurs et administrations. Autant dire qu'Amazon arrive en challenger.
Accra, porte d'entrée ouest-africaine
Cela tombe bien car le Ghana a ses propres raisons d'écouter. Son programme d'infrastructures "Big Push" mise en effet sur l'accès au haut débit avec bien sûr des visées d'impact sur les prix. Début septembre, Accra a obtenu des opérateurs des baisses de tarifs. L'offre fibre illimitée à 100 Mbps de MTN est passée de 987 à 299 cédis par mois.
Le pays a un autre atout auquel Amazon n'est pas insensible : le Ghana abrite le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Un atout pour toute entreprise qui vise un marché de 1,4 milliard de consommateurs, du Maghreb au Cap.
Quant au président Mahama, il multiplie les rencontres avec les investisseurs américains. Et il reste fidèle à une ligne : investissements, transfert de technologies, formation et emplois locaux.
Un enjeu de souveraineté
L'enjeu pour Amazon dépasse cependant le Ghana. Selon l'Union internationale des télécommunications, plus de six Africains sur dix n'utilisent pas encore Internet. Éducation, santé, services financiers, commerce en ligne : chaque point de connectivité gagné ouvre un marché.
Pour les géants américains, l'Afrique n'est plus une périphérie. C'est le dernier grand réservoir d'utilisateurs de la planète. Reste aux États africains à négocier en position de force, pour que la connexion venue du ciel ne se traduise pas par une nouvelle dépendance, cette fois numérique. (Eco-TransContinentsAfrica)
