Cheptel : le Maroc lance un programme de restauration

RÉACTION. Alors que le roi Mohammed VI a instruit les Marocains de ne pas abattre un mouton à l’Aïd el Adha, le gouvernement a décidé de relever les défis du secteur de l’élevage.

Cheptel : le Maroc lance un programme de restauration

C’est peu de dire qu’au regard des sécheresses et autres conséquences du dérèglement climatique, le cheptel marocain a été durement touché. C’est d’ailleurs pour cette raison que le roi Mohammed VI avait intimé ses sujets de s’abstenir d’abattre un mouton à l’occasion de l’Aïd el Adha.

“Notre engagement à vous permettre d'accomplir ce rite religieux dans les meilleures conditions s'accompagne du devoir de prendre en considération les défis climatiques et économiques auxquels notre pays est confronté et qui ont conduit à une baisse significative du cheptel”, avait déclaré le souverain chérifien dans une lettre lue en son nom par le ministre des affaires religieuses, Ahmed Taoufiq, sur la chaîne de télévision publique Al Oula.

“L'accomplissement du rite dans ces circonstances difficiles causera un préjudice important à de larges segments de notre peuple, en particulier ceux dont les revenus sont limités”, avait-il  ajouté.  

Autant dire qu’avec une telle conséquence, repenser la politique de l’élevage est une démarche qui s’impose tant l’impact social, religieux, économique et politique est important. 

Les autorités ont décidé de réagir à travers un plan

C’est conscient de cela que le gouvernement marocain a décidé de lancer un programme de restauration du cheptel dans une acception stratégique aux fins de répondre aux défis économiques et climatiques auxquels est confronté le secteur de l’élevage du pays. L’annonce en a été faite par le ministre marocain de l’Agriculture, Ahmed Bouari la semaine dernière. 

Ce nouveau programme national vise donc clairement à reconstruire le secteur de l’élevage du pays et à soutenir les agriculteurs touchés par la sécheresse persistante et les fluctuations climatiques.

Le programme prévu va allouer au secteur un financement de 3 milliards de dirhams (300 millions de dollars) jusqu’à fin 2025, avec 3,2 milliards de dirhams (320 millions de dollars) supplémentaires prévus pour 2026. Ces derniers seront fournis sous forme de soutien financier direct aux éleveurs engagés dans la préservation des femelles reproductrices.

S’exprimant lors d’un point de presse à l’issue du Conseil de gouvernement de jeudi dernier, le ministre Bouari a souligné que cette initiative s’inscrit dans le cadre des directives royales et constitue une réponse directe aux graves conséquences des précipitations irrégulières et de la sécheresse prolongée sur l’agriculture et les pâturages.

Quels sont les axes du plan gouvernemental ?  

Le programme s’articule autour de cinq axes principaux. Ceux-ci seront mis en œuvre par l’intermédiaire de comités locaux selon des critères clairement définis. 

Le premier axe vise à alléger la dette des éleveurs. Environ 50 000 agriculteurs bénéficieront de mesures d’allègement de la dette d’un montant de 700 millions de dirhams (70 millions de dollars). Il s’agit notamment d’une annulation de 50 % du principal et des intérêts pour les dettes inférieures à 100 000 dirhams (10 000 dollars), qui couvre 75 % des bénéficiaires, d’une annulation de 25 % pour les dettes comprises entre 100 000 et 200 000 dirhams (10 000 à 20 000 dollars) qui couvre 11 % des bénéficiaires, et de la restructuration des dettes plus importantes supérieures à 200 000 dirhams (20 000 dollars et plus) avec une renonciation aux pénalités de retard.

Le deuxième pilier alloue 2,5 milliards de dirhams (250 millions de dollars) au soutien de l’alimentation animale. Ce montant comprend des subventions de 1,5 dirham (0,15 dollar) par kilogramme pour l’orge (couvrant 7 millions de quintaux) et de 2 dirhams (0,20 dollar) par kilogramme pour les aliments composés destinés aux ovins et aux caprins.

Le troisième volet vise à préserver les femelles reproductrices. Plus de 8 millions de brebis et de chèvres devraient être identifiées d’ici mai 2026. Les éleveurs recevront une aide financière directe de 400 dirhams (40 dollars) par femelle identifiée et non abattue.

Un quatrième pilier concerne une campagne nationale de santé animale. Dotée d’un budget de 150 millions de dirhams (15 millions de dollars), cette campagne permettra de vacciner et de traiter 17 millions de têtes de bétail contre les maladies liées à la sécheresse.

Le dernier pilier porte sur l’appui technique et l’amélioration génétique. 50 millions de dirhams (5 millions de dollars) seront alloués à la formation et à l’accompagnement des éleveurs pour l’amélioration de la qualité du cheptel.

Autant d’axes d’approche qui devraient aider à à la fois à réparer les conséquences sur le cheptel des changements climatiques qu’à anticiper d’autres effets néfastes pour le secteur de l’élevage.  (Eco-TransContinentsAfrica)

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