Deux rapports, publiés à deux jours d’intervalle, dessinent la même carte du ciel africain. Le 16 septembre, le britannique OAG a dévoilé son classement Megahubs 2026, qui mesure la connectivité réelle : le nombre de correspondances internationales qu’un aéroport rend possibles en une journée. Le 18 septembre, Skytrax a publié ses notes de satisfaction des passagers. Qu'en est-il finalement ? Les deux baromètres convergent : quatre plateformes structurent le continent. Et deux capitales du Maghreb n’apparaissent sur aucun des tableaux.
L'aéroprt Bole d'Addis-Abeba, l’ascension de l’année
Construit sur les programmes de vols de septembre 2025 à août 2026, l’indice OAG place O.R. Tambo de Johannesburg en tête des aéroports africains, au 40ᵉ rang mondial. Un recul de deux places par rapport à l’édition précédente.
Addis-Abeba signe la plus forte progression du classement mondial : dix places gagnées en un an, pour atteindre le 50ᵉ rang. Deux plateformes africaines figurent ainsi parmi les cinquante mégahubs de la planète.
À l’échelle Afrique-Moyen-Orient, quatre aéroports du continent entrent dans le Top 10 régional : Johannesburg (2ᵉ), Addis-Abeba (5ᵉ), Le Caire (6ᵉ) et Casablanca (9ᵉ). Au sommet mondial, Istanbul détrône Londres-Heathrow.
Un constat : le fort impact des pavillons nationaux
Chaque hub repose sur un transporteur dominant. Ethiopian Airlines assure 94 % des vols d’Addis-Abeba, Royal Air Maroc 73 % de ceux de Casablanca, EgyptAir 38 % du trafic cairote, Airlink 35 % à Johannesburg.
À Istanbul, Heathrow ou Dubaï, le trafic se répartit entre plusieurs compagnies. En Afrique, un seul pavillon porte presque à lui seul la connectivité de son pays. Une force, tant que la compagnie prospère. Une fragilité, dès qu’elle vacille.
Le Caire et Casablanca, deux stratégies
En volume, l’écart est massif : 30,94 millions de passagers au Caire en 2025 (+6,8 %), contre 11,5 millions à Casablanca (+9,3 %, dopée par la CAN). Mais trois places régionales seulement les séparent, loin du rapport de un à trois suggéré par le trafic.
Casablanca mise sur le plan "Aéroports 2030", une nouvelle piste et une liaison ferroviaire directe vers Rabat et Marrakech. Le Caire construit un quatrième terminal de 40 millions de places, pour viser une capacité totale de 70 millions de passagers.
Les aéroports d'Alger et de Tunis hors radar
Skytrax attribue trois étoiles à l’aéroport Houari-Boumediene d’Alger, sans le classer ni dans le Top 100 mondial ni dans le Top 10 africain. Même constat pour Tunis-Carthage. Air Algérie reçoit la même note, sans davantage de rang.
OAG, de son côté, ne détaille que les dix premières places régionales. Ni Alger ni Tunis n’y figurent. Ici, le silence des chiffres devient lui-même une donnée.
Encore du chemin pour le marché unique du transport aérien
Selon l’IATA, seules 19 % des paires de villes africaines disposent d’une liaison directe. Traverser le continent reste souvent plus rapide via Paris, Londres ou Dubaï.
Ethiopian Airlines compense localement ce vide, par son hub et ses participations dans ASKY, Malawi Airlines, Zambia Airways ou Air Congo. Mais le Marché unique du transport aérien africain (MUTAA), lancé par l’Union africaine en 2018, peine toujours à ouvrir réellement les ciels nationaux.
Au-delà des classements, l’enjeu est continental. Tant que l’Afrique se connectera au monde mieux qu’à elle-même, ses hubs resteront des portes d’entrée plus que des carrefours. Infrastructures, ouverture des droits de trafic et diversification des transporteurs décideront de la place du continent dans la nouvelle géographie aérienne mondiale. (Eco-TransContinentsAfrica)
