Ce mois d’août est particulièrement important pour l’Agence de crédit pour l’entreprise privée au Cameroun (ACEP Cameroun), établissement de microfinance de 2e catégorie. Et pour cause, elle attend de la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, un crédit qui pourrait atteindre les 5 millions de dollars.
5 millions de dollars attendus par ACEP Cameroun
Libellée en euros ou en francs CFA, l’enveloppe vise spécifiquement à faciliter l'accès au crédit pour les micro, petites et moyennes entreprises (MPME), et particulièrement celles dirigées par des femmes. Selon les termes du projet dévoilé le mercredi 30 juillet 2025, au moins 25% des fonds seront alloués à des entreprises féminines.
Le financement, qui doit être validé par le conseil d'administration de la SFI, repose sur une approche mixte soutenue par une garantie de première perte pouvant atteindre 40 millions de dollars. Fournie par le mécanisme IDA-PSW BFF de la Banque mondiale, cette garantie permet de rendre le projet viable malgré les risques perçus. Précision : le niveau de concessionnalité est estimé à 10% de l'enveloppe globale.
Une logique de diversification des sources de financement
Il convient d’indiquer qu’indépendamment de la SFI, ACEP Cameroun a bénéficié d’autres sources de financement dans la logique qui est la sienne de multiplier les initiatives pour justement les diversifier. L’Agence avait en effet déjà levé 5 millions de dollars sur la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (Bvmac), il y a quelques mois, pour renforcer son action auprès des très petites entreprises (TPE). Elle prévoit d’ailleurs d’y retourner prochainement pour une deuxième levée de 10 milliards FCFA, portant à 15 milliards le montant total recherché. Pour illustrer son engagement, il faut savoir qu’en quinze ans, elle revendique d’avoir octroyé la bagatelle de 404 milliards FCFA de crédits aux TPE.
Comptant parmi les principaux acteurs de la microfinance du pays, ACEP Cameroun dont le capital est réparti entre plusieurs actionnaires dont la BICEC (27 %), filiale du groupe marocain Banque Centrale Populaire (BCP), Investisseurs & partenaires – I&P (20 %), la Société nationale d’investissement (SNI) (15 %), ACEP International (13 %), ainsi que la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun (CCIMA) (10 %), a un réseau de 28 agences à travers le Cameroun. Il n’en reste pas moins qu’il est nécessaire de se plonger dans les réalités de l’environnement économique du pays pour mesurer l’étendue du challenge qu’une structure comme ACEP Cameroun doit relever.
Un contexte de déficit de financement
En effet, à ce jour, selon la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), le déficit de financement des MPME au Cameroun est évalué à près de 8,7 milliards de dollars, environ 30 % du PIB. Ce manque de ressources limite l'expansion du système productif, la création d'emplois et la compétitivité des PME, qui soutiennent pourtant les grandes entreprises en matière d'investissement.
Quelles en sont les raisons ?
Les réalités du cadre financier
D’abord, les banques commerciales camerounaises sont souvent réticentes à financer les PME et ont des exigences que les PME ne peuvent pas satisfaire dans leur grande majorité.
Ainsi des garanties demandées mais aussi des bilans financiers qui sont souvent inexistants. 40% des entreprises trouvent ces exigences trop sévères et 70 % des PME rencontrent de ce fait d’énormes difficultés de financement.
Il y a aussi que dans un environnement de rationnement du crédit, les taux d’intérêt ont tendance à être élevés allant jusqu’à 15 voire 17 % en incluant les primes et les frais les rendant extrêmement coûteux.
Ensuite, il y a des obstacles d’ordre structurel tels que le haut niveau des impayés dont l’Etat et les grandes entreprises sont responsables, le faible accès des PME aux marchés financiers du fait de la faiblesse même, au niveau régional de la Bourse des Valeurs Mobilières d'Afrique Centrale (BVMAC) qui manque de capitalisation pour répondre à leurs besoins.
Il s’y ajoute le fait que le système financier est inadapté. D’un côté, on a un système bancaire formel qui est extraverti, de l’autre, un système financier informel alimenté notamment par les tontines mal adapté pour financer de manière stable et à long terme des entreprises.
La conséquence de cet environnement et de ces réalités, c’est que les entrepreneurs limitent les financements externes pour garder leur autonomie, ce qui limite l’entrée de capitaux. Ceci explique les modes de financement actuels des PME.
Les modes de financement actuels des PME
Il y a d’abord les fonds propres. Environ 69,8 % des PME camerounaises se financent par ce biais, ,ce qui limite leur capacité à financer une croissance importante.
Il y a ensuite l’endettement bancaire auquel seuls 30,2 % des PME recourent. Dans la répartition des termes, cela donne 41,5 % à court terme, 41,5 % à moyen terme et 17 % à long terme.
Pour les financements informels, les tontines participent au financement de 14 % de PME et les avances des associés pour 39 %.
Il y a enfin les financements alternatifs comme le crédit-bail qui est utilisé par certaines PME, notamment les plus anciennes, mais qui reste marginal. Pour l’entrepreneuriat féminin ou des jeunes par exemple, des prêts de la Société Financière Internationale (SFI) ou d'ACEP Cameroun permettent d’élargir le spectre des possibilités de financement.
Il apparaît au regard de toutes ces observations que les défis à relever sont nombreux. Cela conduit à comprendre qu’il faut une action conjuguée de tous les acteurs de cet écosystème pour améliorer la situation. Autant l’Etat, les PME que les institutions financières, chacun devra jouer sa partition.
Pour le moins, l’Etat devra développer des politiques facilitant le financement des PME : assainissement du cadre légal, réduction des impayés de l'État, entre autres. Les PME devront améliorer leur gestion financière et produire des états financiers fiables permettant de réduire l'opacité qui les entoure et en même temps sortir de l’habitude de confondre patrimoine personnel et patrimoine de l’entreprise.
Quant aux institutions financières, elles gagneraient à simplifier les critères d'octroi de crédit et investir dans l'analyse du risque spécifique aux PME mais aussi encourager les connexions entre les banques.
Au-delà, une réflexion est à mener pour promouvoir des instruments financiers alternatifs (capital-risque, microcrédit) capables de compléter la palette à la disposition des entreprises. (Eco-TransContinentsAfrica)
