Côte d’Ivoire : près de 40 % des fèves de cacao désormais tracés

POINT. C’est le constat du récent rapport de Cocoa Barometer sur la durabilité dans le secteur du cacao. De quoi mieux sécuriser l’accès du cacao ivoirien au marché européen.

Côte d’Ivoire : près de 40 % des fèves de cacao désormais tracés

Produit par le groupe d’organisations de la société civile Voice Network, le rapport Cocoa Barometer a révélé que la Côte d’Ivoire a pu retracer environ 40 % de ses fèves au cours de la saison 2024-25 allant d’octobre à septembre. 

Une traçabilité stratégique pour l’export vers l’Union européenne

Ce constat est important car la Côte d’Ivoire exporte environ deux tiers de ses fèves vers l’Union européenne. Etant donné que selon le directeur du réseau Voice, Antonie Fountain, le premier producteur de cacao est en mesure de tracer beaucoup plus de fèves encore, on peut dire que la Côte d’ivoire a les moyens de sécuriser encore un peu plus le chemin d’export vers l’Union européenne. 

Pourquoi parle-t-on de sécurisation ? 

C’est parce que l’Europe se prépare à mettre en oeuvre de nouvelles règles pour lutter contre la déforestation au niveau mondial et ce dans le cadre de sa politique pour limiter les phénomènes alimentant le changement climatique. 

Afin de s’y conformer, la Côte d’Ivoire a opté pour un système de vente et d’achat numérisé qui permettra de retracer l’origine des fèves. D’ores et déjà, environ 900 000 des 1 million de producteurs de cacao ont reçu leur carte d’identité numérique.

Quid de la nouvelle politique souhaitée par l’Union européenne ?

Dans son application, cette politique va obliger les importateurs européens de soja, de bœuf, de palmier à huile, de café, de caoutchouc, de bois, de cacao et de produits dérivés à prouver que leurs produits n’ont pas causé de déforestation dans le monde, sous peine de lourdes amendes.

De manière plus précise, cette politique, la première du genre, vise à mettre fin aux 10 % de la déforestation mondiale alimentée par la consommation de biens importés par l’Union européenne. 

Alors qu’on s’attendait à ce qu’elle entre en vigueur le 30 décembre, elle devrait être retardée d’une année, ce qui nous ramène à début 2027. L’explication : de nombreux acteurs concernés n’y sont pas favorables

Des obstacles sur le chemin de sa mise en oeuvre

En effet, si le projet de Bruxelles pour lutter contre la déforestation tarde à être lancé, c’est parce qu’il se heurte à l’opposition des acteurs de l’industrie ainsi que des partenaires commerciaux de l’Union européenne comme le Brésil, l’Indonésie et, surtout, les États-Unis. Pour ceux-ci, le respect des règles souhaitées par l’UE serait trop coûteux.

Ce point précisé, il y a aussi à prendre en compte un changement de contexte. “Alors que pratiquement toutes les parties prenantes du cacao, y compris l’industrie, semblaient être alignées, un virage politique à droite a entraîné une réduction soudaine du financement de la durabilité dans le monde”, ont constaté les co-auteurs du rapport de Cocoa Barometer, Antonie Fountain, directeur du réseau Voice, et Friedel Huetz-Adams condamnant ce qu’ils qualifient de “manque de fiabilité réglementaire de l’Union européenne” à laquelle ils reprochent  d’être “la cause de graves dommages à la protection de la planète”.

D’ailleurs, dans le cadre de son accord commercial avec le président Donald Trump, l’UE s’est engagée à travailler pour répondre aux préoccupations des producteurs américains concernant la réglementation. 

Globalement, cette évolution ne peut pas manquer de contribuer à allonger les délais avant la mise en oeuvre concrète de cette nouvelle politique de l’Union européenne.

En attendant, la Côte d’Ivoire peut travailler à améliorer la traçabilité de son cacao et ainsi sécuriser au mieux ses exportations vers l’Europe. (Eco-TransContinentsAfrica)

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