Le jeudi 5 novembre, le Maroc a suspendu ses exportations de tomates vers les marchés africains. Les exportateurs ont été prévenus la veille au soir. Seules les nouvelles autorisations sont gelées. Les camions déjà munis de licences valides peuvent poursuivre leur route.
L’objectif : regarnir les étals marocains et faire baisser les prix. Une source gouvernementale évoque une mesure « temporaire », destinée à organiser le marché.
Le Souss-Massa sous tension
La flambée tient d’abord au recul des rendements dans le Souss-Massa, principal bassin de production du royaume. S’y ajoute le renchérissement des engrais et du carburant.
Le porte-parole du gouvernement, Samir Belfquih, a placé la priorité sur la souveraineté alimentaire. Quelques jours plus tôt, le ministre des Finances, Fouzi Lekjaa, annonçait une régulation des exportations de denrées.
Rabat maintient ses subventions au transport et prévoit des sociétés de distribution régionales pour réduire le nombre d’intermédiaires.
L’Europe épargnée
Les tomates vendues en Europe, plus chères, échappent à la mesure. Deuxième fournisseur de l’Union européenne, le Maroc y écoule, avec le Royaume-Uni, 93 % de ses volumes. L’Afrique subsaharienne n’en représente qu’environ 5 %, soit 29 000 tonnes lors de la campagne 2025-2026.
Le calcul est d’abord comptable. Fermer le débouché africain coûte peu en devises. Et aucun contrat contraignant n’y encadre volumes et calendriers, à la différence des circuits européens.
Les exportations agricoles du royaume restent d’ailleurs dynamiques : +4,3 % sur un an, à 33,1 milliards de dirhams (3,4 milliards de dollars) sur les neuf premiers mois de 2026.
Nouakchott et Dakar en première ligne
Pour les pays importateurs, l’équation est tout autre. Le Maroc détient 13 % du marché ouest-africain de la tomate. La Mauritanie et le Sénégal figurent parmi ses premiers clients.
Dès la mi-octobre, Nouakchott connaissait une pénurie, avec des prix jamais atteints.
L’épisode n’est pas isolé. En avril, le royaume avait déjà restreint certaines expéditions vers l’Afrique. Pommes de terre et oignons ont connu des coups d’arrêt similaires.
Le paradoxe mérite d’être relevé. Depuis son retour à l’Union africaine en 2017, le Maroc a fait du continent un axe majeur de sa diplomatie économique. Mais, à l’heure où la Zlecaf ambitionne de fluidifier les échanges intra-africains, la tomate rappelle une réalité têtue : en période de tension, la souveraineté alimentaire se pense d’abord à l’échelle nationale. Et l’intégration continentale reste, pour l’heure, à géométrie variable. (Eco-TransContinentsAfrica)
