“Pas une nouvelle structure. Un raccourci vers le marché”. Mabrouk Aïb, vice-président du REAGE et CEO de l’agritech Amaya AG, a résumé ainsi sa demande aux décideurs européens et algériens. C’était le 31 octobre 2026, lors d’une table ronde du réseau au Smala Festival, à Nanterre. Celle-ci était consacrée à la diaspora algérienne comme “moteur du New Deal Europe-Afrique”.

La donnée, levier sous-exploité
Pour Mabrouk Aïb, le principal levier inexploité de l’agriculture algérienne et africaine n’est pas technologique. C’est la capacité à transformer les connaissances agronomiques et les informations de terrain en décisions concrètes, accessibles aux exploitants et mesurables.
Les compétences existent, mais leur diffusion reste fragmentée. Le conseil agricole peine à toucher un grand nombre d’exploitations, et les données de terrain restent mal structurées. L’intelligence artificielle peut aider, à condition de servir la chaîne “observer, conseiller, agir, mesurer et apprendre”.
Amaya, un modèle triangulaire
Son entreprise illustre ce que la diaspora peut apporter. Créée en 2022 à Reims, Amaya fait circuler la donnée entre agriculteurs, agronomes, distributeurs d’intrants et coopératives. Elle a levé plus d’un million d’euros, notamment auprès de Bpifrance, de la Région Grand Est et de Digital Africa.

Son schéma est multidirectionnel : des besoins identifiés en Algérie, de la R&D en France, une filiale en Algérie, des marchés au Cameroun et en Côte d’Ivoire. Elle travaille avec Timac Agro en Algérie et a signé un accord-cadre avec la Confédération africaine des acteurs agropastoraux, qui concerne jusqu’à un million d’exploitants.
Une coopération “multidirectionnelle, et non un simple transfert de solutions européennes vers l’Afrique”, insiste son dirigeant.
Expérimenter, entreprendre, coopérer
Pour que l’Algérie devienne un moteur de la coopération agricole euro-africaine, il identifie trois capacités à développer. Expérimenter, en rapprochant instituts de recherche, entreprises et agriculteurs autour de pilotes rapides en conditions réelles. Entreprendre, en finançant les premières expérimentations et en facilitant l’accès aux premiers clients et partenaires industriels. Coopérer, sur l’eau, l’adaptation climatique et la productivité.
Industrie et finances, les autres leviers
Les autres intervenants ont élargi le propos. Pour Abdelaziz Djellal, CEO de Mate Health AI, l’industrie pharmaceutique algérienne couvre désormais plus de 83 % des besoins nationaux en médicaments et exporte environ 52 millions de dollars de produits vers 33 pays, dont 18 africains. La prochaine étape : “passer du commerce au transfert technologique”, comme Saidal avec Boehringer Ingelheim et Novo Nordisk.
Abdelkrim Benamar, président délégué du REAGE, a rappelé le poids financier de la diaspora : près de 1,94 milliard de dollars de transferts officiels vers l’Algérie en 2024, selon la Banque mondiale. Mais l’apport va au-delà : investissement, création d’entreprises, mise en relation commerciale.
Ahcène Latreche, consultant en deeptech, demande de flécher des financements européens vers des projets communs entre l’Europe et l’Algérie.
Le pari de l’accès au marché
Pour Mabrouk Aïb, il faut suivre des résultats mesurables plutôt que multiplier les dispositifs d’accompagnement. Le stress hydrique et le climat pèsent sur le Maghreb comme sur le Sahel, et la sécurité alimentaire devient un enjeu stratégique continental. Les solutions conçues entre Alger, Reims et Abidjan ont un marché. Il reste à leur en ouvrir l’accès. (Eco-TransContinentsAfrica)
